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Jean-Hugues Oppel, vers d’autres rivages, noirs

Avec le cinquième roman de Jean-Hugues Oppel, deux changements s’opèrent… Deux changements qui apparaissent en couverture. Tout d’abord, les couleurs ne sont plus cette association de jaune et noir si connue, si identifiable et puis le nom n’apparait plus seul. Changement d’éditeur, donc, arrivée chez Rivages dans la collection dirigée par François Guérif et prénom révélé aux lecteurs curieux, qui le connaissaient peut-être déjà mais cette fois en ont la confirmation quasi officielle.

Avec ce cinquième roman, outre ces changements, Oppel poursuit son évolution, son exploration du monde du polar, s’approchant du roman noir…

Brocéliande sur Marne paraît en 1994 et confirme la richesse de l’univers du romancier. Après être entré dans le polar par deux romans assez classiques pour l’époque, bien dans la tendance du moment, et pourtant déjà marqués par une certaine patte, une plume et un certain humour, puis deux romans s’approchant d’une observation plus sociale, Oppel Broceliande sur Marne (1994)change encore.

Il avait rendu hommage à certains aînés auparavant, cette fois, il s’empare d’une légende pour nous raconter une histoire bien actuelle… Il s’empare d’une légende pour la pervertir. Arthur et les chevaliers de la table ronde ne sont plus ce qu’ils étaient, ils ne sont même plus tout à fait du même côté, les vielles rivalités les ont poussé dans des camps opposés. Les chevaliers ne sont plus aussi fringants, les fées ont sombré, emportées par leurs mixtures.

C’est un paysage pas très reluisant que nous offre Oppel, un paysage de banlieue promit à l’avidité des promoteurs, aux coulées de bétons à vous défigurer les vieux quartiers, à vous expatrier les habitants pour faire place nette et attirer les gogos pleins aux as. Ou tout au moins aisés. L’humanité n’est pas à chercher du côté des politiques ou des professionnels du bâtiment mais plutôt de celui des petites gens, de ceux qui faisaient les banlieues jusqu’ici. Elle peut aussi se cacher dans la jeunesse, une jeunesse pas forcément si désabusée, ou en tout cas prête à se battre encore.

Oppel continue à mettre son style léger, parfois humoristique, décalé, au service d’une intrigue détaillant un pan peu reluisant de notre société. On ne s’embarrasse pas de scrupule quand il s’agit de faire du fric. Le fric est d’ailleurs devenu une raison de ne plus se préoccuper de ses semblables. Constat pessimiste mais malheureusement plus que jamais actuel. Constat noir… couleur qui teinte de plus en plus les romans du monsieur.

Quelques mois après Brocéliande sur Marne, Oppel commet un nouveau roman, un roman qui confirme sa place dans le paysage du polar.

Ambernave s’attaque de nouveau à décrire notre société malade. Malade du chômage, de la crise et de la pauvreté qu’elle entraîne. Pauvreté que certains persistent à croire volontaire, à stigmatiser. Oppel rend hommage à un autre monument de la littérature, à l’un des auteurs marquants du XXème siècle et à une de ses œuvres incontournables, Des souris et des hommes de Steinbeck. Il s’y attaque avec humilité et en propose une version qui s’intitulerait “Des petits chiens et des ombres”.Ambernave (1995)

Nous suivons le parcours d’un ancien docker, abimé, un ancien docker qui vivote, qui tente de garder une certaine dignité en se battant pour survivre. Un docker dont l’une des références est le roman de Steinbeck et qui va le vivre de l’intérieur… Qui va en vivre sa propre version.

C’est une histoire déglinguée que nous offre Jean-Hugues Oppel, déglinguée et pleine d’une humanité qui s’accroche encore à quelques uns d’entre nous. Espérant sûrement des jours meilleurs. Espérant ne pas être définitivement condamnée. Emile va devoir composer avec ses sentiments, lui, le misanthrope, va se découvrir des envies d’amitié, des envies de protection, de se soucier de son prochain… Plutôt inattendu mais il va l’accepter et s’y soumettre.

C’est un roman marquant, touchant, dans lequel Oppel va jusqu’au bout, ne détournant les yeux devant aucune forme de violence, s’attachant à des personnages parfois peu recommandables. Des personnages enfantés par notre société. C’est noir et pessimiste.

En arrivant chez Rivages, Oppel aura écrit, au milieu des années 90, deux romans majeurs dans son œuvre, deux romans qui témoignent de son talent, qui le confirment définitivement… Mais il n’en restera pas là.

L’attirance pour le noir chez Oppel se confirme avec son opus suivant.

Six-pack a un aspect moins social que les deux bouquins précédents. Il lorgne du côté des hard-boiled d’outre-Atlantique, nous proposant de nouveau un personnage déglingué mais ce personnage déglingué sera pour cette fois un flic, un enquêteur, aux prises avec une affaire nauséabonde. Une affaire de crimes en série aux répercussions Six-Pack (1996)délicates… Une affaire qui va l’obliger à désobéir à ses supérieurs, à plonger dans une histoire dont il ne pourra de toute évidence pas ressortir entier. Indemne, comme on dit.

Un tueur se plaît à occire de jeunes femmes célibataires, à les occire de manière assez sauvage. Mais y a-t-il des crimes civilisés, respectueux des victimes ? L’inspecteur Saverne s’y colle et ira jusqu’au bout, quoi qu’il en coûte.

Oppel nous parle un peu de mondialisation, nous présentant ces crimes en série comme une importation états-unienne que nous allons devoir nous coltiner au même titre que les chaînes de restauration rapide et en série ou tout un autre tas de produits venus de là-bas. Oppel plonge surtout dans une noirceur profonde, noirceur et thème qui pourraient rappeler par certains côtés ceux d’American Psycho d’Ellis mais traités d’un autre point de vue.

C’est de nouveau un roman marquant.

Le roman suivant paraît deux ans plus tard, en 1998.

Ténèbres explore de nouveau le roman noir et la descente aux enfers d’un flic déjà pas mal bousculé, marqué.

La mort est partout et Novembre, flic de son état, l’a beaucoup affrontée. Il va s’y coller encore et aller très loin.

Jean-Hugues Oppel nous décrit une autre manière de détruire les esprits inventée par l’homme. Après les produits en série qui déboulent jusqu’à nous, il nous parle des croyances et de l’endoctrinement qui y sont attachées, parfois… Après l’économique, le spirituel détruit les âmes…Ténèbres (1998)

C’est un roman marquant car Oppel, tout en explorant un autre sujet, s’intéresse toujours à une forme en constante évolution. Le roman noir qu’il commet n’est pas tout à fait le même que celui d’avant, ce n’est plus un thème majeur du roman anglo-saxon qu’il accommode à la sauce française mais une autre façon de fouiller l’âme humaine et ses dérives. Une dégénérescence inhérente à l’humanité, une certaine humanité… une humanité malade.

Jean-Hugues Oppel va très loin, se met peut-être un peu en scène puisque le personnage central aime les chats, roule en moto…

C’est, pour moi un roman important dans l’œuvre d’Oppel, un roman que j’ai particulièrement apprécié. Peut-être parce qu’il est proche de thèmes, d’une approche, chers à un auteur comme Pagan, par exemple…

Après avoir arpenté le roman noir, notre écrivain va bifurquer. Il va s’aventurer sur un terrain qu’il a déjà effleuré mais qu’il veut approfondir. Un pan de notre société qui génère pas mal de fantasmes. La politique et tous ceux qui tournent autour… Ce sera pour la prochaine fois.

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4 réflexions sur “Jean-Hugues Oppel, vers d’autres rivages, noirs

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