Tim Cockey et ma bibliothèque

J’ai d’abord entendu parler de Cockey sur la Toile aussi curieux que cela puisse paraître, je dis ça après avoir constaté son peu de présence en ligne… Mais il s’agissait d’un endroit quelque peu dynamique, un lieu d’échange où les gens partageaient leur passion pour le polar. Je me souviens que deux des membres du forum, car il s’agissait bien d’un forum, avaient évoqué cet auteur, son humour et le bien que pouvait faire ses livres. Mais ma vraie rencontre avec le monsieur se passa quelques temps plus tard. J’avais noté dans un coin de ma tête son nom mais c’est parfois tellement le bazar là-haut qu’il aurait pu s’y perdre à tout jamais. C’est par un biais tout différent qu’il est arrivé jusqu’à moi.

Après Robin Cook et Hugues Pagan connus et lus véritablement grâce à un forum, après Bret Easton Ellis et ses passages télévisés (j’en reste convaincu), cette fois, Cockey est arrivé dans mes mains par une autre voie plus classique, moins virtuelle ou éloignée, c’est en effet un membre de ma famille qui me l’a prêté… Mon frère pour tout vous dire, son boulot lui laissant parfois du temps entre deux escales, entre un aller et un retour à travers l’Europe… Je vous laisse imaginer ce qu’il fait, mais, en tout cas, obligé d’attendre dans un aéroport (un nouvel indice !) ici ou là, il lit et est tombé il y a quelques temps déjà sur ce fameux monsieur. La suite a suivi à la maison, du coup, nous n’avons pas le premier de la série mais tous les autres… Enfin bref, voilà un autre biais de passation de lectures, si répandu il y a quelques années.

Comme vous vous en doutez, ce fut un plaisir, nous avons lu la suite avec gourmandise et nous n’avons pas laissé tomber cet auteur même quand il a décidé de se donner encore plus de chances de perdre ses lecteurs… Je vous en dirai plus la prochaine fois, sur ses livres et ce qu’il est devenu

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Tim Cockey et la Toile

Cette fois, je vais vous parler d’un auteur qui ne déplace pas des montagnes, qui ne postule pas au titre de plus grand auteur de sa génération dans son genre, non, je vais vous parler d’un auteur qui nous a proposé une œuvre sympathique, distrayante. C’est d’ailleurs parfois tout ce que l’on demande à un livre. Tim Cockey pourrait être notre voisin (enfin pas le mien, disons plutôt le vôtre parce que le mien… mais ça n’est pas le sujet), ce type qui vous dit bonjour avec le sourire, qui vous donne envie de rire parfois avec ses bons mots peut-être un peu faciles mais si drôles (bon, c’est vrai, je fantasme sûrement un peu sur le voisin, mais faut dire que mes références. Non, j’ai dit non, je ne glisserai pas sur cette pente !). Bref, Cockey nous a offert une série distrayante avant de passer à autre chose…

Je trouve cette série agréable. La série du croque-mort Hitchcock Sewell, tout un programme. Je le concède, « agréable » n’est pas à franchement parler un compliment que l’on recherche quand on écrit, mais la sienne l’est, agréable, et, j’ose le croire, sans prétention.

Avec tout ça, cet humour qui est le sien et tout le reste, on pourrait s’attendre à ce que ses polars légers aient fait leur trou, à ce que le monsieur, ce monsieur Cockey, soit assez présent sur les différents sites. Aussi, quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’il n’était pas très visible sur la Toile française… Voilà pourquoi je parle de lui, pourquoi je vais feuilleter son œuvre avec vous dans quelques jours et pourquoi je vais parcourir rapidement les endroits où il est évoqué en ligne.

Polars pourpres nous propose une biographie de l’écrivain, ici, aussi succincte que ce que Wikipédia nous en dit. Il faut aller voir du côté de Polars au féminin pour trouver un article plus étoffé ou lire ce que j’avais tenté de dire du monsieur sur Pol’Art Noir. Et c’est à peu près tout… Si vous voulez aller plus loin, il vous faudra reprendre votre anglais et l’approfondir en visitant le site de Cockey qui est ce qui nous est donné de plus fouillé sur le romancier, avec quelques souvenirs assez drôles sur ses débuts dans l’écriture.

Je vous parlerai très prochainement de ma rencontre avec sa série.

