Paul Colize dans ma bibliothèque

Il a bien fallu qu’il arrive chez moi pour que je vous en parle.

Il est arrivé sans se presser, sans cheval et sans chapeau… mais pas loin.

C’était il y a quelques temps. Je commençais à me pencher sérieusement sur le roman noir, sur le polar. J’en avais fini avec Fantômette, le club des cinq ou le clan des sept, voire Agatha Christie, depuis longtemps, j’étais passé à autre chose. J’avais lu ce qui m’était imposé à l’école, au collège puis au lycée, tout en essayant d’explorer certains auteurs découverts à l’occasion ou conseillés par un camarade, un libraire ou autre.

J’avais lu ceux qui me semblaient raconter des histoires valant le détour et ayant eu les honneurs d’une adaptation télévisée voire cinématographique. Ayant quitté le monde des lectures prescrites, j’avais adopté la lecture de magazines, plus particulièrement des pages littéraires, pour trouver de nouveaux romans, de nouveaux univers à explorer. Je passais d’un genre à un autre sans réelle exclusivité. Mais l’étau se resserrait. Les intrigues que je prisais commençaient à avoir quelques points communs même si je continuais, continue et continuerai à butiner ici et là.

Une certaine noirceur, une certaine connexion avec la réalité, une envie de se coltiner avec le monde tel qu’il existe sans naviguer dans un univers éthéré, loin de la société. Une noirceur nous présentant notre monde, nos semblables tels qu’ils sont réellement et pas tel qu’on voudrait qu’ils soient… Cette noirceur me paraît plus proche de ce que nous côtoyons tous les jours. Même si, bien sûr, je continue à chercher dans les livres de l’évasion… mais une évasion plus ancrée dans ce que je connais ou ce que je crois percevoir.

Au long de mes pérégrinations littéraires et de mes recherches d’avis pouvant m’aiguiller vers de nouveaux auteurs, un média a petit à petit prit de l’importance. Un média reposant sur des outils en plein développement et qui s’interconnectaient de manière de plus en plus efficace. Un média qui me donnait accès à plein de monde, à une multitude de sensibilités.

Je m’y suis mis, j’ai accepté de m’y fier en gardant toujours à l’esprit que c’était un nouveau moyen pour m’aider à me forger des opinions ou à garnir ma bibliothèque.

M’étant penché sur différents sites plus ou moins spécialisés, plus ou moins orientés, je me fixais sur quelques uns d’entre eux qui avaient tous pour point commun une certaine littérature. De manière assez surprenante. Une même littérature et une même ouverture tellement les cases dans lesquelles on range telle ou tel peuvent être souvent plus proches de cages.

Je m’y suis fixé en tant que simple visiteur puis j’ai franchi un nouveau cap, je profitais des avis des autres, pourquoi ne pas commencé à donner le mien à ceux qui voudraient bien l’entendre. Mon choix s’est porté sur un forum où j’ai croisé des tas de personnes intéressantes, des lecteurs mais aussi des traducteurs, des blogueurs ou futurs blogueurs, ou encore de futurs créateurs d’association œuvrant dans le domaine plus particulier qui nous est cher. Parmi ces lecteurs, certains se sont trouvés être également des auteurs… Et parmi eux, vous l’aurez compris, il y avait le grand Colize, le beau Colize, sans cheval et sans chapeau, mais avec un pseudo qui aurait pu laisser penser…

Sur ce forum des concours de nouvelles étaient proposés et c’est à cette occasion que j’ai lu la prose de Paul Colize pour la première fois. Il m’aura fallu plus de temps pour lire un roman du monsieur, mais, depuis que j’ai commencé, c’est à chaque fois un plaisir de me plonger dans ce qu’il nous propose

J’y reviens incessamment sous peu.

