L’œuvre de Robin Cook, donc (1ère partie)

 Robin Cook est né et mort à Londres. Né en 1931, le 12 juin, et mort en 1994, le 30 juillet. A 63 ans, il nous avait gratifié de quelques chefs-d’œuvre et d’une œuvre particulièrement riche. Valant le détour.

Après avoir suivi, un peu, ce qu’un fils de bonne famille, voire de très bonne famille, doit suivre, après avoir subi l’éducation qu’un fils de bonne famille se doit de subir, il a tout plaqué. Tout laissé tombé pour suivre sa propre éducation, se la construire… Tout en reniant, remettant sérieusement en cause, la classe dont il était issu.

Après les Etats-Unis, l’Espagne, la pègre (je crois qu’on l’appelait comme ça à l’époque) d’Angleterre, il se lança, se lâcha dans l’écriture.

Son premier roman, Crème anglaise (The crust on its uppers) sortit en 1962 au Royaume-Uni puis en 1966 en France dans la Série Noire. Comme beaucoup des livres édités à l’époque Numériser0001par la collection dirigée par monsieur Duhamel, il fut quelque peu malmené, un chapitre entier fut supprimé, il fallait que ça tienne dans le format de la collection, que ça ne dépasse pas le nombre de pages préconisé, environ 180. C’est toujours dans cette traduction qu’il est accessible en français.

Robin Cook y règle ses comptes avec ses origines, y parle un peu de ce qu’il a vécu, du milieu de la délinquance qu’il a côtoyé avant de s’exiler en Italie pendant le reste des années 60. Pour plus de détails sur l’intrigue, sur mon avis, reportez-vous à la chronique que j’ai commise sur Pol’Art Noir à propos de ce bouquin.

Une entrée en écriture qui connait un certain succès, au moins un succès d’estime. Il intéressa également par la langue employée (que la traduction française ne respecte pas forcément, la difficulté a été contournée en allant au plus simple, une utilisation de l’argot en vogue alors dans les publications de la série noire faisant l’affaire, d’après Marcel Duhamel lui-même, éditeur et traducteur pour l’occasion).

Cette réussite, ce premier essai plein de promesse ne fut pas suivi de résultat. Il continua à écrire sans susciter le même intérêt. Pourtant, les romans suivants ne furent pas des romans dénués d’intérêt ou de talent. Robin Cook s’attela à dénoncer ce que la société anglaise avait de plus décadent, de moins reluisant.

Le deuxième roman, Bombe surprise, publié sous ce titre outre-Manche également, vit le jour en 1963 en Angleterre et en 1993 en France. Une traduction tardive qui montre le désintérêt qu’ont procuré les ouvrages suivants de Cook. Sans succès au Royaume-Uni, donc non traduits chez nous.Numériser0002

Bombe surprise s’attaque pourtant à un sujet épineux, à cette époque, en Angleterre, la montée du National Front. Cette montée s’annonce et Robin Cook la montre du doigt en profitant pour dénoncer, décrire, ce que sont véritablement ses concitoyens à cette époque… pas tous mais certains d’entre eux. J’en ai également parlé sur le site Pol’Art Noir.

Le ton est léger pour un sujet grave. Et pour un effet inconfortable, sourire sur un thème assez nauséabond, c’est déstabilisant pour le lecteur aussi. Et sourire sur un sujet nauséabond qui les concernait au premier chef n’a pas dû enthousiasmer ses contemporains, les sujets de sa très gracieuse majesté.

Le troisième roman qu’il publie en 1966 n’est toujours pas traduit en français. La traduction est en cours, Jean-Paul Gratias s’y est attelé mais ça n’est pas la priorité de son éditeur, les éditions Rivages. Il faudra être patient pour lire dans la langue de Molière, The legacy of the stiff upper lip.