Satoshi Kon à l’œuvre

Satoshi Kon a réalisé son premier long métrage après avoir fait ses armes auprès de mentors qui sont des références dans le monde du manga animé, Katsuhiro Otomo et Mamoru Oshii…

Et, comme je l’ai dit précédemment, c’est une réussite. Adapté d’un roman de Yoshikazu Takeuchi, Perfect Blue (1997) Perfect Blueest un thriller malade, hallucinatoire, qui joue sur la perception, notre perception et celle des personnages. Une jeune vedette de la pop nippone décide de passer à autre chose, de devenir actrice… mais la voilà aux prises avec ses fans, qui ne veulent pas la voir arrêter, et un serial killer. Nous sommes dans des perceptions, Kon joue avec les images au point de nous faire perdre nos repères comme ses personnages les perdent. La folie guette la jeune femme et nous sommes en plein dedans. Ce jeu sur les images, sur nos sens n’est, à mon avis, possible qu’avec les images animées, je ne sais pas comment cela aurait été possible avec des acteurs en chair et en os. Kon exploite les possibilités du dessin au point de nous donner une œuvre si proche, pour moi, d’un roman où notre imaginaire est plus libre mais peut-être plus malléable.

C’est une œuvre prenante, éprouvante, mais un film à ne pas manquer… On pense parfois à David Lynch. Et les dessins de Kon sont au diapason, pas de point faible. Un film à voir et à revoir tant qu’on peut.

En 2001 arrive sur les écrans sa deuxième œuvre, il s’agit de Millenium Actress. Il s’agit de nouveau d’une œuvre hors norme, ambitieuse et particulièrement réussie. Kon exploite à nouveau les possibilités de l’image et semble pouvoir Millenium actressrendre ses possibilités infinies… C’est une histoire à priori simple mais dont le traitement est tellement en adéquation avec son sujet que c’est de nouveau une œuvre incontournable, marquante que nous offre le réalisateur japonais.

Après avoir traité de la porosité entre la réalité et l’imagination, la réalité et sa perception, Kon traite ici de la porosité entre la réalité et sa représentation.

L’histoire d’une actrice, son histoire à travers l’histoire japonaise, est racontée en nous faisant parcourir en même temps l’histoire du cinéma japonais. Chaque étape, chaque pan de la vie de l’actrice, nous est montré sous la forme d’un style phare du cinéma japonais. Et nous parcourons l’histoire d’un pays visuellement par l’histoire de son cinéma… C’est enivrant, bluffant… Magistral (on peut le dire), captivant époustouflant.

A voir, à voir, à voir.

Le film suivant ne se fait pas attendre et atteint les toiles du grand écran deux ans plus tard.

Tokyo Godfathers est un film à l’intrigue plus classique. Cette intrigue peut d’ailleurs rappeler celle d’un western de John Tokyo godfathersFord avec John Wayne. Un trio trouve un bébé et n’aura de cesse de l’aider… Le trio que nous propose Kon n’est pas le même que dans le film de Ford, il s’agit d’un trio de marginaux et le traitement change également, se rapprochant du burlesque tout en évoquant un autre sujet sérieux, celui de la misère et de l’exclusion. Et ces mondes qui s’entrecroisent, qui vivent habituellement à côté les uns des autres et qui, là, vont se percuter.

Kon nous offre un petit conte de Noël distrayant, en décalage avec ses œuvres précédentes. Mais, j’insiste, c’est une distraction de qualité, jouant avec l’émotion sans jamais tomber dans le larmoyant. Loin de bien des productions états-uniennes du même acabit.

Kon réalise ensuite une série pour la télévision, Paranoïa Agent (2004) où le réel est parasité par le surnaturel, et il Paprikarevient au cinéma en 2006, avec ce qui sera son dernier film, Paprika, adapté d’un roman de Yasutaka Tsutsui. Je ne l’ai pas encore vu mais il semble dans la lignée de ses œuvres précédentes, cette fois, c’est le réel qui pénètre les rêves…

Une dernière fois (avant peut-être de revenir sur ses deux dernières œuvres quand je les aurai vues), Satoshi Kon est à mon avis un auteur rare, avec un univers bien à lui, un univers dans lequel il ne faut pas hésiter à pénétrer.

Satoshi Kon dans ma toile

Ma rencontre avec l’œuvre de Kon s’est faite de manière assez classique, finalement, comme c’est peut-être souvent le cas pour les réalisateurs. Chez moi, du moins.

