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Lehane, Kenzie et Gennaro (1)

Ça commence en 1994, Lehane déboule dans les meilleures crémeries puis les autres. Il n’en disparaîtra plus…

Il faut dire que pour un premier roman, ça démarre fort et même plus encore. Avec Un dernier verre avant la guerre (A drink before the war), nous sommes dans notre élément et dans un nouvel univers avant de l’avoir réalisé. Nous Un dernier verre avant la guerre (A drink beffore the war, 1994)sommes à Boston, Massachussetts. Et sans savoir si on aimerait y vivre, d’emblée, certains bostoniens nous deviennent familiers et infiniment proches… Sans y prendre garde, ils entrent dans notre monde et sont immédiatement impossibles à déloger. Au premier rang se trouve Patrick Kenzie, narrateur et membre d’un duo d’enquêteurs qu’il forme avec Angela Gennaro. Deux amis d’enfance qui n’ont pu se séparer à l’âge adulte.

Le premier à entrer en scène est, bien sûr, Kenzie. Il porte un regard railleur sur ce qui l’entoure et plus encore sur lui-même. D’emblée il nous fait part de cette distance, nous la livre dans un demi-sourire moqueur. Revenu de pas mal de choses, comme tout privé qui se respecte. Son sourire se figera tant ce qu’il va vivre et nous raconter l’enfonce et nous enfonce dans les tréfonds de la société, société engendrée par une âme humaine d’une égale noirceur.

Ce sont deux héros cabossés, malmenés, et qui se serrent les coudes, que nous suivons. Que nous regardons explorer, affronter tout ce qu’une ville peu renfermer d’affligeant. De ce qui nous amène au bord de la nausée. Boston est à l’image d’un pays, de ces Etats-Unis qui veulent croire qu’ils sont une société multiraciale, un exemple. Un exemple qui nous est imposé chaque jour. Lehane démonte cette image, explore sa ville sans en taire la face obscure… L’appât du pouvoir ou le pouvoir lui-même qui corrompt et pourrit, les affrontements sans merci entre bandes rivales, et certaines âmes perverses qui se délectent de tout cela et de bien plus encore.

D’entrée, je le disais, Lehane nous plonge dans ce qui sera son univers, dans ce que sont certaines de ses obsessions. Il nous décrit une humanité malade, en déliquescence, et où les victimes sont les plus innocentes, les plus faibles, les plus fragiles, celles qui devraient être protégées.

Les deux héros qui traversent cette histoire, qui y prennent une importante part, ne sont pas épargnés et Lehane tisse des relations entre eux qui ne peuvent qu’être développées, disséquées  plus encore qu’elles ne le sont dans ce premier roman. Premier roman récompensé outre-Atlantique du prix Shamus.

Nous savons que nous reviendrons à Boston sans être sûr d’avoir envie d’y vivre mais avec l’envie de retrouver Kenzie et Gennaro, de savoir comment ils survivent après une telle plongée en enfer et comment ils continuent à avancer ensemble…

Lehane accroche d’emblée.

C’est deux ans plus tard que Lehane prolonge les aventures de Kenzie et Gennaro. Pour notre plus grand plaisir mais pas forcément pour le leur. Pour notre plus grand plaisir car il confirme avec ce deuxième opus l’étendue de son talent, sa capacité à nous émouvoir, à nous ébranler. Pas forcément pour le leur car il va de nouveau les malmener au-delà du raisonnable… Mais nous sommes dans le roman noir et la réalité ne peut être édulcorée. Elle est là qui nous agresse chaque jour et le roman noir en est un reflet.

Après avoir proposé le verre du condamné, Lehane cite Shakespeare et se laisse entraîner à décrire la barbarie quasi Ténèbres, prenez-moi la main (Darkness, take my hand, 1996)ordinaire. Ténèbres, prenez-moi la main (Darkness, take my hand) va nous emmener loin, très loin. Va nous emmener dans une direction que le premier opus nous avait déjà fait explorer…

C’est particulièrement noir et, une fois de plus, ce sont les faibles et les innocents qui vont trinquer. Une fois de plus, Kenzie et Gennaro vont être confrontés à ce qu’ils auraient pu subir ou devenir. Une fois de plus, ils vont être confrontés à des choix entre le pire et le moins pire. Des choix impossibles.

Leur quartier va, une nouvelle fois, révélé sa capacité à engendrer le meilleur comme le pire…

Lehane creuse son sillon dans ce deuxième opus. Angie et Patrick nous sont familiers, nous apprécions de les retrouver et de lire une nouvelle étape de leur parcours. Ils traînent toujours leurs casseroles, leur côté sombre, ces réalités dont ils ne peuvent se débarrasser et auxquelles, au contraire, ils s’accrochent. Au-delà du raisonnable.

C’est désespérant et profondément humain. Avec ce livre, le talent de Lehane se confirme. Il creuse un peu plus son sillon.

En 1997 paraît le troisième volume des aventures de nos deux détectives.

C’est une manière de récréation que s’offre et nous offre Lehane. Leur nouvelle enquête va leur permettre de s’aérer quelque peu, de sortir de ce Boston qu’ils aiment mais où ce qu’ils vivent et ce qu’ils ont vécu les mine.

Sacré (Sacred, 1997)Lehane explore une nouvelle fois les tréfonds de l’âme humaine et ce qu’elle peut engendrer de moins reluisant tout en s’y attaquant de manière plus décalée. Kenzie et Gennaro prennent du recul et tout en partant sur les traces d’une disparue, ils mettent aussi leurs pas dans ceux de leur créateur, enseignant à ces heures en Floride.

Il y a du soleil, ça n’est pas franchement réjouissant mais on sourit, un peu comme si, cette fois-ci, le style de Lehane l’emportait sur l’intrigue ou s’il la faisait à son image. Jusqu’ici l’humour de Kenzie était celui d’un certain désespoir, une façon de ne pas sombrer, là, il prend une autre dimension… de la légèreté.

Nous sommes pourtant bien toujours chez Lehane, certaines de ses obsessions passent au second plan mais son duo de choc continue à enrichir sa relation, à la faire progresser, rebondir… Pour notre plaisir.

Ça reste noir mais un noir beaucoup plus clair que les deux épisodes précédents. Une bouffée d’air, une grande respiration avant de replonger avec le suivant.

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6 réflexions sur “Lehane, Kenzie et Gennaro (1)

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