Blacksad, coups de griffes dans la Toile

Je vais m’attaquer non pas à un homme, un auteur, mais à un chat, un personnage, le personnage principal d’une bande dessinée. Les auteurs (ils sont deux, l’un au stylo, l’autre aux pinceaux) sont Diaz Canales et Guarnido. Et ces deux-là, pas mal doués il faut le dire, nous offrent les aventures d’un chat détective privé. Un détective privé tout ce qu’il y a de plus classique… états-unien, désabusé et prêt à aller jusqu’au bout de ses enquêtes même s’il doit y risquer l’une de ses sept (neuf ?) vies.

Un album de la série, le quatrième, est paru en 2010, cinq ans après le précédent, la présence du chat à l’imperméable est donc assez importante sur la Toile. Je ne m’étendrai pas trop sur les nombreux endroits où les aventures sont évoquées, je me contenterai de citer quelques-uns d’entre eux, ceux qui m’ont paru intéressants.

Il y a tout d’abord une série de sites qui se sont spécialisés dans le sujet. Blacksad.com recense, depuis 2009, tout ce qu’il faut savoir sur les différentes éditions et leur format des dessins ou des albums de Blacksad. Dans le même état d’esprit et toujours sur tous les formats et supports des dessins ainsi que sur les albums, il y a également le site Blacksadmania.

Ensuite, pour se faire un avis sur la série, quelques autres sites proposent des critiques ou chroniques sur la lecture des différents tomes. J’ai retenu deux pages, celle de l’article que lui a consacré Yohan sur son site Lecture et cinéma qui reprend les trois premiers tomes de la série et celle reprenant les différentes chroniques du Bar à BD.

Avec ces quatre sites, vous pourrez vous faire une idée des illustrations et de leur qualité ainsi que des scénarii, pas moins intéressants à mon avis…

Pour connaître un peu mieux les auteurs, deux endroits m’ont paru à retenir, un entretien avec Guarnido sur le site de l’Express, qui fait partie du dossier que propose le magazine sur la série, et le blog, Todos reyes, todos poetas, de l’autre compère de la série, Diaz Canales, blog qui propose les illustrations et quelques commentaires, pour les hispanophones, de celui qui signe les histoires du privé félin…

Avec tout ça, si vous ne connaissez pas encore Blacksad, vous aurez sûrement un aperçu intéressant du sujet… Je vous en reparle dans pas longtemps.

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Dangereuses adaptations ?

Je ne sais pas si être adapté plusieurs fois est un signe mais… Je pense que Les liaisons dangereuses sont d’une telle force que certains n’ont pu résister. Elles ont été déclinées, en plus d’un sketch parodique des Nuls, en opéra, pièce de théâtre et au cinéma, donnant l’occasion à plusieurs réalisateurs et scénaristes de s’illustrer. En plus, adapter un roman du XVIIIème permet de cacher son envie d’être quelque peu incorrect, dérageant, derrière l’argument de l’adaptation d’une référence littéraire, d’un incontournable. L’intérêt d’adaptations multiples est l’accès à de multiples lectures d’une même œuvre, d’en saisir l’intensité et parfois certaines subtilités passées inaperçues.

Se pencher sur les différentes adaptations cinématographiques proposées peut donc valoir le coup. Je ne m’attarderai que sur quelques unes d’entre elles, n’étant pas familier avec les autres. En effet, les liaisons… ont fait l’objet d’un travail un peu partout dans le monde, en Allemagne (à partir d’une adaptation théâtrale), au Japon, en Tchécoslovaquie et jusqu’en Corée du Sud. La dernière en date à être évoquée sur le site de référence en ligne en matière de cinéma (qui ne semble pas forcément complet, de nombreuses adaptations oubliant de préciser leur source d’inspiration) est même un film porno gay. On voit que l’histoire a pu être adaptée de manière bien différente, actualisée ou détournée. Toutes ces versions ont sans aucun doute un intérêt mais elles restent difficilement accessibles en France.

