XIII, Van Hamme, Vance et Giraud à la conclusion

Avant de passer le relais à d’autres auteurs, Van Hamme s’offre un dernier baroud dans l’univers qu’il a créé. Univers dont il est tellement familier qu’il peut s’y ébattre à son aise et s’autoriser une récréation avant de conclure en reprenant ce qu’il a déjà imaginé…

Pour la récréation, qui n’en est pas vraiment une, il quitte le continent américain et revient de ce côté-ci de l’Atlantique. En Irlande, plus précisément. Et pour que le dépaysement soit complet, ce n’est plus Vance qui est aux crayons mais Jean Giraud, excusez du peu ! Il fallait au moins celui-ci pour remplacer celui-là.

La version irlandaise est publiée en 2007. Elle se présente sous la forme d’une discussion, la confession de Kelly Brian à son ami Jason Fly. L’histoire de sa vie… Depuis ses premières prises de conscience lorsqu’il s’appelait Seamus O’Neil La version irlandaise (Dargaud, 2007)jusqu’aux dernières années où il a côtoyé son camarade à l’université de Boulder.

L’histoire part de la fameuse grève de la faim des dix de Belfast pour se liée au destin de Jason Fly/MacLane. Une nouvelle fois, Van Hamme inscrit son histoire dans l’histoire récente. Il suit les pas des républicains irlandais. Et notamment ceux de ce jeune homme dont le père meurt en prison. Seulement, l’engagement dans la lutte qu’il choisit se révèle violent et parfois sans pitié… Le doute s’instille en même temps qu’une romance tourne au drame.

C’est une intrigue qui a plus à voir avec un destin individuel dans la lutte choisie. C’est un album à part dans la série. Non seulement parce qu’il est dessiné par un autre mais aussi parce qu’il s’attache à un personnage en marge de l’histoire de XIII et qu’il nous propose son histoire en un seul opus.

Le dessin de Jean Giraud est moins neutre, moins austère que celui de Vance. Plus chaleureux. Il convient au destin de Seamus O’Neil, emporté dans le courant de l’Histoire tout en cherchant vivre son adolescence puis son entrée dans l’âge adulte comme les autres…

Le changement de dessinateur offre à Giraud la possibilité d’inventer les traits du visage de XIII, celui d’avant son opération, celui que nous n’avions jamais vu jusque là.

Et cette fois, nous savons pourquoi Jason Fly ou Seamus O’Neil est parti à Cuba après avoir, déjà, croisé Jessica Martin.

La même année paraît l’ultime opus imaginé par le duo Vance – Van Hamme. C’est Le dernier round.

Pour ce dernier opus, XIII et ses compagnons vont se trouver devant une obligation. Après une dernière tentative, ils doivent se rendre à l’évidence, ils ne peuvent plus fuir sous peine de semer les morts à leur suite. Nous les retrouvons au Mexique et, après un dernier baroud sanglant, Washington devient le centre de l’intrigue. La couverture nous l’annonçait, Jason MacLane va, cette fois, devoir affronter le Capitole et ses politiques.Le dernier round (Dargaud, 2007)

Tandis qu’en coulisse, certains tentent d’effacer des traces, d’éliminer quelques témoins gênants, un procès se prépare au congrès. Procès qui va devoir faire toute la lumière sur des événements récents dans lesquels MacLane est impliqué.

Daniel Finkelstein, le frère d’un des journalistes ayant rassemblé les documents constituant le dossier sur le mystère XIII, treizième volume de la série, est parvenu à les faire publier. Un autre document s’ajoute à ce dossier, celui qu’il a constitué lui-même à partir du témoignage de Jessica Martin et qui s’intitule The Kelly Brian Story, que les lecteurs connaissent, eux, sous le titre un autre titre, La version irlandaise, opus précédent évoqué plus haut.

Comme pour le treizième volet de la série, Van Hamme et Vance reviennent sur l’ensemble de la saga. Ils reprennent ce que nous savons déjà et l’utilise comme base pour une nouvelle intrigue. Comme pour le treizième volet, ils mettent en avant le pouvoir des médias, ce fameux quatrième pouvoir tant décrié, dénoncé, fustigé, ou encensé, c’est selon.