J’ai tendance à aimer satisfaire ma curiosité, ce fut le cas, une fois de plus, ce soir-là. Consultation du magazine télé, choix d’un programme, ce jour-là, c’était possible. Il y avait une soirée spécial manga (j’en suis sûr et je peux le prouver, j’en ai un enregistrement sur cassette vidéo, un antique moyen de conserver les images qui bougent) et on nous proposait, sur une chaîne française payante et cryptée, de passer en revue la production récente de ce genre, venu du soleil levant, au travers de trois fictions. C’était il y a quelques années… Et dans la production récente se trouvait le premier long métrage de Satoshi Kon, Perfect Blue. Je suis resté ébahi pendant la petite heure et demie qu’il dure…

Les dessins m’ont emmené dans un univers particulièrement angoissant, un univers hanté par l’esprit, les pensées d’une jeune héroïne, chanteuse à succès ayant décidé de devenir actrice. Nous pénétrons son cerveau malade et sommes devant des images qui nous racontent comment elle sombre petit à petit dans la folie sans que toutefois nous comprenions ce qui se passe exactement. Le jeu sur les apparences, sur la frontière entre réalité et imagination est vraiment réussi… et stressant, affolant. Un polar matiné de thriller, le genre de film qui a parfaitement sa place dans la série que j’évoque sur ce blog. Un polar matiné de thriller d’un niveau assez rarement croisé.

Après cette première très réussie, je n’ai plus voulu rater un film de cet auteur japonais si spécial. J’ai donc vu avec grand plaisir Millenium Actress, Tokyo Godfathers et la prochaine étape sera Paprika. Il me faudrait également voir sa série Paranoïa AgentIl n’a pas réalisé beaucoup de films mais chacun d’entre eux est une perle.

Je reviendrai très prochainement sur chacune des étapes de son œuvre.

Satoshi Kon rattrapé par la Toile

Si je parle aujourd’hui de Satoshi Kon, c’est un peu parce qu’il vient de disparaître et que je pense qu’il mérite qu’on s’y arrête. Je l’aurai évoqué un jour ou l’autre. Ce sera maintenant.

Sur la toile, ce mangaka, devenu réalisateur de films d’animation, est bien sûr présent du fait de son décès récent à 46 ans, mais il ne l’est pas tant que ça en français. Moins populaire dans notre pays qu’un Miyazaki par exemple. Les quelques sites sur lesquels je me suis arrêté proposent une présentation intéressante de cet auteur. Des sites qui présentent à leur tour des liens, notamment vers des images animées, des extraits ou des bandes-annonces de ses longs métrages visibles sur Dailymotion notamment.

Télérama retrace son œuvre en oubliant l’une d’entre elles, Millenium Actress, preuve, une fois encore, du peu de notoriété de ce grand auteur de ce côté-ci de la Terre…

Heureusement, d’autres sites de périodiques parlent de manière plus complète de ses films, en l’occurrence, le quotidien 20 minutes qui nous offre un parcours rapide de l’ensemble de ses œuvres réalisées pour le cinéma.

Je leur préférerai quelques autres pages écrites par des connaisseurs, semble-t-il plus pointus, de l’auteur et de son œuvre. En commençant, eh oui, par Wikipédia, dont l’article est assez intéressant parcourant sa vie artistique et décryptant son style, ou, en tout cas, tentant de le faire…

Les deux articles les plus intéressants sur l’œuvre de cet auteur oublié par l’Encyclopediae Universalis sont, à mon avis, celui du Dino bleu, un blog à parcourir, et celui du site Manga-News vraiment très complet.

La disparition de Satoshi Kon était tellement passée inaperçue de ce côté-ci de la planète (de ce côté-ci de mes pérégrinations en ligne) qu’il a fallu un article suggéré en lien sur la référence du cinéma mondial, IMDB, pour que j’apprenne la nouvelle. Il s’agissait d’un blog proposant la traduction (en anglais) du dernier message rédigé par Satoshi Kon quelques jours avant sa mort. Ce blog propose également l’un des derniers messages de Kon évoquant les 100 films choisis par lui et l’équipe de son dernier film, celui sur lequel il travaillait avant de disparaître. Son dernier message a, depuis, été traduit dans la langue de Molière, c’est ici. J’avais vraiment trouvé ce message touchant, émouvant…

Je reviendrai sur ma rencontre avec son œuvre prochainement.

