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Craig Johnson, Walt Longmire et l’insoupçonnable

Octobre, l’automne a encore des relents d’été finissant dans les Hautes Plaines. Le shérif Longmire revient pour sa cinquième aventure… Il arbore les cicatrices des précédents opus, celle sur l’œil, récoltée alors qu’il enquêtait sur le meurtre de Mari Baroja, celle autour du cou, peut-être un vestige de son combat contre Virgil White Buffalo, et son oreille estropiée d’avoir gelé un an plus tôt. En effet, si l’on se fie à la succession des saisons, une année a passé depuis notre rencontre avec le policier du comté d’Absaroka. Et nous allons vivre quelques jours avec lui, passant de l’été automnal finissant à l’hiver frémissant.

Dark Horse est, comme les précédents romans, raconté par le shérif lui-même. Il vient de paraître aux éditions Dark Horse (Gallmeister, 2013)Gallmeister, quatre ans après sa parution aux Etats-Unis. Son titre n’a pas fait l’objet d’un changement en traversant l’Atlantique, juste la suppression de l’article, et ce choix nous est expliqué avant le début du roman par Sophie Aslanides, la traductrice habituelle de la série. L’expression “dark horse” désigne quelqu’un ou quelque chose aux chances ou aux qualités inattendues, insoupçonnées. Quelque chose ou quelqu’un qui avance masqué.

En l’occurrence, et même s’il n’est pas le seul, c’est le cas de Longmire. Il enquête sur une affaire de meurtre qui a amené dans sa prison une femme qu’il croit innocente. Intuition. Une affaire qui s’est déroulée dans un autre comté et qui ne devrait pas l’occuper. Mais la femme est hébergée dans sa prison (échange de bon procédé entre comtés) et il est préoccupé. Une femme, de nouveau, celle-ci s’appelle Mary Barsad. Après Mélissa Little Bird, Mari Baroja, Cady, sa fille, et Ho Thi Paquet, voilà que son intuition et son métier le mènent une nouvelle fois dans les pas d’une femme. Une femme et pas mal d’hommes. Longmire avance masqué puisqu’il enquête dans un comté qui n’est pas le sien. Dans un comté où il se fait passer pour un agent d’assurance. Dans un comté qui va nous permettre de le connaître un peu plus car c’est aussi celui de son enfance. Celui dans lequel le ranch de ses parents se situe.

Longmire avance masqué et se méfie de tout et de tous. Wade Parsad est mort dans l’incendie de son ranch. Incendie qu’il avait peut-être lui-même allumé en commençant par l’écurie abritant les chevaux de sa femme. Mais avant que son corps soit carbonisé, il a reçu six balles. Mortelles dès la première. Sa femme est accusée et Longmire a du mal à y croire. Autant que le shérif du comté de Campbell où s’est produit le crime… Il a, en quelque sorte, appelé son voisin à la rescousse. Longmire arrive à Absalom sous couverture. Il interroge ceux qui auraient pu vouloir la mort de Wade Barsad. Et ils sont nombreux. Ils les interrogent tout en arpentant les environs… Mais être sous couverture, y rester, n’est pas si simple. Surtout quand d’autres avancent également masqués…

Craig Johnson nous offre un roman prenant. Comme les précédents. Un roman où nous continuons à savourer les atermoiements de Longmire quant à sa vie personnelle, Cady repartie à Philadelphie, Vic continuant à le troubler plus que de raison, Henry Standing Bear veillant… Un roman construit comme le précédent avec des allers et retours vers le passé. Mais cette fois, il s’agit d’un passé immédiat, nous allons et venons entre le présent et la semaine qui l’a précédé, celle qui a fait mûrir le doute.

Nous arpentons également les environs, d’Absalom à la Powder River, en passant par le ranch des parents du shérif et par la Twentymile Butte, une mesa, contrairement à ce que son nom indique… La nature a la part belle, comme souvent. La nature et ceux qui la peuplent, chevaux, chiens, grand-duc et sturnelles. Les humains aussi sont à l’honneur, un vieux cow-boy, un tenancier de bar, les participants à un tournoi de boxe, des agents du FBI, une guatémaltèque et son fils. Et quelques traditions viennent s’ajouter comme le cutting, le reining et d’autres concours autour des chevaux. Et toujours le pouvoir des armes à feu, leur pouvoir et leur histoire, associé ici, notamment aux “buffalo soldiers”, dont j’avais déjà croisé le nom sans réellement savoir à quoi cela faisait référence.

C’est une nouvelle fois un roman d’une grande richesse, avec son personnage principal qui avance lentement, pour éviter les erreurs, les faux pas. Ce qui le sert dans son boulot et le dessert dans sa vie privée… Cette conscience de l’humanité et de ses imperfections.

… plus on a affaire avec la loi, moins on y croit. […] A l’image d’une étrange petite religion particulière, la seule chose qui fait que le système fonctionne est précisément la chose dont il vous prive – la foi.

Longmire avance et le roman prend son temps pour atteindre un rythme qui nous tient en haleine, chevauchant malgré nous… comme le shérif. Chevauchant finalement avec plaisir.

Un roman pour se souvenir, parce que le souvenir est important.

Si personne ne se souvenait de vous, est-ce que vous aviez vraiment été là ?

Comme pour les précédents, en refermant ce livre, je me dis qu’il va falloir prendre son mal en patience jusqu’au prochain pour retrouver Walter Longmire, Henry Standing Bear, Cady, Vic, le Chien et tous les autres. Tout cet univers si prégnant.

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4 réflexions sur “Craig Johnson, Walt Longmire et l’insoupçonnable

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