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David Peace et son quartet

David Peace a fait une entrée fracassante, à la fin du siècle dernier, dans le petit monde du roman noir… Un petit monde qui ronronnait tranquillement, ou, en tout cas, est-ce l’impression qu’ont donné les sorties des quatre opus du Red Riding Quartet. Il a remué cet univers dans lequel chacun se sentait bien, il l’a remué comme personne n’avait dû le faire depuis Ellroy et sa montée en puissance dans les années 80.

David Peace est arrivé et a jeté à la face de tous ses angoisses et ses obsessions, il a fallu encaisser et se dire que nous avions là quelqu’un qui ne nous laisserait plus tranquille.

Peace arrive donc, en 1999, avec un roman au titre improbable, juste une année, mais une année qui représente beaucoup pour les habitants du Yorkshire, l’année où tout a commencé…

1974 est un roman à la première personne, un récit halluciné, habité. Un journaliste en devenir, Edward Dunford, un 1974 (1999)plumitif qui veut dépasser Jack Whitehead, le journaliste criminel de l’année, se lance sur l’affaire de l’étrangleur du Yorkshire. Il s’y lance à corps perdu, comme on se jette dans le vide. Et Dunford va s’enfoncer comme tout un comté s’enfonce à la suite des meurtres de fillettes qui s’additionnent. C’est un récit prenant, haletant, où l’on revit une époque.

Peace nous offre une peinture des personnes de ce temps-là au plus près, sans faire de cadeau, sans rien nous épargner. C’est une région avec ses qualités et ses défauts, avec une certaine culture, une certaine façon de vivre et Peace va nous l’asséner en long en large et en travers. Il colle à ses personnages, s’attachent à leurs pensées hallucinées, à ces obsessions que chacun ressasse comme des mantras. Et il nous les ressasse. Car Peace ne se contente pas de nous raconter une histoire déjà horrible par elle-même, il nous la raconte en y mettant les formes. Ses formes, son style.

Le style de Peace est tout sauf consensuel, tout sauf facile, il faut s’accrocher à ses répétitions, ses boucles de récit, ses allers et retours…

Il entre par la grande porte dans le roman noir et ne va pas se contenter d’y rester, la tétralogie n’est pas finie et il va encore nous embarquer. Plus loin.

Nous retrouvons le Yorkshire trois ans après. Cette fois, c’est 1977, l’année du jubilé d’argent, l’année du cauchemar qui continue pour toute une région.

Les mêmes personnages hantés viennent détruire le peu d’espoir qu’il pouvait nous rester. Les mêmes personnages reviennent pour affronter l’effroi qui a tenu éveillé une partie de l’Angleterre. Peace nous offre encore une tranche de1977 (2000) ce fait divers devenu fait de société, histoire du Yorkshire. Il nous fait suivre le parcours d’individus paumés, en déchéance, en même temps que la décadence s’accentue dans les environs de Leeds. Les points de vue se multiplient, ajoutant une descente à une autre…

Décidément Peace continue de nous bousculer. Il évolue, scande son histoire, l’entrecoupe d’extraits d’émission de radio. Son style, sa façon de raconter une histoire s’enrichit.

Nous n’en sommes qu’au deuxième, nous ne sommes qu’en 2000 et déjà Peace peut rendre accroc, il nous faut le suivant, même si on le redoute, on l’attend. Sans savoir jusqu’où il va aller, on veut le suivre… J’en ai parlé plus longuement ici.

On le redoute et il arrive. Le troisième opus, 1980, sort un an plus tard au Royaume d’Angleterre. Dans ce royaume où il y a décidément quelque chose de nauséabond…

Cette fois, ce ne sont plus des émissions radiophoniques qui viennent ponctuer l’intrigue sans que l’on puisse qualifier ça d’aération. Cette fois, ce sont les extraits d’un journal, écrit d’une traite, sans ponctuation, paragraphe, sans 1980 (2001)aération… Des mots jetés comme ça, à la suite, à la file.

L’affaire de l’étrangleur du Yorkshire avance si peu et gêne tellement aux entournures tout un tas de personnes que l’on finit par enquêter sur l’enquête. Mais comme avant, comme dans les opus précédents, cette enquête semble maudite. Pas de rédemption possible une fois qu’on y a mis un doigt…

Après Dunford, Fraser, Whitehead, c’est au tour de Peter Hunter de s’y coller. De se coller à la narration et de subir la malédiction, le mauvais sort qui s’acharne sur chacun. Il ne faisait pas bon vivre dans le Yorkshire des années 70 et 80, dans la corruption et les malversations, il ne faisait pas bon y vivre mais David Peace est un enfant de cette époque. Il en a subi le traumatisme et nous le transmet avec un style, une force, incroyables.

Il ne lui reste plus qu’à conclure, et nous ne savons si nous pourrons supporter le sevrage.

Quatre ans après la sortie du premier volume, la tétralogie atteint le bout du tunnel, sans s’extraire de la noirceur, sans en sortir. Mais vit-on ailleurs ?

1983 conclut le Red Riding Quartet, et cette conclusion confirme s’il en était besoin l’importance de la série et de son auteur. David Peace est entré en littérature, dans le roman noir, par la grande porte, s’installant d’emblée au côté des 1983 (2002)plus grands. Les comparaisons se sont multipliées, Peace en a revendiqué certaines comme Ellroy auquel son style peut faire penser… Mais, de mon point de vue, les comparaisons sont inutiles, Peace est Peace, un point c’est tout. Et il nous le rappelle avec ce dernier opus, nous bousculant encore, jouant avec nos tripes, notre folie. Allant encore plus loin.

Le roman est à la première, à la deuxième et à la troisième personne. Mais jamais l’on ne s’y perd, jamais on ne perd le fil, jamais on oublie que nous sombrons dans la folie. Qu’il n’y a pas de rédemption. Il boucle la boucle, suis encore des personnages hallucinés, observe le lent effondrement. J’en ai aussi parlé par .

C’est une série marquante, majeure, que Peace nous a offerte pour commencer mais il ne s’est pas arrêté là. Le Yorkshire et l’Angleterre ont subi de nouveau son regard acerbe… avant qu’il aille voir ailleurs.

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5 réflexions sur “David Peace et son quartet

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