Bret Easton Ellis, son œuvre

Bret Easton Ellis a été publié très tôt. Les traductions en français de ses romans sont arrivés très vite, très peu de temps après leur parution aux Etats-Unis, et ce dès son tout premier livre. Ce premier roman paraît alors qu’il a tout juste vingt ans.

C’est Moins que zéro (Less than zero), roman qui va de plus marquer une approche innovante. Cette approche n’est pas forcément nouvelle mais le succès fait d’Ellis l’un des fers de Moins que zéro (Christian Bourgois, 1985)lance de cette façon de s’inscrire pleinement dans son époque en n’hésitant pas à utiliser des noms et citer des personnes parfaitement réel. Certains ont depuis appelé ça le « name dropping » mais pour Ellis, ce serait peut-être réducteur. Il choisit également de raconter des histoires proches du milieu qu’il connaît, ses personnages ne sont pas pour autant couvés, protégés. Son premier personnage principal, Clay, est un double de lui-même, même âge, même départ vers l’Est pour ses études dans des universités qui se ressemblent furieusement, l’une étant la réplique imaginaire de l’autre. Ellis nous décrit son retour pour les vacances à Los Angeles, son retour parmi sa bande d’amis, écumant les fêtes, assistant à une vie qui le laisse presque étranger, comme en retrait. Tout s’enchaîne, comme si la peur de l’ennui poussait à aller vers l’extrême, juste pour dire qu’on connaît, qu’on a déjà vu… Un snuff movie, MTV, de la drogue en veux-tu en voilà, des accouplements en tout genre. Brest Easton Ellis nous offre un portrait glaçant de la jeunesse dont il fait partie et jette déjà les bases de son œuvre, un regard désabusé, l’impression d’être perdu tout en voulant faire croire que l’on maîtrise, que ce ne sont que nos choix qui nous guident.

Désabusé, désenchanté, voilà le regard qu’Ellis nous propose et, au final, c’est un roman angoissant, la sensation d’une perte, d’une incapacité à décider quoi que ce soit… Dans un style, une narration, hallucinés, hallucinants. Hallucinatoires.

Son deuxième roman ne va pas renier le point de vue adopté dans le précédent. C’est en 1987 qu’il paraît et c’est comme un écho du premier… Les lois de l’attraction (The rules of attraction) nous raconte la vie sur un campus, celui évoqué dans le premier opus, au travers de trois étudiants. Après le versant retour chez soi, on a maintenant le versant nouvelle vieLes lois de l'attraction (Christian Bourgois, 1987) loin de tout et de nouveau, c’est un véritable mal-être que nous décrit Ellis. Ces trois étudiants sont déglingués, désabusés, avant l’heure, avant l’âge. Il nous les décrit de nouveau sans prendre de gant, sans rien nous épargner, sans joie. Car le bonheur, le plaisir, ne semblent à aucun moment faire partie du programme, il faut juste vivre et ça n’a rien de réellement plaisant, car vivre, cela veut dire se coltiner aux autres, à certaines exigences… Le monde d’Ellis, son univers, se confirme, s’affirme avec ce deuxième roman plus abouti au niveau du style, mais également peut-être plus froid, plus distancié.

Avant le fameux troisième roman, c’est de nouveau un roman important, un roman qui chamboule et nous décrit cette jeunesse (une certaine jeunesse) des années 80 et cela n’annonce rien de bon…

Le troisième livre d’Ellis est celui qui l’assoit définitivement au rang d’écrivain incontournable de son époque. Avec American Psycho, Ellis nous sort du monde estudiantin pour nous American psycho (Salvy éditeur, 1991)emmener dans celui des cadres supérieurs new yorkais. De ces jeunes gens qui ont tellement de pouvoir, d’argent, et qui vivent à cent à l’heure, qui se plongent dans toutes les occupations par peur de s’arrêter, sûrement, par peur de l’ennui, certainement. Mais le narrateur et personnage central ne se contente pas des soirées saupoudrées de coke, des exercices à répétition dans les clubs de remise en forme, il s’attaque également à ses semblables beaucoup plus directement, ne nous épargnant rien, nous gratifiant de tous les détails et nous exposant par la même occasion ses conceptions des choses, ses préférences musicales… C’est un véritable passage en revue d’une certaine frange de ces Etats-Unis triomphants des années 80-90 qu’Ellis nous offre. Un passage en revue qui nous entraîne dans un rythme, un tourbillon, affolant, effrayant. Entre deux études sur un chanteur ou un groupe en vogue, il nous raconte en longueur ses nuits et ses soirées passées à trucider son prochain avec autant de détails que pour les soirées avec ses amis si tant est qu’on puisse les appeler ainsi, car tout est factice. Il n’est question que d’affrontement, de mensonges et de compétition dans tous les compartiments de la vie de Patrick Bateman. Les sentiments ne sont que de pure forme, factices. Effrayant, nauséabond. Incontournable.

