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Marcus Malte, Mister, Bob, Baptiste et les autres

Comme il le raconte dans le texte qui le présente sur le site des éditions Zulma que j’ai déjà évoqué, Marcus Malte s’est d’abord essayé au cinéma (“plutôt doué”) puis à la musique (“pas doué”) avant d’en venir aux romans… Il écrivait déjà depuis pas mal de temps mais le cap qui mène à l’œuvre éditée n’était pas encore franchi. Il le fut dans les années 1990.

En 1996, les éditions Fleuve Noir publient le premier roman de Marcus Malte, Le doigt d’Horace.

C’est un premier roman fidèle à ses aînés, une sorte d’hommage au roman noir. Au roman noir français tout particulièrement. Le style est enlevé, digne des anciens qui ont balisé la route jusque là. C’est en même temps un polar Le doigt d'Horace (Fleuve Noir, 1996)atypique, original, puisqu’il propose de suivre plusieurs personnages dont certains n’ont rien à voir avec l’événement qui ouvre le roman. Ces protagonistes sont aux prises avec leur propre histoire, leurs propres interrogations et tout ceci va se mêler à l’intrigue au fur et à mesure. Certains personnages apparaissent, disparaissent puis reviennent pour ponctuer certaines scènes, je pense notamment à cette femme effrayée par les deux acolytes en taxi et qui va croiser la route des autres personnages à un moment ou un autre…

C’est au départ une intrigue classique, ou qui pourrait l’être, un député est tué chez lui. Pour faire les choses en grand, il est tué dans l’explosion d’une bombe qui expédie également dans l’autre monde sa femme et sa secrétaire. Nous avons suivi les trois livreurs de bombe et compris petit à petit leur rôle dans l’attentat, le pourquoi de leur présence. Qu’eux-mêmes ne percevaient pas complètement. Sauf pour l’un d’entre eux. Ce dernier se lie au cours de la nuit suivante à un duo, Mister et Bob, un pianiste et un chauffeur de taxi qui ne prend plus de client. Ces deux-là, quand ils comprennent l’implication de leur nouvelle connaissance dans l’événement qui secoue la France entière, vont mener leur enquête…

La place est faite aux seconds rôles. Ceux qui sont en marge de l’histoire, ceux que l’on ne ferait que croiser dans un polar se voulant efficace, se voulant thriller. Ici, nous nous attachons aux gens, à leur histoire et l’intrigue, celle du polar, est un prétexte pour les croiser, s’attarder sur eux… S’attarder sur quelques autres individus en marge qu’ils vont croiser à leur tour, s’attarder sur quelques situations à la lisière de l’intrigue…

Nous aurons quand même le droit à une conclusion en forme d’apothéose mais avec l’impression que ce n’est pas ce qui a le plus intéressé l’auteur quand il l’a imaginée.

Un an plus tard, Marcus Malte récidive. Le lac des singes est édité par Fleuve Noir, à nouveau.

Il récidive en écrivant une nouvelle aventure de Mister… sans Bob, cette fois.

Nous sommes au mois d’août, saison creuse à Paris pour les pianistes de boite de jazz. Mister est au chômage forcé, partiel. Un trompettiste, Baptiste, qui a monté son propre quartet le contacte pour suppléer à la défection de son Le lac des singes (Fleuve Noir, 1997)pianiste, défection due à un poignet cassé. Voilà donc Mister parti pour Evian, ville de cure au bord du lac Léman. Ville de cure et de casino où se produit le quartet.

Mister arrive avec la chaleur qui a jusque là fait défaut. Il arrive également au milieu d’une hécatombe, quatre clients ayant touché le pactole à la roulette sont passés de vie à trépas de manière soudaine et criminelle. Une balle, une seule, en plein front. La quatrième victime s’est écroulée sur les marches du casino la nuit précédant l’arrivée de Mister dans cette ville pas si tranquille.

Marcus Malte nous propose une galerie de personnages, de Mister au commissaire, en passant par un client chanceux, un magicien particulièrement doué de ses mains, un chauffeur de taxi… Mister navigue parmi eux en se posant de plus en plus de questions, questions qui finissent par l’obnubiler, à l’instar du commissaire.

C’est une nouvelle fois une intrigue qui pourrait paraître classique mais à laquelle Marcus Malte fait subir un léger décalage, qu’il bouscule suffisamment pour qu’un univers apparaisse. Un univers pas vraiment classique, un point de vue original… Le genre de point de vue que peut proposer un artiste, que l’on attend de lui.

Le style contribue à cette originalité, un style qui laisse les dialogues se développer, direct et poétique… Qui offre une profusion de personnages, une galerie.

Marcus Malte a fait ses gammes, cherché un style, avec ces deux premiers romans. Il a exploré un genre, s’est familiarisé avec ses codes. Il l’a respecté pour mieux s’en affranchir, s’en détacher tout en y restant attaché. Il va aller plus loin, continuer son exploration de la fiction et des méandres de l’âme humaine, les approfondir. Prendre une autre dimension.

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3 réflexions sur “Marcus Malte, Mister, Bob, Baptiste et les autres

  1. Pingback: Marcus Malte à la marge | Moeurs Noires

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