Ils nous offrent également une autre forme de fiction chère aux auteurs d’outre-Atlantique, le procès. Déjà abordé dans Le jugement mais sous une forme militaire, à la manière du film de Robe Reiner Des hommes d’honneur (A few good men) par exemple, et sous une forme clandestine… Cette fois, nous sommes proche de cette paranoïa qui semble aller de paire avec les Etats-Unis, de retour dans une théorie du complot et des services secrets n’obéissant qu’à eux-mêmes…

En vingt-huit ans, comme le souligne Jean Van Hamme à la fin de cet épisode, et en dix-neuf épisodes, la série aura donc balayé tout un pan de la fiction contemporaine, allant du thriller au la fiction de procès, de la course-poursuite à la politique fiction…

Après cet ultime épisode, Van Hame, comme pour d’autres séries qu’il a scénarisées, laisse la possibilité à d’autres auteurs de prendre le relais, ce que vont s’empresser de faire Iouri Jigounov et Yves Sente, férus du genre.

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XIII à la relance…

Comme je l’ai dit précédemment, on pouvait penser, après la parution du douzième opus de la série, Le jugement, que Van Hamme et Vance en avaient fait le tour. Certes, il restait quelques mystères en suspens mais tous les mystères sont-ils appelés à être résolus ?

En guise de conclusion, le treizième volume de la série se présente comme une enquête. Reprenant les épisodes précédents pour en faire un condensé. Enumérant les différentes intrigues dans l’intrigue, listant et décrivant les The XIII mystery  l'enquête (Dargaud, 1999)personnages apparaissant à un moment ou un autre dans l’histoire. The XIII mystery : l’enquête pouvait apparaitre lors de sa parution, en 1999, comme une tentative d’épuisement du sujet. Une tentative d’épuisement par les auteurs eux-mêmes.

Cette compilation de tout ce qui a fait la série jusque là prend la forme d’un travail journalistique. A partir des rares éléments qui ont pu échapper à la vigilance des services secrets, deux journalistes se sont lancés sur la piste de XIII, mystérieux personnage au cœur de certaines des affaires ayant défrayé l’actualité les années précédentes. En parallèle des dossiers compilés, une douzaine allant du clan Sheridan à la personnalité même de XIII, nous suivons la fuite d’un des deux journalistes après l’exécution de son partenaire.

Une forme originale pour reprendre une série qui s’essouffle quelque peu… Qui se répète. Avec chaque dossier, nous avons droit à de vrais morceaux d’histoire des personnages évoqués, des vrais morceaux éclairant un peu plus chacun d’entre eux…

Au travers de ce qui pouvait paraître comme une conclusion, pointe un nouvel élan. L’histoire de XIII va-t-elle rester secrète ou éclore et éclabousser sérieusement quelques pontes ? Un autre personnage, instrument de la relance va également faire le lien avec les épisodes suivants…

En 2000 arrive sur les étales Secret défense. Nous retrouvons en couverture Jessica Martin, celle-là même qui avait conclu l’opus précédent…

XIII est au secret, personnage gênant pour le pouvoir en place comme pour les précédents. Sachant trop de choses. Ses alliés sont contraints à l’exil et ne peuvent lui venir en aide… Ce qui peut encore le sauver, ce sont les rivalités entre services secrets plus ou moins officiels et organisations criminelles et les haines qu’il a pu déclencher chez les uns et lesSecret défense (Dargaud, 2000) autres…

Ce quatorzième épisode des aventures de Jason MacLane est une chasse à l’homme. XIII fuit ceux qui veulent l’exécuter. Il s’agit d’un exercice rythmé, maîtrisé, mais ressemblant avant tout à un exercice de style… Des rebondissements comme on en voit habituellement dans ce type d’aventures. Rien ne manque.

Mais la chasse à l’homme ne se conclut pas à la fin de l’épisode, elle se poursuit de plus belle dans le numéro suivant.

C’est en 2002 que la série se poursuit avec Lâchez les chiens !.

La chasse à l’homme n’est pas finie et Van Hamme et Vance approfondissent le personnage de Jessica Martin. La principale poursuivante de XIII travaillant sur deux tableaux, services secrets et organisation criminelle. Ce personnage Lachez les chiens (Dargaud, 2002)confirme que nous sommes bien toujours dans la même série. Elle apparaîtrait même comme une tentative de rattrapage d’un personnage qui n’a pas eu la place que les auteurs auraient pu lui donner dans l’histoire.

