Marcus Malte creuse son sillon

C’est en 2005 que nous parvient Plage des Sablettes, souvenirs d’épaves, une histoire courte, une novella comme le texte précédent, Mon frère est parti ce matin, paru deux ans auparavant. Cette même année sort l’excellent recueil de nouvelles Intérieur Nord aux éditions Zulma, une lecture indispensable. Plages des Sablettes… est édité par Autrement Plage des Sablettes, souvenirs d'épaves (Autrement, 2005)dans la collection Noir Urbain dirigée par Claude Mesplède qui se voulait une photographie d’un lieu au travers du texte d’un auteur et des clichés d’un photographe. En l’occurrence, les photos sont de Stéphanie Léonard et tout tourne autour de La Seyne sur Mer, ville de Marcus Malte.

C’est une histoire différente de la novella précédente, un ton différent, une ligne droite, un seul sujet. Une journée d’un flic, Ingmar Pehrsson, qui commence sur la plage des Sablettes, tout au bout. A l’endroit où le corps de son copain, Paul, son meilleur ami, a été retrouvé quand ils n’avaient que quatorze ans. Vingt-sept ans plus tôt.

Après un prologue qui nous décrit la ville et son évolution, de manière personnelle, la vision et le ressenti d’un habitant des lieux, l’histoire démarre. Elle nous mène au long des pérégrinations du flic, il arpente les rues et ses souvenirs, à l’aune de l’événement fondateur qu’a été la mort de son copain.

C’est une histoire directe, qui se dirige sans coup férir jusqu’au présent, et à ce fait divers qui a tout changé. Pour savoir, pour comprendre et trouver le coupable, Ingmar est devenu flic. Il n’a qu’une idée en tête, qu’une affaire qui l’obnubile. C’est une narration directe, un texte court qui se lit comme ça, rapidement, mais qui reste et qui s’imprime… Si je vais un jour à La Seyne sur mer, j’y chercherai sûrement les traces, les lieux, de cette fiction. Mais je ne suis pas sûr d’aller un jour là-bas. Ce que je sais ou ce qu’il me semble, c’est que j’en ai perçu un peu de l’atmosphère.

Deux ans plus tard paraît, aux éditions Zulma, Garden of love. Et Marcus Malte nous offre un roman où il ose aller encore plus loin qu’avec les romans précédents. Où il ose aller plus loin, nous perdre dans les méandres d’une histoire et nous offrir une œuvre ô combien maltienne (?).

Maltienne parce qu’on y rencontre l’univers qu’il a développé précédemment. Et maltienne par son style, son rythme,Garden of love (Zulma, 2007) qui n’ont rien d’habituel. Un style qui vous accroche, un rythme lent, lancinant, et dont la cadence vous emporte au fur et à mesure que vous vous enfoncer dans l’histoire. Une histoire maltienne.

Je ne vais pas vous résumer l’intrigue, elle l’a été cent fois et elle ne peut l’être vraiment, jouant sur les effets de miroir, sur les confusions, sur la rencontre du passé et du présent, des souvenirs qui hantent et finissent par envahir. Sur des fardeaux trop lourds à porter.Sur la force de l’écrit.

Comme pour La part des chiens, tout n’est pas clair, on ne sait pas toujours ce qui meut les personnages, vers quoi ils s’aventurent. Comme Plages des Sablettes, on suit un flic désabusé, marqué par un événement passé, cherchant dans le présent une explication et rattrapé par ce qu’il fuyait jusque là. Comme pour Carnage, constellation, il y a des êtres en marge, étrangers à la société, tellement peu acclimaté aux autres…

C’est un roman qui marque pour peu que l’on se laisse emporter par son rythme si particulier, si lent. Un roman qui ne joue par sur le suspens mais sur une étrange adéquation entre l’intrigue et les personnages, leurs pensées, leur passé, un peu à la manière de Et tous les autres crèveront.