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Paul Colize entoilé

J’aborde un auteur, romancier, moins connu que ceux que j’ai jusqu’ici évoqués. Mais, comme les précédents, je l’aborde parce que ses romans me plaisent. Ces romans et sa démarche de romancier. Ce n’est pas un grand du roman noir ou du polar, ou pas reconnu comme tel en tout cas, mais c’est un auteur intéressant. Un honnête artisan quand il existe quelques faiseurs industriels beaucoup moins dignes. Mais j’y reviendrai…

En abordant un auteur moins installé que ceux dont j’ai jusqu’ici parlé, je m’attendais à une certaine discrétion sur la toile… et pourtant, Paul Colize y est bien présent. Si vous voulez en savoir plus sur lui, vous pourrez en apprendre déjà pas mal en ligne. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai d’abord entendu parler de lui.

Que retenir de cette présence sur la Toile ?

Tout d’abord, quelques portraits permettant de se familiariser avec l’auteur et son œuvre. Paul Colize a les honneurs de Wikipédia (eh oui !), comme quoi, l’encyclopédie collaborative permet de connaître quelques tenants d’une littérature populaire peu accessible ailleurs. Vous pouvez également le croiser sur une page de MaBibliothèque, au travers d’un article signé Sheherazade. Il est aussi évoqué sur le site k-libre, outre une courte présentation, l’actualité de l’auteur est également accessible, ce qui n’est pas sans intérêt. Pour continuer avec les portraits, deux autres me paraissent à citer, celui de son éditeur, collectif d’auteurs dynamique et ô combien recommandable, je parle de Krakoën, bien sûr ; et enfin, last but not least, celui de Pol’Art Noir, l’un des plus anciens à ma connaissance mais toujours bon à consulter.

Ces différentes pages en ligne vous permettront également d’aborder son œuvre, de faire connaissance avec ses romans. Pour les approcher un peu plus, ses romans, deux liens en proposent une présentation différente, le premier se trouve sur un forum où des écrivains et leurs lecteurs peuvent se rencontrer, Polar d’eux ; le deuxième est celui de la petite maison d’auto-édition qui a d’abord proposé la prose de Colize, une passion.

Enfin, pour être complètement familier du romancier, deux autres angles finiront d’aiguiser votre curiosité. Le premier est, tout simplement, de lire quelques lignes de l’auteur belge, ceci est possible au travers de deux sites, Polar Noir (à ne pas confondre avec l’autre), qui propose une de ses nouvelles, Tony et moi, et celui de la toute jeune maison d’édition Ecorce proposant, cette fois en téléchargement, un recueil de nouvelles dont l’une est du monsieur qui nous intéresse pour le moment (les autres nouvelles peuvent également être un régal pour les curieux !). Le deuxième angle permettant de cerner plus précisément le romancier dont je parle est de lire deux entretiens qu’il a accordés, l’un à Pol’Art Noir, l’autre à Polar Noir ( !).

Si avec ça, vous ne savez toujours pas qui il est ou ce qu’il écrit (voir sa bibliographie), je vous en reparle dans pas longtemps. Ce sera cette fois mon point de vue perso, avec ce qu’il peut valoir…

Peace et deux tiers de trilogie japonaise

Après l’Angleterre de ses origines vue à travers un fait divers, à travers une grande grève puis le sport national, Peace est allé vers d’autres horizons. Vers ce pays qui fut le sien pendant une quinzaine d’années.

Pour se pencher sur le Japon, Peace, fidèle à lui-même, le scrute au travers de faits divers, d’événements authentiques. Il scrute le Japon pour mieux nous en faire découvrir une époque marquante, celle de l’après-guerre, de ce pays défait.

En 2007 paraît Tokyo année zéro, premier opus de ce qui est déjà annoncé comme une trilogie. Et Peace passe au tamis un autre endroit de son existence, de son histoire. Il remonte dans le temps et nous propose de débarquer dans le Tokyo année zéro (2007)Japon ravagé de l’après-guerre. Un Japon anéanti, vaincu. Un Japon qui tente de survivre avant de se relever… Un Japon rampant.

Mais tout détruit qu’il est, ce Japon, alors que l’Empereur s’apprête à annoncer la capitulation, reste un pays aux prises avec la noirceur des hommes, des âmes. Avec le crime.