Je commencerai par les adaptations qui ont transposé l’intrigue dans une autre époque. Souvent celle où le film a été réalisé. Je m’arrêterai aux deux qui me sont les plus familières.

Roger Vadim a, en son temps (1959), adapté l’intrigue, conviant des acteurs-phares puisque Gérard Philippe y est Valmont et Jeanne Moreau, Merteuil. L’histoire prend donc place dans Les liaisons dangereuses, Roger Vadimles années cinquante et les relations épistolaires ont été en partie supplantées par les communications téléphoniques. On y sent l’atmosphère du livre, parfois. Mais je l’ai trouvé un peu trop éloigné à certains moments sans que cet éloignement propose une alternative intéressante. En effet, en amateur de l’œuvre originale, l’idée de remplacer certaines lettres par des conversations téléphoniques peut sembler la seule idée… Bonne idée ? La question se pose puisqu’on en oublie le décalage qu’il peut y avoir dans un échange épistolaire, les lettres qui peuvent se croiser et les incompréhensions qui peuvent en résulter. Je ne sais pas si c’était une fausse bonne idée mais si le seul intérêt du film réside dans celle-ci, ça fait un peu léger… Pourtant, Jeanne Moreau en madame de Merteuil, ça a de l’allure mais on a l’impression que Vadim est resté à la surface, n’osant pas aller loin dans ce qui fait tout l’intérêt de livre de Laclos. A noter que Roger Vadim a dû se passionner pour ce roman puisque, sans le dire, il en a proposé une deuxième adaptation avec l’actrice érotique des années soixante-dix.

Plus récemment, en 1999, Roger Kumble a transposé le roman dans le New York du siècle finissant, au sein de la haute bourgeoisie. L’intrigue conserve toute sa force. Sous couvert d’un film pour ado, ou à propos des ados, il nous sert l’intrigue du roman en s’attardant plus particulièrement sur les relations entre Merteuil et Valmont, le couple central de l’histoire, et en faisant d’eux un beau-frère et une belle-sœur au sein d’une famille recomposée. Ce film a peut-être su gardé une certaine intensité par le casting (par sa Cruel intentionsjeunesse surtout) qu’il propose et le rythme de l’intrigue. Le montage accentue l’impression d’impossibilité de résister à la lutte dans laquelle se lancent les deux principaux protagonistes. Mais, peut-être est-ce dû à une certaine vision nord-américaine des relations entre hommes et femmes, tout semble se résumer à la simple bagatelle quand chez Laclos, les personnages se perdre à force de résister à leurs sentiments. Les sentiments et la morale sont le moteur du livre de Laclos, ce que semble avoir oublié Kumble. Pour lui, nous sommes dans un jeu, ce qui est le cas du bouquin, mais un jeu beaucoup plus subtil et le discours de Kumble, teinté d’un certain puritanisme ou, en tout cas, d’un discours qui se veut critique du puritanisme, en arrive à nous présenter les femmes et les hommes uniquement menés par leurs instincts sexuels, se contentant du côté graveleux, quand le livre nous propose également une vision de la femme et de sa force allant au-delà de ce que nous en dit le cinéaste états-unien. Ce Cruel Intention (rebaptisé Sexe Intentions, en bon français, révélant peut-être les intentions réelles du long métrage, y collant plus) a connu un certain succès, occasionnant deux autres films s’en réclamant, je ne les ai pas vus, redoutant un peu les libertés prises. Il faut un certain talent pour se le permettre.

Entre ces deux adaptations, et presque coup sur coup, deux films ont débarqué sur les écrans. Deux films se voulant plus fidèles à l’intrigue originale et respectant, au moins, les lieux et l’époque de celle-ci. Ce sont donc deux films en costumes qui nous furent offerts et que j’ai goûté de manière différente.