Jessica Martin est, en effet, une femme qui s’est trouvé embringuée dans les services secrets faute de mieux. Devenue la maîtresse de son patron, elle en est également devenu l’un de ses bras armés. Malgré elle. Et elle le dit comme Betty Barnowski l’avait dit avant elle dans SPADS, “tout ce qu’[elle] sait faire, c’est tuer sur commande, de cinquante manières différentes”.

On découvre également qu’elle en sait pas mal sur XIII et sur le pourquoi de son départ pour Cuba et de son entraînement là-bas, l’ayant conduit ensuite à devenir El Cascador.

La série connaît un nouvel élan même si pour la relancer, il aura fallu pas moins de trois volumes…

En 2004, la suite de la série va se pencher sur une des dernières énigmes non résolues jusque là, à savoir celle du trésor caché par les ancêtres de XIII. C’est Opération Montecristo qui ouvre le diptyque

XIII est parvenu à échapper à ceux qui le poursuivaient et à rejoindre ses amis… Ils se trouvent entraînés à sa suite car les frontières n’arrêtent pas forcément certaines polices secrètes. Ils sont tous de retour au Costa Verde. Mais le pays doit se soumettre à une demande des Etats-Unis qui veut récupérer la bande de “traîtres” que forme MacLane et ses Opération Montecristo (Dargaud, 2004)amis. L’occasion se présente de dénicher la dernière montre d’argent (celle des Trois montres d’argent) et d’ainsi, connaître l’emplacement exact du coffre dérobé par les aïeux de MacLane et Mullway.

Parallèlement à cette recherche, on assiste, une fois de plus, à la lutte entre pays riches et pays pauvres, au chantage auquel les premiers peuvent soumettre les deuxièmes. Une fois de plus…

Les ressorts habituels sont utilisés encore et encore…

Avec cet opus et le suivant, j’avoue avoir frôlé la saturation.

Le suivant, L’or de Maximilien paraît en 2005.

On atteint la fin de cette recherche du trésor tandis qu’aux Etats-Unis, les affaires se corsent, la vérité se fait de plus en plus difficile à cacher et les politiques ne savent plus sur quel pied danser. Continuer à cacher les faits ou les exposer L'or de Maximilien (Dargaud, 2005)définitivement au grand jour.

Nous alternons entre l’aventure de XIII, la recherche du trésor, et les interrogations suscitées aux Etats-Unis.

Ce n’est pas l’opus qui m’a le plu convaincu, comme je l’ai déjà dit. Je l’ai lu pourtant. Et j’ai même continué à lire la série.

Arrivé au dix-septième opus de la série, c’est comme si elle était devenue incontournable. L’envie d’en savoir toujours plus dans cet univers que j’avais parcouru de long en large a maintenu mon intérêt. L’envie et certainement une certaine qualité du contenu. Même si certains aspects de cette aventure au long court m’ont moins touché.

Les deux albums suivants, ceux qui concluront la série vue par Van Hamme et Vance avant de passer le relais à d’autres, présentent un réel intérêt. Un intérêt qui ne m’a en rien fait regretter d’avoir suivi l’aventure jusque là, bien au contraire. La série est devenue si riche que la conclusion par ses auteurs pouvait présenter de l’intérêt. L’utilisation de ce qu’ils avaient créé, se citant eux-mêmes, permet d’aborder une forme de fiction qu’ils avaient jusqu’ici effleurée… Mais avant la conclusion, la collaboration exceptionnelle de Jean Giraud allait donner l’un des numéros les plus intéressants de la série…

Franz Bartelt, brèves explorations

Après la publication et le succès inattendu du Jardin du Bossu, Franz Bartelt publie une série de textes courts chez divers “petits” éditeurs.

Ça commence en 2004, la même année que le Bossu, chez l’Estuaire, avec Terrine Rimbaud. Un roman qui joue avec les mots et la célébrité du poète carolopolitain. Je suppose… car il s’agit d’un texte court qui aura eu un certain succès, publié à un nombre restreint d’exemplaires, non réédité depuis, et qui est aujourd’hui difficile à dénicher. Je ne l’ai pas eu entre les mains. Ou peut-être que si, mais je ne l’ai pas acheté à ce moment-là et il semble qu’il soit trop tard à présent. Si je le dégotte, je modifierai ce passage.

L’année suivante, Bartelt publie deux courts romans épistolaires aux éditions Galopin.