Il faut attendre trois ans l’arrivée de l’opus suivant. Zombies (The informers) paraît en effet en 1994 et il s’agit d’un recueil de nouvelles par forcément postérieures à American Psycho.Zombies (Robert Laffont, Pavillons, 1994) Des nouvelles qui vont nous remettre sur le tapis tout ce monde qu’Ellis s’acharne à dézinguer parce qu’il est peut-être le plus représentatif de l’époque. On navigue de nouveau entre antidépresseurs, drogues, ennuis que l’on aimerait tant éviter, ne pas connaître… Un recueil de nouvelles qui nous replonge dans cet univers dont nous nous délectons sûrement en nous disant que nous n’en sommes pas. En décrivant avec de tels détails la société, Ellis nous décrit un monde qui nous est étranger, un monde que l’on n’observe que de loin avec la même fascination et la même froideur que l’auteur états-unien. Un monde qui est pourtant une des composantes du nôtre…

Glamorama, roman suivant American Psycho, atterrit sur les gondoles en 1998. Victor Ward n’a pas l’intelligence, les capacités de raisonnement de Patrick Bateman Glamorama (Robert Laffont, Pavillons, 1998)mais il tente de faire son trou dans le même monde où l’apparence a autant d’importance que certaines convictions, certaines pensées. Il se retrouve empêtré dans un univers glauque et peu enviable. Comme pour les précédents, la réalité et la fiction se mêlent, les personnages imaginaires et les personnages réels, à tel point que Victor Ward, tout autant que nous, ne parvient plus à distinguer le vrai du faux, le réel du factice… Nous sommes sans cesse ballotés avec Ellis au chœur de cette description d’un monde que l’on s’acharne tellement à nous montrer ailleurs, partout, que l’on s’acharne tellement à nous exposer, qu’on ne sait plus s’il est tel qu’on nous le décrit sur papier glacé ou un immense fantasme. Fantasme plutôt cauchemardesque. De nouveau, c’est sanglant et clinquant.

Il faut s’accrocher pour avancer, il est tellement difficile parfois de s’intéresser au superficiel et de le décrire qu’on a l’impression qu’Ellis pourrait sans arrêt s’effondrer… Ça n’est jamais le cas.

Lunar Park va pousser la logique d’Ellis un cran plus loin. La part du vécu dans ses romans n’est jamais bien claire, on se demande sans arrêt si c’est un témoignage qu’il nous offre ou s’il fait uniquement œuvre de fiction. La réponse se trouve sans doute entre les deux. Mais lorsque paraît le roman, en 2005, on peut enfin lire l’histoire de Bret Easton Ellis lui-même. Lunar Park (Robert Laffont, Pavillons, 2005)Une histoire inventée et dans le même temps imbriquée étroitement dans le réel. L’image qui est la sienne dans les médias, l’image avec laquelle il a joué, ce monde d’apparences qu’il n’a cessé de dénoncé, d’attaquer, deviennent un objet de fiction. Dans cet opus qui peut parfois faire penser à Stephen King, entre autre, Ellis nous offre en pâture ce qu’il est devenu, ce qu’il aurait pu devenir. C’est un roman au bord de la folie, au bord du gouffre, si près que l’on se dit qu’il ne pourra qu’y sombrer… Mais une fois de plus, Ellis écrit un grand roman, un roman malade de son époque, un roman marquant. On ne peut sortir entier, tel qu’on l’était avant leur lecture des fictions de cet auteur. Il faut l’accepter, avoir envie de se faire bousculer, de se laisser embobiner dans des histoires à la limite d’un narcissisme puant. Ça n’est jamais le cas. Bret Easton Ellis demande un véritable effort, et au-delà de cet effort nous récompense avec la certitude de nous donner à lire des romans uniques, ne s’approchant, ne ressemblant, véritablement à aucun autre.