Pour son quatrième roman, Robin Cook continue à titiller là où ça fait mal. Après la montée de l’extrême-droite, il évoque la décadence de la noblesse (il y revient) et comment elle Numériser0003s’acoquine parfois avec les malfrats pour survivre. Avec une certaine délinquance, celle de la prostitution… C’est Vices privés, vertus publiques (Public parts & private places), publié en 1967 de l’autre côté du Channel et en 1990 de ce côté-ci.

Il nous livre-là un roman dont il reprendra le thème quelques années plus tard, et même certains personnages. Il en reprendra le thème en l’approfondissant, en le rendant plus noir encore, ce sera La rue obscène.

Voilà ce que j’en ai notamment dit ailleurs :

« C’est un roman étrange qui nous est livré, difficile à définir. S’il est noir, il n’en a pas l’aspect de prime abord. C’est un roman blême que l’on lit. De ce blême des fins de nuit où l’on a refait le monde et où sa triste réalité, son immuable décrépitude, vous claque au visage. De ce blême qui envahit les visages avant que la rage contenue n’éclate. »

Dans ce roman, Cook regarde l’histoire du côté de ces aristos déchus sur lesquels ils se sera si souvent attardé.

Son cinquième roman est, pour moi, le plus fort, le plus marquant de sa première période. L’un de ses chefs-d’œuvre. Quelque chose de pourri au Royaume d’Angleterre, 2003 (A state of Denmark, 1970). Un roman d’une noirceur profonde au style particulièrement touchant. Poétique par endroit. Une poésie sombre, très sombre.Numériser0004

Il s’y met en scène. Même si ce n’est pas clairement dit, il s’agit bien d’un de ses alter ego. Il y en a eu d’autres dans les romans précédents mais ils étaient en lisières, là il est au centre. C’est le narrateur de l’histoire. Le narrateur et celui qui va subir une lente déchéance, ne parvenant pas à renoncer à son pays.

Robin Cook s’aventure dans une uchronie où l’Angleterre est tombée sous le joug d’un fasciste s’étant donné au départ l’apparence d’un homme de gauche bon teint. L’Angleterre a sombré et le héro l’a fui.

J’en ai parlé aussi sur le site Pol’Art Noir, allez-y voir ! Rien à ajouter sinon que c’est pour moi l’un de ses grands romans. L’un des grands romans, tout auteur confondu, qu’il m’ait été donné de lire.

La première période de Robin Cook s’achève avec La rue obscène (The Tenants of Dirt Street) que j’ai déjà évoqué plus haut. Publié en 1971 au Royaume-Uni et en 1992 ici, profitant du Numériser0005retour en grâce de son auteur pour paraître en France.

Cette première période s’achève sur un très bon roman, un roman qui reprend le thème de la délinquance liée à la prostitution et de ses accointances avec la noblesse, une certaine frange de celle-ci.

Comme je l’ai écrit ici, on retrouve certains de ceux que nous avions croisés dans Vices privés, vertus publiques et, le moins que l’on puisse dire est que les choses ne changent pas, ou si peu, dans le secteur de l’exploitation de la perversion.

Avec ce roman important, un roman majeur, Robin Cook se retire du monde de la littérature. Il ne publiera plus avant onze ans… Il se retire de ce monde qui ne lui a pas permis de vivre, d’en vivre.

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Robin Cook sur la Toile et ailleurs

Finalement, Robin Cook n’est pas très présent sur la Toile… Ou s’il l’est, c’est en définitive sur peu de sites. Il est reconnu, certes, prisé des connaisseurs, c’est entendu, mais sa notoriété dépasse difficilement la sphère des amateurs du genre. Et même des amateurs avertis.

A quoi cela est-il dû ? Son talent y serait-il pour quelque chose ? Un peu surestimé ?

Je ne peux pas le penser, étant moi-même touché par son style (oui, je sais, il ne s’agit que de traductions… mais quelles traductions quand on parle notamment de Jean-Paul Gratias !) et par les sujets qu’il traite…

Comment de nouveaux lecteurs pourraient se pencher sur un écrivain aussi peu mis en avant ?