Minami, inspecteur de police, va faire comme le Japon, il va s’accrocher. S’accrocher pour survivre. Et ce à quoi il va s’accrocher, c’est cette enquête, celle qui débute le jour du discours de l’Empereur. Cette enquête qui se révèle comme non résolue un an plus tard quand d’autres cadavres de femmes nues émergent, refont surface. Minami, pour ne pas sombrer dans le déshonneur, celui qu’apprennent à affronter ses congénères, celui qu’apprend à affronter une nation entière, Minami donc va aller loin, très loin, pour résoudre cette affaire. Il va parcourir un pays détruit, laminé. A la limite de l’insalubrité.

Pour nous présenter le pays qu’il avait adopté pendant une quinzaine d’années, Peace n’hésite pas à plonger, à remuer la fange, à nous en offrir une image nauséabonde. Il adopte pour ce faire certains codes d’une certaine culture que le pays du soleil levant a exporté, ceux du manga entre autre, avec des onomatopées, des sons qui se répètent, comme toujours chez lui. Les sons, les pensées, sont ressassés, répétés jusqu’à l’écœurement, jusqu’à l’overdose.

Nous sommes bien dans l’univers de Peace même si nous avons changé de continent, de culture, à l’orée d’une mondialisation qui s’en emparera également, de cette culture, de ces cultures. J’en ai parlé par ici.

Deux ans plus tard, Peace nous offre une nouvelle vision de son pays d’adoption. C’est Tokyo, ville occupée. Il convoque de nouveau la culture de cette nation pour nous exposer l’histoire d’un cambriolage qui s’est transformé en meurtre de masse. L’histoire d’un cambriolage qui a marqué l’opinion publique d’un pays encore chancelant mais à l’aube d’une Tokyo ville occupée (2009)renaissance.

Pour nous raconter ce cambriolage, Peace décide de faire de nous un écrivain et de nous faire approcher, toucher du doigt, les affres de la création, les difficultés qu’il y a à vouloir ressusciter des morts, à vouloir de nouveau faire vivre les protagonistes d’une telle histoire. Une histoire déjà racontée par d’autres évoqués à la fin de l’ouvrage, comme Romain Slocombe notamment. Pour construire son roman, il emprunte la structure de deux nouvelles d’Atugawa Ryunosuke dont Rashomon.

Ce sont douze témoignages que nous allons lire. Douze témoignages pour faire la lumière sur cette affaire. Douze témoignages de personnages réunis à la porte noire, réunis pour que l’écrivain puisse faire son œuvre. Douze témoignages pour douze chandelles, en cercle, qui vont s’éteindre au fur et à mesure et de l’obscurité naissante, envahissante, naitra peut-être la lumière.

Au travers de ces douze chandelles et de l’histoire qui les accompagnent, nous n’approchons pas seulement la réalité d’un fait divers mais également la réalité d’un pays… Les victimes, deux inspecteurs, une survivante, deux enquêteurs sur les armes biologiques japonaises, un journaliste, un exorciste, un homme d’affaire mafieux, un condamné, un meurtrier et celle qui reste pour pleurer, vont nous offrir leur vision de l’affaire, leur vision de leur vie pendant l’affaire, nous donnant ainsi à voir un tableau, une fresque et nous indiquant les différents angles sous lesquels nous pouvons l’appréhender. Le fait divers et ses conséquences.

C’est un David Peace jusqu’au-boutiste qui a écrit ce livre. Autant, sinon plus, qu’il l’avait déjà été dans ses œuvres précédentes. Rien n’est passé sous silence, rien ne nous est épargné, pas même les élucubrations, les fantasmes de l’écrivain au travail.

Un David Peace qui nous propose une vision noire du Japon, une vision qui bouscule et il faut nous accrocher, nous aussi, pour ne pas chanceler, ne pas tomber, k.o. au bout du compte.

Avant de clore cette trilogie, Peace est revenu vers son pays et le football.