Le premier que j’évoquerai, et pour rester dans la référence culinaire du précédent, s’intitule Liaison à la sauce. C’est un roman constitué de la correspondance de Max et Nadège. Max et Nadège se sont rencontrés sur le parking d’un supermarché où il a réparé la roue de son caddie à elle, l’empêchant de continuer à couiner. Ils ont échangé leurs adresses s’étant Liaison à la sauce (Galopin, 2005)mutuellement tapés dans l’œil. Leur histoire va prendre des proportions inimaginables… Ce sont deux héros au physique particulièrement peu attirant, il l’appelle “grosse vache”, elle le compare à un porc. Il a flashé sur son corps énorme, son visage envahi de boutons, la bave au menton. Leurs odeurs se sont répondu, des odeurs que tout un chacun pourrait trouver repoussantes… Mais pas eux. Ils se sont trouvés. Et vont vivre un amour fou.

Un amour qui va les pousser à s’explorer, à vouloir connaître ce que l’autre renferme vraiment, ce qu’il y a dans l’autre… Littéralement… Nous évoluons petit à petit vers un roman scatologique. Et Bartelt s’en donne à cœur joie, maniant un vocabulaire peu courant dans le monde romanesque. Un vocabulaire dont il se délecte comme se délecte Max de la production de Nadège… En arrivant à l’appeler sa “monitrice de la fiente en folie”.

C’est un roman court et pour lequel il faut s’accrocher. Peu ragoûtant. Le plaisir de Bartelt de jouer avec les mots est communicatif malgré l’angle nauséabond qu’il a choisi. Un roman jusqu’auboutiste comme pouvait l’être également Simple dans un autre genre ou encore Le costume, pour ce qui était de la logique alphabétique appliquée à tout.

Un roman exigeant qui exige du lecteur qu’il passe par-dessus la morale ou certaines conventions de notre société. Certaines conceptions que l’on nous a inculquées.

Le deuxième roman paru la même année, toujours aux éditions Galopin, est La beauté maximale. Il s’agit d’un roman épistolaire qui a fait l’objet d’une pièce radiophonique et d’une adaptation théâtrale.

La beauté maximale (Galopin, 2005)De nouveau, Bartelt va mettre à mal certaines conventions de la société. Certaines lois que celle-ci édicte sous couvert de mode ou de tendance. Certaines tendances auxquels d’autres de soumettent sans réfléchir, juste par souci d’intégration. Après Nadège qui ne voulait absolument pas être considérée comme une pouffe, en voici une qui tend vers d’autres aspirations, pas si éloignées au bout du compte.

Berthe Dufour est une fille de la campagne. Une fille de la campagne qui vient à la ville pour y travailler. Mais surtout pour y rester, pour devenir une vraie fille des villes. Elle va ainsi s’imposer une discipline draconienne pour tendre vers cette beauté maximale que l’on vante tant, devenue indispensable pour certains.

C’est une nouvelle fois savoureux et vachard. Les personnages ne sont pas épargnés et l’intrigue ne fait pas de concessions, allant jusqu’au bout d’un parti pris du romancier. Le style de Bartelt s’adapte et nous emmène avec plaisir dans cette histoire qui joue avec les clichés. Débusquant les travers humains.

Sous une forme légère, l’écrivain moque une certaine tendance de la société… et c’est, au final, plaisant.

Toujours en cette année 2005, Franz Bartelt publie un savoureux recueil de nouvelles chez Gallimard, Le bar des habitudes, qui lui vaudra d’ailleurs le Goncourt de la nouvelle. A lire, comme les nouvelles de Marcus Malte, de Daeninckx ou encore de Yoko Ogawa.

Il continue ensuite dans le court aux éditions Liber Niger avec Teddy, illustré par Blutch.Teddy (Six pieds sous terres, Liber Niger, 2005)

C’est un fait divers qui devient le prétexte à une galerie de personnages particulièrement soignée. L’occasion pour l’auteur d’épingler une nouvelle fois ses contemporains. Un adolescent a disparu et tous s’interrogent. Sur les raisons qui l’ont poussé à cette fugue et sur ce qui les fait avancer eux-mêmes. C’est le prétexte ou l’opportunité pour remettre en cause certaines habitudes, pour se remettre en cause, et se demander si tout cela vaut la peine.

Par petites touches, le romancier nous permet d’approcher la réalité de ses différents personnages, leurs doutes, leurs difficultés à se conformer à ce que la société attend d’eux. Des personnages dont les choix de vie n’ont pas toujours été de leur fait… Des personnages subissant et dont la fugue de Teddy va constituer, très modestement, un révélateur.