Le premier à avoir atteint les grands écrans est l’adaptation de Stephen Frears. Les liaisons dangereuses (Dangerous liaisons en v.o.) est un film tiré de l’adaptation théâtrale de Les liaisons dangereuses, Stephen Frears 2Christopher Hampton. Le fait d’être adapté d’une pièce à succès garantit un rythme efficace. De plus, Hampton a voulut coller au texte original et il a transposé, transformé en scène, ce que les personnages racontent. Il a transposé ce qui était transposable et ce qui pouvait donner des scènes intéressantes. Travail de réexpression donc et de sélection. Etant adapté d’une pièce, le côté galipette si prisé par d’autres adaptations est quelque peu gommé, laissant la place à un certain suspens, à l’expression des sentiments. Et à la guerre que se livrent Merteuil et Valmont, deux êtres interprétés avec délectation par Glenn Close et John Malkovich. Tous le casting est d’ailleurs de haute tenue, Michelle Pfeiffer en Tourvel est parfaite de retenue et d’émotions refoulées, de tentative de contrôle de soi, tout comme les deux jeunes Uma Thurman et Keanu Reeves face aux affres des premiers émois et des premières attirances difficilement domptables. L’adaptation de Frears est sans doute, de mon point de vue, l’une des plus intéressantes, l’une des plus proches de l’idée du texte et du texte lui-même.

Le deuxième film anglo-saxon, en costume, ayant atteint les écrans, en 1989, un an après Frears, est celui de Milos Forman. Cette adaptation signée par Forman et Carrière a décidé de Les liaisons dangereuses, Milos Formanse centrer sur le personnage de Valmont, comme son titre l’indique. Un parti pris intéressant puisque Valmont a parfois tendance à n’être qu’un faire-valoir pour Merteuil alors que son rôle dans la partition est de la première importance. Il est l’homme au prise avec des émotions qu’il ne veut avouer ni s’avouer. L’homme qui veut garder sa force, ne montrer aucune faiblesse quand il est au prise avec les siennes propres. Le parti pris est intéressant mais un peu éloigné de la volonté de Laclos. Les auteurs, Carrière et Forman, ont également décidé d’une distribution en accord avec les âges de l’œuvre originale, les rôles sont donc joués par des acteurs au début de leur carrière, Colin Firth ou Annette Benning. Cette adaptation souffre de la comparaison avec le film de Frears, trop éloignée de l’œuvre originale, elle nous perd un peu en route…

Avant ces deux adaptations, la télévision française s’était penchée sur le roman que nous évoquons. Charles Brabant avait commis une œuvre d’une autre dimension que celles passées en revue jusqu’ici.

Les liaisons dangereuses, Charles BrabantEn effet, dans cette adaptation inspirée de l’œuvre et de la vie de Laclos, les deux sont intimement mêlées. On y voit l’auteur conversant avec ses personnages et éclairant son roman de ses expériences personnelles. Ça n’a rien de rébarbatif, au contraire, Merteuil et Laclos s’affrontent pour donner leur interprétation de l’histoire dans laquelle le deuxième a plongé la première. Les personnages écrivent et disent leurs lettres sans que cela ne soit lourd, à aucun moment. Les scènes reprenant l’intrigue du roman sont d’une grande fidélité et on sent, on retrouve tout ce qui se joue dans cette intrigue, la guerre des sexes, la guerre de pouvoir qui ne se joue pas avec les mêmes armes et qui doit, malgré tout se jouer selon les carcans qu’imposent l’époque et la société. Société si proche de la nôtre.

Merteuil et Laclos s’affrontent, luttant pour décrire la condition des femmes. Merteuil soulignant tout ce que l’œuvre de Laclos peut avoir de contestable dans le fait qu’elle décrit sans juger, donnant au lecteur ce pouvoir. La chute inexorable des personnages est décrite avec minutie. Nous avons là une œuvre intelligente, vous donnant l’impression de l’être, tout en vous distrayant.

Si vous ne connaissez pas ce film réalisé pour la télévision, cherchez-le. Il n’est pas facile à trouver mais je crois qu’il est désormais édité en dvd et accessible pour peu que l’on se donne la peine. Regardez le film mais n’oubliez surtout pas de lire Laclos et ses Liaisons dangereuses si ce n’est pas encore fait.