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Bret Easton Ellis et le diable

Alors qu’il a déjà joué avec quelques figures de la croyance, de la culture ou de la fiction populaires, Bret Easton Ellis s’y remet. Après les vampires (Zombies), le terrorisme (Glamorama), un certain fantastique (Lunar Park), les tueurs en série (American Psycho) et le monde estudiantin (Moins que zéro et Les lois de l’attraction), cette fois, c’est le diable qui passe à la moulinette.

C’est peut-être ce qui caractérise l’auteur, ce travail autour de certaines figures emblématiques d’une culture quotidienne, d’une culture plus proche de nous, plus évidente, d’une culture Suite(s) Impériale(s)non estampillée « approuvée par les universités, les universitaires, les intellectuels » qui nous est imposée parfois (souvent ? tout le temps ?) et qui en arrive à paraître être la seule à pouvoir porter ce nom de « culture ».

Attention ! Pas de grand discours, pas de grandes théories, ces figures sont ancrées dans le réel, elles en sont des composantes. D’après Ellis. Elles en sont tellement des composantes que nous les croisons tous les jours, que nous vivons à côté, en le sachant ou pas. Qu’elles sont une partie de nous-mêmes.

En revenant à l’un de ces personnages, Clay, et à sa première fiction, Moins que zéro, Ellis ne revient pas en arrière. Il observe la progression, l’effet du temps (les « ravages » ?). L’état de ses personnages après 25 années de plus à lutter pour vivre, se coltiner aux autres.

Pour mieux mettre leurs travers en évidence, leurs évolutions, Ellis utilise un autre pan de la culture populaire, le roman noir (mais il pourrait nous sembler que ce fut déjà le cas plus d’une fois). La forme et le fond ont donc à voir avec cette culture populaire évoquées plus haut. Et Ellis, un écrivain reconnu, adulé, va encore du côté de ses semblables plutôt que de l’élite pour nous toucher. C’est un écrivain de son temps, un écrivain qui ne vit pas dans une tour d’ivoire et qui ne se complait pas, ne se repait pas de cette image qu’on lui colle et dont il joue parfois au point d’en devenir agaçant.

Il y a, de plus, un véritable travail, une recherche de la simplicité qui n’est pas habituelle chez lui, il nous perd une fois de plus mais d’une façon différente. Sommes-nous en train de lire un scénario imaginé par Clay et qu’il écrit, qu’il imagine sous nos yeux ? Sommes-nous en train d’observer les ravages chez lui, dans son esprit, de la société et de ses congénères ?

Ellis ne nous donne bien sûr aucune réponse, il nous laisse nous faire notre opinion, s’abstient de nous asséner une quelconque leçon et se contente de nous raconter ce qu’il observe et comment il le perçoit. Le travail d’un artiste. Un écrivain exigeant.

C’est vrai que sa simplicité déroute, qu’on peut avoir la sensation d’un livre simplet, mais les livres d’Ellis, les précédents en tout cas, mûrissent (en nous), prennent de l’ampleur, jusqu’à atteindre leur véritable dimension. Je n’ai pas toujours eu l’impression d’être devant un chef-d’œuvre en le lisant mais, à chaque fois, les jours et les semaines passant, je me rendais compte que ses bouquins m’avaient marqué assez profondément, qu’ils étaient de ceux dont je me souviendrais aussi longtemps que mon esprit ne partira pas en quenouille. A n’en pas douter, celui-là sera de ceux-là même si, après Lunar Park, on savait qu’il ne pourrait pas produire un roman aussi fort, il est parvenu à me prendre de nouveau par la main pour m’emmener dans un univers qui n’est pas le mien et que j’ai pourtant l’impression de connaître. Dans un esprit qui n’est pas le mien mais qui est tellement humain, dérangé, fragile.

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3 réflexions sur “Bret Easton Ellis et le diable

  1. Pingback: Bret Easton Ellis, son œuvre | Moeurs Noires

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