Un roman noir particulièrement réussi.

Après cette période de publication de textes courts, Bartelt va revenir en 2006 à la “série noire”.

XIII, Costa Verde, racines et fin du complot

Après avoir découvert l’identité du numéro I du complot des XX, Jason MacLane, alias XIII, est contraint de fuir les Etats-Unis. Il trouve refuge auprès du marquis Armand de Préseau. Nous en sommes là quand débute Pour Maria, album paru en 1993 chez Dargaud.

Pour relancer la série, XIII s’expatrie. Ce sont cette fois les relations des Etats-Unis avec certains de ses voisins qui vont Pour Maria (Dargaud, 1992)constituer l’ingrédient principal de l’intrigue. La politique extérieure et les relations économiques, deux intérêts n’allant pas toujours de paire.

XIII se découvre un passé au Costa Verde, un pays d’Amérique centrale à l’actualité mouvementé, passé d’un gouvernement de gauche, proche de Cuba à un gouvernement proche de l’armée et soutenu par les états-uniens. Jason MacLane aurait pris part aux derniers soubresauts politiques de ce petit pays. Il aurait épousé une jeune femme, Maria, fille du président récemment assassiné. MacLane, qui se faisait alors appeler Kelly Brian, est appelé à la rescousse pour délivrer son épouse des geôles du Costa Verde.

Son retour pourrait aussi relancer la résistance puisqu’il avait su se rendre populaire, grâce à des actions d’éclats qui lui avaient valu le surnom d’El Cascador…

C’est en 1994 que paraît la suite de l’opus costaverdien, El Cascador. XIII essaie d’échapper à des poursuivants qui ne lui veulent pas que du bien tout en cherchant à savoir s’il est bien ce Kelly Brian, Che Guevara du Costa Verde, dont la photo du cadavre a fait le tour du monde…

Tandis que Jason MacLane lutte, un groupe se forme autour de lui. Fidèles qui l’ont toujours soutenu dans ces El Cascador (Dargaud, 1994)différentes aventures, le major Jones, Betty et Armand de Préseau, et même, plus éloigné, le général Carrington.

XIII découvre un nouveau pan de son passé. Un pan qui garde une certaine part de mystère puisque les motivations qui l’ont mené là restent obscures. Mais dans la petite troupe qui l’accompagne, un nouveau venu pourrait l’aider à y voir plus clair, Sean Mullway. Ce trafiquant expatrié au Costa Verde l’a côtoyé lorsqu’il était Kelly Brian… De plus, il porte le nom de la propre mère de MacLane…

Sean Mullway va lui parler de ses racines, ses origines.

Trois montres d’argent paraît en 1995. Il est essentiellement constitué d’une histoire que Sean Mullway raconte à MacLane. L’histoire des origines de leur famille, l’histoire de trois irlandais qui vont choisir d’émigrer aux Etats-Unis…

Après avoir parcouru l’histoire contemporaine des Etats-Unis et quelques formes de fiction qui lui sont intimement liés, Trois montres d'argent (Dargaud, 1995)Van Hamme et Vance se penchent sur l’histoire d’une population ayant pris la place des occupants d’origine… Occupants d’origine absents de la série. Une certaine vision de l’histoire du pays.

Ce sont trois jeunes hommes venus d’Europe que nous suivons donc. Ils vont se trouver aux prises avec la mafia après avoir rendu le commerce de leur beau-père florissant… Leurs descendants vont prendre part à la deuxième guerre mondiale et s’intégrer à un pays en s’intégrant à différents aspects du pouvoir tel qu’il nous est servi depuis longtemps dans la fiction états-unienne. La mafia, la police et le journalisme mènent à tout.

C’est une famille emblématique qui nous est servi…

Van Hamme et Vance ont décidé, avec cette série, de nous délivrer une vision fantasmée d’un pays. Ils se sont tenus à leur idée, leur choix. Cette série va connaître une conclusion faisant la part belle à la paranoïa qui va de paire avec tout ce qu’ils ont jusqu’ici présenté… Une fin spectaculaire juste avant le numéro treize.

En 1997 arrive sur les gondoles ce qui apparaît alors comme la conclusion d’une série rythmée qui aura parcouru un pays au travers des différents aspects qu’il met lui-même en avant. En scène. Ce douzième opus de la série s’intitule Le jugement.