Ce roman n’est pas un résumé des œuvres précédentes, il ose s’aventurer aux frontières du fantastique, plus loin, ailleurs que les autres et nous emporte partout où il passe pour peu qu’on n’attende pas un roman formaté en l’ouvrant. C’est un roman noir mais pas un polar comme on en croise à tous les coins de rue. C’est un roman qui ne ressemble à aucun autre bien qu’il charrie des histoires et des personnages comme on aurait pu en croiser…

C’est un roman qui touche et vous laisse quelques images, différentes d’un lecteur à l’autre, une maison abandonnée, pour ma part, une belle-sœur à l’écoute, si précieuse, et exerçant un métier qui fait envie, etc…

Mais surtout, quand vous l’ouvrez, ne tenez pas compte de ce que vous aurez pu en lire ici ou là. Laissez-vous aller. Laisser vous faire.

L’œuvre de Marcus Malte va se poursuivre, va enrichir l’univers qu’il nous propose. Et va voir le retour de Mister

Marcus Malte explore

Alors qu’il s’est lancé depuis quelques années dans le roman jeunesse, Marcus Malte poursuit son exploration de la fiction et de son univers. Exploration, approfondissement, à l’image du roman pour ados intitulé Scarrels (2008) où il reprendra l’idée du Tony de  Et tous les autres crèveront.

En 2003 est publié La part des chiens aux éditions Zulma.

Après avoir exploré un genre puis ses personnages, il semble que Malte veuille explorer un univers… Un univers dans lequel vont s’ébattre ses personnages, l’explorant dans tous les sens. Mais ce n’est pas seulement un univers qu’il nous La part des chiens (Zulma, 2003)donne à lire, c’est également une fiction gravitant autour d’individus qui vont nous la conter. Une fiction qui naît de l’univers et des personnages.

Deux hommes arpentent une ville… Deux hommes liés, à la recherche d’une femme. Pour la retrouver, ils passent par bien des endroits et se souviennent de bien des choses.

Ce qui marque, ce qui m’a marqué dans cette lecture, c’est donc cet univers que j’évoquais. Nous sommes dans une ville, une atmosphère, qui nous portent, nous emportent aux limites du réel. Et nous vivons cet univers au travers de personnages qui ont un but, une histoire, des secrets que l’on ne perçoit qu’au fur et à mesure. Zodiak et Roman cherchent Sonia. Il leur manque quelqu’un, comme dans un conte. Et nous allons à leur suite découvrir un parcours qui passe, comme dans les contes, par des épreuves.

Nous sommes dans une atmosphère de conte, un conte noir.

Le style de Marcus Malte nous emmène. Il pourrait nous emmener n’importe où, comme ses personnages, tant il est singulier, envoutant… Tant il nous ramène à cette époque, plus ou moins lointaine, des contes de notre enfance. Ceux qui nous captivaient et nous effrayaient tout à la fois… Dans le noir, au bord de la nuit.

La même année paraît une novella. Une de ces histoires se situant entre la nouvelle et le roman, un format que Marcus Malte pratique régulièrement depuis. Et commence à explorer pour l’occasion. Le titre en est Mon frère est parti ce matin….

Avec cette histoire courte, Marcus Malte revient sur le territoire qu’il avait exploré avec Le vrai con maltais, celui de Mon frère est parti ce matin... (Zulma, 2003)l’humour. Un humour emprunt d’humanité puisqu’il décrit un homme ordinaire, ayant une envie toute personnelle, et qui va devenir une attraction bien malgré lui. Cette histoire singulière tournant autour d’un héro singulier est une cousine de celle que Franz Bartelt peut également nous offrir.

Charles B. décide un beau jour de ne plus sortir de chez lui. Il ne s’agit pas d’un coup de tête mais bien d’un choix mûrement réfléchi. Et Marcus Malte décline les réactions autour de lui. Réactions avant tout causées par l’incompréhension. Et l’imagination. Charles B., enfermé dans sa maison, ignorant tout de l’agitation extérieure, devient un symbole… le symbole d’une société qui se cherche des icones.

Marcus Malte réussit là un petit livre distrayant et savoureux.

Avant la publication de Garden of love, ce livre qui l’a fait connaître plus largement, une autre novella paraîtra… Nous en reparlerons dans pas longtemps.