James Sallis, Lew Griffin, disparitions et temps qui passe

En 1992, James Sallis publie son deuxième roman. Aux Etats-Unis. En France, ce premier roman traduit, par Jeanne Guyon et Patrick Raynal, ne nous arrivera qu’en 1998… ce qui, au final, ne fait pas forcément si long que ça, comme attente. Il s’intitule Le faucheux (The long-legged fly) et nous raconte quatre enquêtes de Lew Griffin. Quatre enquêtes qui ont jalonné son existence, de 1964 à 1990, des débuts difficiles à un statut d’écrivain qui, malgré tout, ne peut gommer le passé… On ne se refait pas.

Le Faucheux (Gallimard, 1992)Griffin arpente les années de ses longues jambes, à l’image de l’insecte du titre (ainsi que Sallis l’évoque dans son roman suivant).

Nous sommes à la Nouvelle Orléans et le chapitre d’ouverture nous plonge résolument dans le roman noir. Une scène violente, sans explication. Une scène qui nous présente Lew Griffin de manière radicale. Une scène qui se suffit à elle-même et nous permet, ensuite, d’en imaginer bien d’autres sans qu’elles soient décrites. Griffin y règle son compte à Harry, pour ce qu’il a fait subir à Angie… Ne me demandez pas de vous en dire plus.

Après ce chapitre d’ouverture, nous suivons Griffin au long de quatre enquêtes. Quatre disparitions. En 1964, 1970, 1984 et 1990. La première disparition est celle de Corene Davis. Une militante pour le droit des noirs. Ce sont deux membres d’une organisation, la “main noire”, qui s’adressent à Lew Griffin pour qu’il la retrouve. Elle a disparu entre New York et la Nouvelle Orléans alors qu’elle venait participer à un meeting à la demande de cette fameuse organisation. L’enquête n’est pas simple, comment disparait-on d’un avion sans escale entre New York et New Orleans ? Griffin arpente les rues de sa ville en même temps qu’il assiste de loin à la lente agonie de son père. Entre les télégrammes de sa mère et sa relation plutôt compliquée avec LaVerne, nous le suivons à la recherche de Corene Davis. Comme le premier chapitre, cette première enquête donne le ton. Griffin est un privé noir à qui ses “frères” s’adressent… Un privé qui se débat avec ses propres doutes, son dégoût quand il assiste au sort que l’homme réserve à ses semblables. Un privé qui carbure à l’alcool pour se maintenir…

La deuxième disparition est celle d’une jeune fille, Cordelia Grayson, dont les parents pensent qu’elle est venue à la Nouvelle Orléans parce que c’est une ville dont elle parlait tout le temps. Il n’y a pourtant rien d’idyllique dans la Nouvelle Orléans de Griffin. Avec l’aide de Don Walsh, l’inspecteur, et de LaVerne, sa maîtresse call-girl, Griffin s’enfonce dans un milieu sordide, une certaine tendance du cinéma. Illégale.

En 1984, Lew Griffin est au plus bas… Cure de désintoxication et dépression sont au programme. Ceux qui l’entourent restent attentifs, Walsh, LaVerne et, plus surprenant, William Sansom qu’il a connu autrefois sous le nom d’Abdullah Abded, l’un des deux frères de la “main noire”. Il remonte la pente, devient recouvreur d’impayé et part à la recherche de la sœur disparue d’un homme, Jimmi Smith, qu’il a rencontré dans le foyer de Sansom. Il rencontre Vicky, infirmière anglaise, emménage avec elle… De nouveau, il plonge dans la fange en cherchant à en sortir une fille égarée tout en s’installant avec une autre. Contraste…

Quatre ans plus tard, alors qu’il est devenu écrivain, qu’il vit avec LaVerne, Lew se met à la recherche de ce fils qu’il a très peu vu lorsqu’il était enfant, avec lequel il a renoué récemment…

Ces quatre enquêtes nous décrivent une réalité, un monde qui est le nôtre, une société qui écrase. Nous suivons en même temps le détective qui peine à accepter cette société, justement, qui peine à s’y adapter. Et tout cela sous la plume d’un écrivain de grand talent. Un écrivain qui suggère, qui connait le poids de certains mots ou qui sait leur rendre leur importance. Un écrivain qui évoque et nous touche… Un écrivain dont on se dit qu’il ne faudra pas en rester là avec lui. Un écrivain qui pousse aussi à en lire d’autres comme Black no more de George S. Schuyler, abondamment cité au long des pages.

