Accueil » Johnson Craig » Craig Johnson, Walt Longmire, les indiens et les basques

Craig Johnson, Walt Longmire, les indiens et les basques

C’est en 2005 pour les états-uniens, en 2009 pour nous, de ce côté-ci de l’Atlantique et lisant dans la langue de Molière, que Craig Johnson nous lance à la suite de son sheriff récurrent, Walter Longmire. Le premier volet des aventures du policier s’intitule Little Bird en français et The Cold Dish dans la langue de Shakespeare. Le titre en version originale fait référence à une citation de Choderlos de Laclos disant que “la vengeance est un plat qui se mange froid”. Nous sommes déjà dans l’état d’esprit qui prime dans ce premier opus… Un état d’esprit au milieu d’un paysage grandiose. A couper le souffle et que la plume de Johnson rend palpable. Car c’est un roman noir au pays de ce qu’on appelle le “Nature Writing” que nous offre l’écrivain. Quant au titre “français”, il évoque le personnage central de l’histoire.

Mélissa Little Bird a été victime d’un viol quatre ans plus tôt. Un viol qui a débouché sur des condamnations légères Little Bird (Gallmeister, 2005)pour ses agresseurs, condamnations qui leur ont permis d’être libres très vite… Cela pèse dans l’esprit du sheriff du comté d’Absaroka au Wyoming. Un comté fictif mais si proche de la réalité. Le comté le moins peuplé de l’état le moins peuplé des Etats-Unis. Cela pèse dans son esprit, le hante, et se rappelle à lui, si besoin en était, lorsque l’un des agresseurs est retrouvé mort. Une balle dans le dos qui ne pouvait qu’être tirée volontairement. Et voilà une affaire dont Walt Longmire se passerait bien. Il s’en passerait bien car il ne peut laisser faire… quand il a bien d’autres chats à fouetter, quand il a bien d’autres choses qui le préoccupent… Notamment cette mélancolie qui le tient au bord de la dépression.

La vérité n’est pas simple, plusieurs personnes pourraient endosser le titre de suspect idéal, numéro un. Découvrir la vérité prend du temps. Un temps qui épouse le rythme de la narration. Le rythme des pensées du policier. Quand un deuxième agresseur est trouvé dans le même état que le premier, le temps se fait pressant. Et Walt Longmire continue à se démener au milieu de ses femmes, Ruby, la standardiste et grande ordonnatrice de son emploi du temps, Dorothy, patronne du Busy Bee et Vic, son adjointe (celle de Walt). Au côté de son meilleur ami, Henry Standing Bear, qui pourrait avoir eu envie de venger Mélissa Little Bird…

C’est un roman singulier que ce premier opus de la série, ou plutôt un univers singulier qui entre chez nous. On connait les Bighorn Mountains grâce à d’autres écrivains, C.J. Box par exemple, mais c’est une musique particulière que nous fait entendre Craig Johnson. Une musique particulière pour un endroit particulier. Un endroit dont il nous décrit la vie, les membres, de manière si parlante, si touchante. Un univers emprunt d’une grande humanité et un sheriff d’une grande sensibilité, agissant, enquêtant presque malgré lui, presque à contre-chœur.

Il ressasse sa vie, la mort de sa femme quelques années plus tôt, le départ de sa fille, et nous le suivons essayant d’avoir une vie sociale, une vie en dehors de son métier…

C’est un roman qui touche et qui nous présente une communauté sur les contreforts des Rocheuses, une communauté riche de cultures différentes et cohabitant au mieux. Un équilibre pas toujours simple pour les individus, pas toujours simple pour Longmire, dans cette communauté où les différentes cultures finissent par s’imbriquer, s’apprivoiser. Un livre qui nous rappelle que la violence faite aux femmes reste un fléau où que l’on soit.

Un an plus tard paraît le deuxième volet des aventures du sheriff du comté d’Absaroka. Du côté des Rocheuses, il s’intitule Death without company, de ce côté-ci, entre les Alpes et les Pyrénées, c’est Le camp des morts. Il est une nouvelle fois édité par Gallmeister et traduit par Sophie Aslanides. Ils méritent d’être cités.

Le titre anglais fait référence à un proverbe basque. Eh oui ! Un proverbe basque. De ces indiens des Pyrénées comme les appelle un personnage à un moment de l’histoire. Un proverbe basque qui vous prévient que si vous vivez sans ami,Le camps des morts (Gallmeister, 2006) votre mort sera solitaire. Un proverbe, basque comme l’un des postulants, le plus en vue, au nouveau poste d’adjoint pour lequel le sheriff recrute. Basque comme la victime d’un meurtre qui n’en est peut-être pas un. Un meurtre dénoncé par Lucian Connally, le prédécesseur de Longmire à la tête de la police du comté d’Absaroka et son partenaire hebdomadaire d’échec.

Nous sommes quelques jours après la fin du précédent roman. Walt Longmire ne s’est pas encore remis de l’issue de son enquête précédente… Mais il va bien devoir s’en remettre, ne serait-ce que pour tous ceux qui l’entourent, tous ceux qui le poussent à remonter la pente. Il va devoir s’en remettre pour mener une enquête sur une mort qui a toutes les apparences d’une mort naturelle… Et c’est la vie de l’ancien sheriff qui va remonter à la surface. L’exploration d’une communauté qui peuple le petit coin de terre où sévit Longmire nous est offerte.

L’univers de Craig Johnson s’enrichit. Rien n’y est facile et les apparences ne suffisent pas, il faut les démonter, s’en défaire. C’est ce à quoi va devoir s’astreindre notre narrateur et personnage central de la série. Tout en cherchant à retrouver un certain équilibre, à reprendre pied. A investir autant sa vie personnelle que sa vie professionnelle. Pas simple. Mais, encore une fois, ceux qui l’entourent vont l’aider… Parmi eux, une nouvelle venue, seulement entendue au téléphone jusque là, Cady, sa fille avocate à Philadelphie.

Les intérêts en jeu dans cette histoire sont également financiers, il faudra toute la volonté de Longmire pour garder les reines de l’histoire.

Craig Johnson confirme son talent et sa capacité à raconter, conter une histoire. Un rythme qui lui est propre, loin de l’emballement et du galop de certains thrillers, il mène sa barque, s’attarde et nous captive en décrivant toute l’humanité de ses personnages, leurs qualités et leurs défauts. Avec l’ampleur que prend la série, on est sûr (et pas seulement parce que l’on sait qu’à ce jour, elle compte huit opus de l’autre côté de l’Atlantique) qu’elle nous emmènera loin.

A suivre, donc, au plus près de ce sheriff récurrent.

Publicités

7 réflexions sur “Craig Johnson, Walt Longmire, les indiens et les basques

  1. Pingback: Craig Johnson et moi | Moeurs Noires

  2. Pingback: Craig Johnson : Walter Longmire, son passé, sa fille | Moeurs Noires

  3. Pingback: Craig Johnson, Walt Longmire et l’insoupçonnable | Moeurs Noires

  4. Pingback: Craig Johnson, Walt Longmire, chiens méchants | Moeurs Noires

  5. Pingback: Craig Johnson, Walt Longmire au sommet des Bighorn Mountains | Moeurs Noires

  6. Pingback: Craig Johnson, Walt Longmire et l’Eglise apostolique de l’Agneau de Dieu | Moeurs Noires

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s