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Emile Gaboriau, Lecoq, B. Mascarot, André et Champdoce

A la suite du Dossier 113, Gaboriau poursuit dans la veine des “romans judiciaires”, comme il les appelle. Les esclaves de Paris paraît dans Le Petit Journal durant l’année 1867 et se poursuit en 1868.

Dans les premières pages nous sont présentés certains protagonistes de l’histoire, Rose Pigoreau et Paul Violaine, deux amants venus chercher fortune à Paris, y ayant trouvé le dénuement et logeant dans un hôtel borgne, l’Hôtel du Pérou, Les esclaves de Paris (Dentu, 1868)le père Tantaine, leur voisin, Baptistin Mascarot, un placier pour gens de maison, le docteur Horbizet, son complice, et bien d’autres… Alors que nous parcourons la description de ces différents personnages, la première énigme qui nous trotte dans la tête est de savoir quand Lecoq, l’agent de la Sûreté va apparaître. C’est même de savoir s’il ne se cache pas derrière l’un ou l’autre de ces individus, expert qu’il est en déguisements de toutes sortes.

Bien vite, l’intrigue prend le dessus. Nous assistons en effet, dans la première partie, à la mise en place d’un coup. Ce n’est pas l’histoire d’un braquage mais celui d’un chantage qu’ourdissent B. Mascarot et ses complices. Un chantage qui nécessite d’abord de placer ses pions dans les endroits stratégiques, de modifier certains événements pour mieux les maîtriser. Le jeune Paul Violaine fait partie du tableau, il faut l’y faire entrer. Et les pièces se mettent en place. A la manière d’une enquête de Lecoq où la résolution ne suffit pas, où il faut que le coupable tombe sans coup férir, ceci nécessitant l’exécution d’un piège, nous assistons à la mise en place d’un traquenard pour mieux faire tomber l’argent dans l’escarcelle des maîtres-chanteurs. Maîtres-chanteurs qui opèrent sous couvert d’honorables entreprises, de places reconnues dans le petit monde parisien… Ils opèrent en utilisant les secrets cachés des grandes familles, les Mussidan, les Champdoce, Bois-d’Ardon et autres. Ils opèrent en utilisant les sombres côtés de la nature humaine qui ont entraîné les uns et les autres dans des aventures qu’ils aimeraient tant ne pas avoir vécues, dont ils se sont repentis trop tard. Des mésaventures qui pourraient entacher l’honneur d’un nom, dont le secret peut se négocier à prix d’or, passions cachées, coups de colère meurtriers… Ayant accumulé les secrets, B. Mascarot et ses complices se lancent dans le chantage qui pourraient leur permettre de se retirer. Ils tirent les ficelles qu’ils ont laborieusement déroulées, attachées, ils resserrent la toile qu’ils ont patiemment tissée. Utilisant les uns pour mieux atteindre les autres.

B. Mascarot apparait alors comme le reflet malfaisant de Lecoq. Il a mené l’enquête et, pour que nous saisissions l’histoire dans son ensemble, que nous embrassions l’intrigue pleinement, il se fend d’un retour en arrière dans la deuxième partie du roman. Un retour aux origines du plan qu’il a patiemment conçu. Ce retour en arrière peut rappeler celui du Dossier 113, le précédent roman de Gaboriau, quand le résultat des investigations de Lecoq nous est rapporté.

La mise en place du chantage et son origine constituent deux histoires, deux parties, presque distinctes. Ce procédé répétitif demande au lecteur d’accepter de passer d’une intrigue à une autre, la deuxième ayant été déjà partiellement éventée par la première. Dans les deux romans précédents, ceux où il avait utilisé le même procédé, cela ne m’avait pas pesé. Cette fois, j’ai eu un peu de mal à passer d’une partie à l’autre… Peut-être parce que le mal expliqué par le mal, le vice s’appuyant sur d’autres vices ou des erreurs, cela fait redondance. Peut-être parce que j’avais apprécié la manière de Lecoq de faire justice quand, là, il ne s’agit que d’expliquer comment commettre un crime… Et qu’il est bien difficile de s’attacher à l’un des personnages. Peut-être… Mais, la deuxième partie finit également par être prenante, avant tout grâce au duc de Champdoce, seul personnage mut par ses sentiments, des sentiments authentiques. Mais celui qui domine l’ensemble, face à Mascarot, est André, jeune peintre, sculpteur-ornemaniste, enfant abandonné ayant réussi à se forger une place par sa volonté, son talent… Il va s’employer à lutter contre le complot qu’il perçoit. Et dont il pourrait être la principale victime…

Avec ce quatrième roman judiciaire, Gaboriau aborde un genre proche de ce que nous appelons désormais le thriller. En effet, plusieurs personnages sont suivis au cœur d’une même intrigue. Ce ne sont pas des histoires parallèles mais bien des pièces d’une seule et même intrigue. Le suspense est de mise, les rebondissements, le rythme sont sûrement également dû à ce qu’il s’agit d’un feuilleton, genre nécessitant de donner envie de tourner les pages, pour la prose et surtout par curiosité… Et c’est ce que flatte Gaboriau, notre curiosité.

Par contre, il ne flatte toujours pas l’aristocratie. Inadaptée au monde en évolution du second empire, attirant pourtant encore les convoitises. Engoncée dans ses désirs de pureté, de ne pas se commettre avec les autres castes, de préserver un nom et de gagner sa vie avant tout par le jeu des alliances. Et de la spéculation bien qu’elle ne porte pas encore ce nom. Tout cela dans l’univers qu’il a construit depuis quatre romans, on croise les noms de Commarin, d’Arlange, de Trémorel ou de Jenny Fancy, au gré des pages.

Cet univers continue d’exister dans son roman suivant, l’ultime mettant en scène l’agent de la Sûreté, Lecoq.

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4 réflexions sur “Emile Gaboriau, Lecoq, B. Mascarot, André et Champdoce

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