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James Sallis dans ma toile

James Sallis est l’un de ces auteurs dont beaucoup parlent, qui semble une évidence pour ceux qui l’ont lu mais dont on ne débat pas énormément.

Un nom que j’avais croisé ici ou là sur la toile, en me disant qu’il serait sûrement intéressant à lire. Mais il y en tellement d’autres que j’avais, comme souvent, différé mon entrée dans son univers.

Et puis, il y a eu le film de Nicolas Winding Refn avec Ryan Gosling. Film que beaucoup ont encensé. Que beaucoup ont tellement aimé qu’ils ont dit qu’il devait aussi énormément au roman dont il était adapté. Pas sûr que tous ceux qui ont tenté de nous en persuader connaissaient réellement l’écrivain avant de voir son nom au générique du long métrage… Pour d’autres ce fut sans aucun doute le moment de dire, de réaffirmer, leur goût pour le romancier. Ce fut en tout cas, pour moi, comme avec Manchette auparavant, le petit déclic qu’il manquait pour aller vers les bouquins du monsieur. Je me suis dit que plutôt que de commencer par le roman Drive, pourquoi ne pas prendre les œuvres dans l’ordre. Les œuvres traduites, bien sûr, le premier roman de l’auteur, Renderings, roman d’avant-garde, ainsi qu’il est présenté sur le site de l’auteur, restant chez nous inconnu.

James Sallis est donc né en décembre 1944 à Helena dans l’Arkansas, juste au-dessus de la Louisiane et sa Nouvelle-Orléans, où il étudiera. Sallis a voyagé, bougé, avant de s’établir en Arizona.

Malgré sa bougeotte, il reste assez facile à dénicher par ici, ses romans faisant l’objet d’éditions récentes. J’ai donc pu m’y adonner sans problème.

Outre l’adaptation de son roman, le dossier du Vent Sombre, déjà évoqué précédemment, a conforté mon intérêt pour l’œuvre de cet écrivain. L’introduction au cycle de Lew Griffin par Philippe Cottet (je n’ai pas lu les analyses des bouquins pour éviter de me laisser influencer dans mes chroniques) m’a permis de confirmer que l’intérêt que je percevais à la lecture de James Sallis ne reposait pas uniquement sur mon imagination, qu’il pouvait en concerner d’autres… même si, si ça avait été le cas, j’en aurais de toute façon parlé. Après tout, l’intérêt que l’on porte à une lecture, un auteur, est aussi fonction de notre personnalité de lecteur…

Il est temps à présent de parler des romans de James Salis, un écrivain important de mon point de vue, marquant. J’espère que mes petites chroniques de lecture, au long de sa bibliographie, vous en convaincront.

James Sallis sur la toile

James Sallis est un auteur ayant une certaine renommée. Mais il n’est pas pour autant omniprésent sur Internet. En dehors des sites spécialisés et de la fameuse encyclopédie collaborative en ligne, sa présence est surtout commerciale et liée à l’adaptation de Drive au cinéma par Nicolas Winding Refn.
Il apparaît toutefois suffisamment pour nous permettre un petit tour d’horizon.
Pour faire connaissance avec l’écrivain, Macha Séry a écrit un article pour le Monde (le journal) à l’occasion de sa venue au festival “Etonnants Voyageurs”. Elle y retrace son parcours, littéraire et géographique. Pour compléter et approcher ses œuvres, Rue des livres passe en revue sa bibliographie, un aperçu rapide.
Pour bien le connaître, et lire quelques critiques de ses romans, les sites ne sont pas pléthores, ceux qui font référence s’y attellent. Il y a tout d’abord Pol’Art Noir et une biographie qui propose des liens vers la critique de deux de ses romans. Il y a ensuite k-libre qui au travers également d’une biographie, offre un accès vers des articles du site mais cite également des références extérieures, notamment vers certains numéros de La vache qui lit, créée par le regretté Serge Vacher.
Si vous voulez entendre et voir l’auteur, une table ronde organisée lors du dernier festival “Etonnants voyageurs”, animée par Michel Abescat et Maëtte Chantrel est visible en ligne. Il apparaît aux alentours de la trentième minute.
Enfin, j’en ai gardé un peu, et pas des moins intéressants, James Sallis a un site officiel, The James Sallis Web Pages. Et il a eu les faveurs de l’excellent site Le vent sombre pour une analyse de son personnage Lew Griffin. Une analyse approfondie de la série, incontournable.
Mes impressions de lectures ne tarderont pas après que je me sois penché sur ma rencontre avec les œuvres de l’écrivain.