La paranoïa reprend le dessus et le complot des XX va se conclure dans cet album. Le personnage central est mis quelque peu à l’écart dans cette conclusion. Van Hamme semble avoir constamment hésité dans cette série entre le Le jugement (Dargaud, 1997)pays et XIII… Les albums oscillant de l’un à l’autre sans qu’un parti pris soit définitivement arrêté. C’est un défaut, une frustration parfois pour le lecteur, mais ça peut également représenter son originalité, son attrait. Les personnages auront perdu l’épaisseur qu’ils pouvaient espérer mais la série aura ainsi gardé un certain rythme… Difficile de savoir si ce sont ces choix qui empêchent la série d’atteindre à une qualité qu’elle aura frôlé à certains moments, notamment avec les opus Le dossier Jason Fly et La nuit du 3 août qui avaient pour eux de mettre en avant les conséquences que l’histoire d’un pays malade pouvait avoir sur un destin individuel. Cette fois, c’est l’impact qu’une ambition individuelle peut avoir sur tout un pays qui est mis en avant. Ce que l’individualisme forcené peut contenir de plus néfaste…

Après ces douze albums, c’est une série à la fois plaisante et frustrante qui nous a été offerte. Loin de la vision hallucinée d’un James Ellroy ou plus apaisée d’un Dennis Lehane… Un hommage à un pays et aux fictions qu’il a véhiculées, avec les limites que ce genre d’exercice peut comporter.

Mais contrairement à l’impression du moment, lors de la sortie du Jugement, la série va être relancée. De manière quelque peu artificielle au départ mais pour nous apporter au final deux de ses opus les plus intéressants.

Amila bouscule encore

Après trois romans au flic récurrent, Serpico à la française, Amila reprend le fil de son œuvre (qu’il n’avait pas vraiment perdu ou abandonné, d’ailleurs) et certains thèmes qui lui sont chers.

A qui ai-je l’honneur ?… paraît en 1974 à la “série noire”. Géronimo est parti voguer vers d’autres horizons mais la société n’en finit pas de donner du grain à moudre au romancier. Un A qui ai-je l'honneur (1974)romancier qui nous propose un livre dans la veine de ses derniers. Quelques personnages sont embringués dans une histoire dont ils ne devraient pas faire partie. Un concours de circonstances. Un déplacement forcé.

Cette fois, c’est une famille de garagistes qui fait les frais de l’intrigue. Une intrigue qui va voir de nouveau pointer le museau de quelques barbouzes sans scrupule. Des personnages peu recommandables qui pensent pouvoir s’attacher les services de Geo, ouvrier et époux de la fille du patron. Geo n’a pas tout dit à sa famille, il a omis de raconter qu’il a fait de la prison et qu’il a été affublé du surnom de “gorille de Ville-d’Avray”, suite à un fait divers marquant. Il a oublié d’en parler et ce passé le rattrape. Ses qualités sont recherchées. Mais il n’a aucune envie de plonger de nouveau… et sa famille va en faire les frais.

Ça dézingue, ça enlève, ça séquestre, ça torture, dans tous les coins. On ne s’embarrasse pas d’humanité… Il y a de l’argent en jeu, un moyen de financer plus ou moins légalement des actions plus ou moins légales.

Une nouvelle fois, les services secrets, les barbouzes, en prennent pour leur grade et le péquin ordinaire paie les pots cassés, comme dans Les fous de Hong-Kong ou les Géronimo.

Mais encore une fois, le péquin ordinaire se rebiffe et montre qu’il peut lutter, affronter, un certain ordre établi. Qu’il peut se rebiffer pour peu qu’on l’y oblige.

Amila, pour son dernier roman des années 70, nous propose un aperçu d’une société baignant dans les magouilles et une certaine impunité… Il redit ce qu’il a déjà dit, il observe ce qu’il a déjà observé sans que rien n’est réellement bougé entre temps.

Au tournant des années 80, Amila nous offre deux romans qui peuvent être mis à part dans sa bibliographie. Deux romans qui se remarquent, qui dénotent.

En 1981 paraît à la “série noire” Le pigeon du Faubourg. C’est un roman atypique d’Amila même si on y retrouve ses préoccupations. On y retrouve un homme ordinaire plongeant dans une histoire qui le dépasse. Un homme qui pensait que la vie ne lui réserverait plus de surprise, pas à lui et qui va devoir affronter des événements graves.

