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Jean-Patrick Manchette et Eugène Tarpon

Après avoir exploré sur deux années quelques intrigues offertes à l’auteur de roman noir, Manchette s’attaque à une figure du genre, le détective privé. Hommage à ses glorieux aînés d’outre-Atlantique ou même plus proches, Manchette, comme pour les intrigues précédentes, décide d’inscrire son personnage dans le présent.

En 1973 paraît le premier des deux romans narrant les aventures d’Eugène Tarpon. Il s’intitule Morgue pleine.

Tarpon est un ancien gendarme devenu enquêteur privé. Le décor est posé en quelques lignes, il vit dans un appartement qui lui sert également de bureau. Son lit, transformé en canapé dans la journée, est dans l’antichambre, Morgue pleine (Gallimard, 1973)son bureau juste à côté et une cuisine complètent le tout. Les w.c. sont sur le palier. Un lieu de vie simple, spartiate, qui est quand même parvenu à lui grignoter ses économies. Tarpon est au plus bas, financièrement, quand l’affaire commence… Nous sommes indiscutablement chez Manchette, les descriptions sont rapides et efficaces et l’intrigue est lancée immédiatement.

Une jeune femme frappe à la porte de l’enquêteur alors qu’il a décidé d’abandonner le métier, elle lui confie que la fille qui partage son appartement vient d’être assassinée. Toutes les preuves sont contre elle, voilà pourquoi elle s’adresse à lui. Mais Tarpon, ex-gendarme, n’exerce pas un métier qui s’occupe de meurtres, il tente de la convaincre de s’adresser à la police et en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, elle l’assomme et s’enfuit.

Après avoir constaté lui-même le meurtre, Tarpon est embringué dans une histoire qui le happe. Qui l’emporte de militants d’extrême-gauche en production de films “pour adultes”, de milieu louche en Milieu. Il est épaulé par un journaliste à la retraite, Haymann, et, par la force des choses, par Charlotte Schultz alias Memphis Charles. En quelques jours, sans beaucoup manger ni dormir, il est balloté, filé, en fuite, pris pour cible…

Le style de l’écrivain s’adapte à l’exercice, usant de l’adjectif décalé, de l’ironie désabusée. L’exercice est savoureux et l’intrigue dézingue une nouvelle fois un pan de notre société, les militants bas du front, les gangsters expéditifs et un certain cinéma interlope…

Trois ans plus tard, Manchette poursuit les aventures de son privé avec Que d’os !.

Tarpon plonge de nouveau dans une affaire qui ne sent pas bon, épaulé par Jean-Baptiste Haymann et Charlotte Schultz devenue Milrakis.

Sur les conseils de l’OP Coccioli, croisé lors de l’histoire précédente, Marthe Pigot s’adresse à Tarpon pour retrouver sa fille, Philippine, disparue depuis peu… Coccioli a conseillé fortement au privé d’encaisser l’argent et de ne pas chercher la jeune femme, majeure et aveugle. Alors qu’il piétine dans une histoire de détournement de caisse d’une pharmacie Que d'os ! (Gallimard, 1976)par un employé qui se révèle être un joueur, Tarpon s’intéresse malgré tout à l’histoire. Il s’y intéresse d’autant plus que Marthe Pigot est tuée sous ses yeux alors qu’elle a une révélation à lui faire. Nous voilà de nouveau entraînés à la suite de l’ex-gendarme dans une aventure rocambolesque, rythmée, et frayant du côté des bretons, des basques, d’une secte et de flics pourris. Le tout mâtiné de relents de la deuxième guerre mondiale quelques peu nauséabonds. Tout ce qu’il faut pour une histoire prenante quand elle est sous la plume de Manchette.

Nous sommes également ballotés, nous demandant ce qu’il adviendra à la prochaine page, au prochain chapitre, puisque tout est rebondissement. Nous sommes trimballés à la suite du trio dont deux protagonistes n’en finissent pas d’hésiter à former le couple qu’ils sont de toute évidence.

C’est une nouvelle fois savoureux, enlevé et plein d’une certaine vision de la société, cynique, uniquement régie par l’appât du gain. Immorale. C’est indiscutablement du roman noir. Du roman noir de qualité…

Après cette exploration d’un personnage incontournable du genre, Manchette va continuer son exploration et nous offrir des romans marquants avant de partir vers d’autres terrains d’écriture.

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3 réflexions sur “Jean-Patrick Manchette et Eugène Tarpon

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