Pour essayer de répondre à la question, je vais tenter de me souvenir de ma première approche du monsieur. Ma première rencontre. Elle ne s’est pas faite en une fois. Il a fallu quelques circonvolutions pour arriver jusqu’à lui.

La première fois que j’en ai entendu parlé, que son nom m’est apparu comme un nom à retenir, ç’a été à la suite de la lecture du Red Riding Quartet de David Peace. On (je ne sais plus où, je ne sais plus qui) évoquait des liens entre celui-ci et James Ellroy, bien sûr, mais également Robin Cook. Ce nom ne m’était pas familier, pas étranger, j’avais dû passer à côté à plusieurs reprises sans m’y arrêter. Comme quoi, la comparaison entre écrivains a parfois du bon. Parfois réductrice, quand on limite Peace justement à un sous-Ellroy, parfois enrichissante quand elle permet au lecteur de trouver de nouvelles prairies où paître.

Je me souviens que ce nom que je n’avais pas entendu et auquel je suis devenu attentif m’est alors apparu souvent. Dans les évocations des afficionados, je m’y arrêtais, quand auparavant mon regard glissait dessus.

Il faut y être sensibilisé pour s’intéresser à un écrivain. Se créer ses propres chemins, ses propres références, pour explorer certains chemins, en découvrir de nouveaux. Cela ne se fait pas en un jour. J’ai découvert alors que l’auteur m’avait déjà touché par l’intermédiaire des deux adaptations cinématographiques françaises d’un de ses romans, On ne meurt que deux fois de Jacques Deray et, surtout, Les mois d’avril sont meurtriers de Laurent Heynemann. Deux films qui m’avaient touché mais dont bizarrement (je dis bizarrement parce qu’habituellement quand un film me plait et qu’il s’agit d’une adaptation, je cours ouvrir le bouquin dont il s’est inspiré), je n’avais pas été cherché l’origine.

J’ai alors découvert qu’il avait réellement suscité l’intérêt de pas mal de monde. Qu’il y avait quelques endroits où aller pour le découvrir un peu mieux. J’y suis allé une fois ses livres découverts et ma curiosité aiguisée par la qualité que j’y avais découvert.

La revue 813, publication de l’association du même nom (présente sur le Net par ici), lui a consacré plusieurs articles. Elle lui a notamment consacré un numéro spécial, son numéro 100, c’est dire l’importance qu’elle donne au monsieur.

Mais c’est grâce au site de Patrick Galmel, Pol’Art Noir, que j’ai découvert le monsieur. Une référence ce site, une mine à consulter pour découvrir encore et encore.

Publié chez Rivages, on peut dire que son éditeur, François Guérif, s’est quand même donné du mal, s’investissant dans sa reconnaissance, au sein par exemple de l’association « 813 » évoquée plus haut et dont il est l’un des membres influents, écoutés, ou en signant cet article dans l’encyclopédie Universalis et dont seulement un extrait est visible sans abonnement. J’ai eu accès à cet article et c’est bien F. Guérif qui l’a signé…

Malgré les efforts de tous ces gens, Robin Cook ne bénéficie pas de la reconnaissance qu’il mériterait… à mon humble avis.

Je vais maintenant vous dire ce que je sais de lui (pioché dans les différents endroits dont j’ai déjà parlé) et surtout quel a été son parcours littéraire, quelles sont ses œuvres et comment elles s’enchaînent.

Robin Cook sur la Toile

A tout seigneur, tout honneur. Pour bien commencer ce blog, autant commencer par un maître. Et quoi de mieux que le maître anglais du roman noir, monsieur Robin Cook lui-même. Comme je le ferai pour chaque auteur évoqué, je vais tout d’abord me pencher sur le sort qui lui est réservé sur la toile. Une manière de juger de sa notoriété et de le connaître sous différents points de vue.