Ça commence de manière anodine, un malaise alors qu’il transporte un bahut et Marceau, décorateur d’intérieur, restaurateur de vieux meubles, se rend compte du poids de l’âge àLe pigeon du Faubourg (Gallimard, 1981) pratiquement cinquante ans. Seulement, ce poids de l’âge, ce physique moins fringant pourrait venir d’ailleurs, avoir des causes moins naturelles.

Et puis, quasiment dans la continuité de ce constat, sa maîtresse, mère de deux de ses enfants, est victime d’une agression particulièrement violente qui risque de la laisser aveugle. Une agression qui lui fait revoir ses positions, il n’envisageait pas de divorcer mais sa position évolue. Comment laisser cette jeune femme seule dans l’appartement qu’il lui a acheté ? Et sa santé chancelante ne viendrait-elle pas de sa femme, celle qu’il trompe depuis longtemps sans en tirer de quelconques conséquences ?

Ce n’est pas un roman qui avance à vive allure, comme le précédent. C’est un roman centré sur un homme qui se voit, face à certains événements, contraint de tirer un bilan de sa vie. De tirer un bilan de cette vie qu’il mène depuis quelques années entre deux femmes, la légitime et la jeune maîtresse. La première lui a donné un fils devenu juge dont il n’a jamais pu se sentir proche, accaparé qu’il a été par sa belle-famille. Ils se sont peu à peu éloignés, sont devenus des personnes qui, bien que vivant sous le même toit, n’échangent plus rien, ne se parlent presque plus. La deuxième lui a redonné du tonus, lui a redonné le sourire… lui a également donné deux enfants et continue à l’accueillir malgré l’écart d’âge…

Parallèlement à sa remise en question un flic s’accroche à l’affaire, cherche à comprendre. Et le pousse à aller plus loin dans le questionnement.

C’est un roman singulier dans l’œuvre d’Amila, on y suit un homme perdant de son assurance, réalisant que ceux qui l’entourent ne sont pas forcément tels qu’il se plaisait à les imaginer. Réalisant qu’au-delà de ce faubourg Saint Antoine où il a toujours vécu, qu’il chérit particulièrement, il y a aussi des individus, différents, avançant tant bien que mal avec leurs contradictions, leurs petits arrangements avec le monde…

Après son observation d’un homme qui, à l’aube de la cinquantaine, se demande où il en est, comment il en est arrivé là, Amila se penche sur son propre passé le mêlant à un événement pour se définir, expliquer l’auteur qu’il est, avec ses convictions. Il se penche sur son passé et écrit un roman marquant, un roman qui reste comme l’un des principaux de sa bibliographie.

Le boucher des Hurlus (Gallimard, 1982)Nous sommes en 1982 lorsque paraît Le boucher des Hurlus. En ce début des années 80, Amila nous ramène en arrière, au lendemain de la première guerre mondiale. Il nous emmène à la suite d’un gamin de huit ans, Michou, un gamin dont la mère est la cible, le défouloir, des femmes du quartier. Un gamin rasé comme pour rappeler ce que son père était. Ils sont des cibles pour ce que le mari, le père, à fait, parce qu’il a été un mutin, fusillé pour l’exemple en 1917…

Parce qu’il en a marre de cette histoire, parce qu’il n’en peut plus de voir souffrir sa mère, il va s’acoquiner avec trois autres enfants et partir jusqu’à ces champs de batailles qui en ont tant vu mourir pendant que d’autres revenaient couverts de médailles… Et notamment un général n’hésitant pas à sacrifier la chair à canon qu’il avait sous ses ordres pour devenir un exemple aux yeux de la nation, un général devenu le boucher des Hurlus et n’ayant pas supporté que certains refusent d’y aller quand lui-même n’y allait pas, refusent d’aller tomber pour la patrie dans une guerre qui n’était pas forcément la leur.

Amila s’empare d’un sujet sensible, un sujet qui touche encore plus de soixante-dix ans après, un sujet qui en a fait l’écrivain qu’il est, en butte avec la société, révolté, si proche des gens ordinaires… Il s’empare de ce sujet et règle des comptes sans être larmoyant, à travers l’épopée de quatre enfants.

A lire !

Après deux livres marquants, Amila publiera encore deux romans pour achever son parcours polardeux