Suite(s) Impériale(s) (Imperial Bedrooms) vient de paraître et j’y reviendrai quand je l’aurai lu… Pour l’instant, pour ceux d’entre vous qui ne l’ont pas encore lu, n’hésitez pas, un tel auteur est rare.

Bret Easton Ellis et moi

Bizarre comme parfois on s’invente des souvenirs… Ou, en tout cas, bizarre comme on a l’impression d’être le seul à les avoir et de ne même plus en être sûr.

Ma rencontre avec Bret Easton Ellis (je ne parle pas d’une rencontre physique mais d’une rencontre avec un écrivain, ses bouquins) date de la parution d’American Psycho. Ou, en tout cas, c’est ce qu’il me semblait car, après enquête, je n’en suis plus si sûr. Tout d’abord, ma bibliothèque accueille bien American Psycho mais il s’agit d’une version de poche, datant de 1993. Ensuite, je me souviens que l’achat de ce roman avait été motivé par son passage à la télévision française. Et pas dans n’importe quelle émission, non, dans la sacro-sainte émission littéraire des années 80, je parle bien évidemment d’Apostrophe, animé par Bernard Pivot. J’ai encore en tête des images d’Ellis parlant anglais et présenté, discuté, par les autres invités (aucun souvenir précis de qui il s’agissait) alors que je me disais qu’il ne devait pas tout comprendre malgré l’oreillette fichée dans son oreille. Je me souviens d’une certaine condescendance de la part d’écrivains installés, évoquant, en ce qui concernait Ellis un succès dû surtout au scandale du sujet et de son traitement plutôt violent. Il devait bien y avoir parmi eux un défenseur, un type persuadé de son talent mais ce qui m’avait avant tout poussé à acquérir le bouquin était ce jugement de l’establishment (d’un certain establishment) prédisant son retour rapide à l’oubli… Résultat, c’est eux que j’ai oubliés et c’est Ellis qui trône parmi d’autres romans dans ma bibliothèque, tous ses bouquins sont là. J’ai donc des souvenirs de cette émission dont je ne suis pas parvenu à retrouver la trace. C’est quand même fort, non ? Plus fort que le roquefort, comme disait je ne sais plus qui, peut-être Séraphin Lampion dans une de ses fameuses apparitions tintinesques.

Bref, revenons à cet auteur et parcourons rapidement sa vie telle qu’on peut la voir sur les différents endroits de la Toile, et, comme je l’ai dit précédemment, on a de quoi faire en matière de sources, c’est pourquoi je ne m’attarderai pas trop.

Bret Easton Ellis est donc né en 1964 à Los Angeles. Il est né au sein d’une famille aisée et, après des études secondaires dans un établissement privé, il s’intéresse à la musique, l’étudie. Alors qu’il n’est encore qu’étudiant, il joue dans divers groupes et publie son premier roman qui est bien reçu. Il est associé au Brat Pack, un groupe de jeunes écrivains dans lequel on trouve également Jay McInerney, Mark Lindquist et Tama Janovitz, groupe d’écrivains qui a pour point commun de décrire une certaine frange de la société, une certaine époque, de manière assez acerbe, sans pitié. Un groupe d’écrivains dont seul Ellis et McInerney sont arrivés de ce côté-ci de l’Atlantique. Je reviendrai sur le Brat Pack (fine allusion au Rat Pack de Sinatra et consorts mais qui, cette fois, désigne des gamins (brat) gâtés, doués…).

Ellis va poursuivre une œuvre satirique, comme il le dit lui-même, sur son époque et ce qu’elle engendre. Il ne s’épargnera pas, se mettant en scène dans son roman Lunar Park, triturant  cette image qui lui colle à la peau. Car le succès qu’il rencontre avec son troisième roman va faire de lui l’un des écrivains majeurs de la fin du XXème siècle et du début du XXIème et ce succès va faire de lui un écrivain médiatisé à outrance. Il jouera avec cette image tout en s’en plaignant en vrai personnage de l’époque qu’il décrit. J’ai évoqué précédemment ses influences et je reviendrai prochainement sur son œuvre, roman par roman.