Pour une première, je n’ai pas choisi le plus simple, mais ce n’est pas le critère. Pour une première, j’ai choisi l’un des auteurs qui a le plus marqué mes lectures des dernières années… Je savais qu’il y aurait quelques difficultés.

La recherche d’informations sur Robin Cook est rendue difficile du fait qu’il n’est pas le seul à porter ce nom… Un auteur états-unien de thriller médicaux et, pour corser le tout, un ministre anglais sont également dénommés ainsi.

Mais voyons voir ce que la recherche sur la toile peut donner.

Auteur britannique, né Robert William Arthur Cook, à Londres le 12 juin 1931. L’encyclopaedia Universalis, du moins sa version édulcorée accessible en ligne et sans abonnement, nous le rappelle ici. Elle ne s’appesantit pas trop sur son œuvre et ne couvre qu’une partie de sa vie… pour la simple et bonne raison qu’il ne s’agit en fait que d’un extrait d’article, bien sûr. Juste pour appâter d’éventuels futurs abonnés.

Le concurrent, gratuit et collaboratif, de notre chère encyclopédie de référence mais payante, c’est-à-dire, vous l’avez deviné, Wikipédia, n’est pas beaucoup plus fournie. L’encyclopédie dans sa version française nous propose un article assez succinct, confirmant comme son homologue tarifé que Robin Cook est issu d’une bonne famille, qu’il a fréquenté un temps Eton et qu’après avoir fait un essai dans l’entreprise familiale, il est parti un peu partout en Europe… L’article anglais de la même encyclopédie est plus fourni, faisant une large place à des citations de l’auteur issues de son autobiographie, Mémoire Vive.

Cette autobiographie est d’ailleurs chroniquée sur le site du Matricule des Anges, ici. L’article s’attarde sur les raisons qui ont porté cet homme à écrire telles qu’il les expose dans son livre. La mort d’un oncle, sa haine du milieu dont il est issu et son besoin de le dire, de l’écrire.

Une biographie plus orientée, plus complète et nous amenant à comprendre en même temps son parcours littéraire nous est proposée par le site A l’ombre du polar. Nous le voyons, dans ce texte, arriver en France après avoir parcouru de nombreux endroits et côtoyé des personnages pas toujours fréquentables, pas toujours du bon côté… mais on n’écrit bien que sur ce qu’on a vécu, c’est une des théories de l’écrivain qu’il nous assène dans une courte vidéo accessible sur Dailymotion. Pour aller plus loin, il est bon de se pencher sur l’excellent entretien mis en ligne sur le site de l’un des spécialiste du polar et du roman noir en France, monsieur Claude Mesplède, on y découvre un Robin Cook en plein retour à l’écriture qu’il avait abandonnée pendant plus de dix ans. Je reviendrai sur ces deux périodes quand je parlerai de son œuvre et des impressions, des sentiments, qu’elle a suscités en moi.

Pour sa bibliographie, outre l’article de Wikipédia évoqué plus haut, il peut-être bon d’aller faire un tour chez bibliosurf, sur la page qui reprend ses livres. Ce libraire est l’un des rares à ne pas le confondre avec l’autre, l’auteur d’outre-atlantique, qui poussa notre cher Robin Cook, le seul le vrai, à changer de nom (signant désormais sous le pseudo de Derek Raymond), au moins chez les anglo-saxons, quand il recommença à publier au début des années 80.

Pour en finir avec ma sélection d’endroits consacrés à Robin Cook et soumis à tous, je ne peux pas passer à côté de ce site en anglais qui reprend brièvement son parcours et nous liste en détail sa bibliographie et les différentes dates d’édition de ses bouquins, ainsi que des couvertures de ses romans dans différentes langues et une série d’entretiens accordés par l’auteur à différents journaux ou magazines… une petite mine !

Je n’ai pas tout recensé mais pointé les textes intéressants sur Robin Cook…

D’ici quelques jours, je parcourrai avec vous son œuvre, les romans que j’ai lu de lui, ceux qui m’ont le plus marqué et les questions que peut susciter un tel personnage…