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Franz Bartelt, statues, grand singe et costume

Le premier roman publié de Franz Bartelt paraît en 1995, il s’intitule Les fiancés du Paradis.

C’est un univers original qui se déroule sous nos yeux. Un univers profondément ancré dans le réel, le social, mais qui s’en échappe, nous propose de nous en évader. L’univers d’un écrivain qui scrute ses semblables à la rechercher de ce qui les fait avancer, ce qui les meut.

Les fiancés du Paradis (Gallimard, 1995)Pour Frioul, ce sont les statues. Ces statues qui ornent nos espaces verts, nos rues. Qui surmontent nos monuments. Ces statues qui nous rappellent les grands anciens, ceux qu’il ne faut pas oublier… Et qui, pour Frioul, lui permettent de garder le contact avec leur modèle. Il va d’une statue à l’autre, organisant ses itinéraires dans la ville en fonction de ceux qu’il veut voir, de ceux avec qui il veut converser. Car il parle aux statues et celles-ci lui répondent.

Au gré de ses pérégrinations, il va croiser dans le square, une statue qu’il n’avait jusqu’ici pas remarquée. Mais rien de surprenant à cela, l’homme parsème encore de nos jours de statues les endroits les plus divers. Là, c’est un banc… Ils échangent, jusqu’à ce que Frioul constate que c’est bien un être en chair et en os qu’il vient de rencontrer, Zouline. Une pensionnaire de l’hôpital psychiatrique de la ville, une résidente du pavillon paradis, une femme qui ne se remet pas de sa séparation de l’homme qu’elle aimait et qu’elle aime toujours…

Frioul va lui ouvrir son univers, lui faire part de sa philosophie, lui faire rencontrer les humains qu’il fréquente. Un sculpteur, Guilledou, qui se refuse à faire du figuratif. Un patron de bar, Le méque, qui aime à penser qu’il parle en anglais et dont le troquet est, pour Frioul, un navire qui lui offre sa barre pour voguer vers les ailleurs qu’il se plait à imaginer. Frioul va se trouver un nouveau but, aider Zouline…

Avec se premier roman, nous entrons de plein pied dans un univers à part. Si proche, du nôtre, comme je l’ai dit, mais dont la vision décalée nous le fait voir pour la première fois. Pour la première fois, sous cet angle qui, à force d’être détaché, devient cocasse, frôle l’absurde. Et nous fait sourire.

Les personnages de Bartelt vont jusqu’au bout de leurs passions, de leur philosophie. Le style de l’écrivain les y emmène avec poésie. Un style si remarquable qu’il nous semble simple, allant de soi, et que l’on adopte sans effort…

L’année suivante paraît, toujours dans la collection “blanche”, La chasse au grand singe.

Trois amies d’enfance se trouvent réunies à la suite du décès du mari de l’une d’entre elles. Nadia ayant perdu Henri, ses deux amies, perdues de vue depuis plusieurs années, se font un devoir de l’épauler dans ces circonstances douloureuses. Un devoir qui va parfois ressembler à une concurrence acharnée, chacune voulant avoir la préférence de la toute récente veuve.La chasse au grand singe (Gallimard, 1996) Dans le même temps, ce sera l’occasion pour chacune d’entre elles de remettre en cause leur train-train quotidien. Un train-train qui va par là même être chambouler.

Mélosse est révoquée de l’Education Nationale après avoir frappé l’un de ses élèves. Les livres sont un de ses moteurs et elle va petit à petit se rendre compte qu’elle aspire à autre chose, une vie simple aux aspirations proches des seuls besoins vitaux… Elle va ainsi se rapprocher du grand singe du parc d’attraction de la ville, cherchant à assouvir avec lui son besoin de retour à la nature des choses, à une certaine bestialité. Avec un grand singe, ça tombe bien.

Gilda est la femme du libraire de la ville, M. Luirque. Un libraire qui a de grandes aspirations, lui aussi, briguer la mairie. Après la présidence du club de foot, ça semble être une progression logique. Seulement, des lettres anonymes vont se mettre à pleuvoir sur lui, dénonçant certaines pratiques qu’il s’est contenté d’hériter de ses aïeux. Il y a notamment le droit de cuissage qu’il exerce sur ses employées…

Nadia, quant à elle, tente de ressembler à l’image de la veuve que se fait son entourage. Tout en se laissant parfois emporter par sa liberté nouvelle…

C’est joyeux, vachard, caustique. Tout ce petit monde passe à la moulinette pour notre plus grand plaisir. Un plaisir teinté de sérieux, questionnant, puisque toutes ces bonnes gens et leurs travers, ne sont finalement pas si éloignées des nôtres. C’est là un des talents de Franz Bartelt de nous faire rire de nous…

Après avoir fait paraître de la poésie et des recueils des chroniques qu’il a commis pour le journal local, Bartelt revient au roman en 1998 avec Le costume.

C’est une nouvelle fois une veuve, Micheline, qui est à l’origine de l’intrigue. Mais une veuve qui va vivre son veuvage de manière bien différente de la précédente. Elle ne peut, en effet, Le costume (Gallimard, 1998)s’appuyer que sur la sollicitude de ses voisins immédiats, avec tout ce que cela peut avoir comme limite ou inconvénient.

Elle cherche à faire son deuil, en tentant d’effacer les traces de José, son défunt mari, du domicile conjugal. Elle n’a aucun mal à se débarrasser de ses habits… sauf de ce costume de tweed qui lui allait comme une seconde peau, qu’il portait si bien et qui se mariait si bien avec sa profession… Ce costume, elle finit par le céder au Secours Catholique en exigeant au passage qu’il ne soit donné qu’à un homme qui le porterait bien.

Et c’est le cas, finit-elle par constater. Un tel costume ne peut passer inaperçu et elle le voit sur le dos d’un inconnu qu’elle va finir par suivre puis aborder. Dans le même temps, sa voisine se charge de lui trouver un compagnon qui pourrait la satisfaire, elle est encore jeune et peut en profiter…

Le porteur du costume, Augustin Benoît Cheurte, va s’avérer adepte d’une discipline pour le moins originale et que Micheline va se faire un devoir d’adopter avec tout ce que cela pourra provoquer comme réaction dans son entourage…

Comme pour son premier ouvrage, Bartelt nous convie à une rencontre pour le moins insolite. Une rencontre qui ne va pas se faire sans heurt, sans difficulté. Une rencontre qui va chambouler les habitudes des personnages, les remettre en cause, les interroger.

A la manière de Simenon, Bartelt nous invite dans son intrigue au moment où un événement fait basculer la vie de ses protagonistes. A la différence de Simenon, c’est avec un certain recul qu’il jette un œil à ses personnages, nous en proposant une vision presque comique, sans implication. Et tout ceci avec un style savoureux, un style d’amoureux de la langue, u style au vocabulaire soigné, précis, riche…

Bartelt va ensuite poursuivre son exploration du langage, proposant des intrigues variées, visitant des genres qu’il n’avait pas encore abordés. En curieux nous invitant à sa suite.

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4 réflexions sur “Franz Bartelt, statues, grand singe et costume

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