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James Sallis, one shot et espion sur le retour

En 1996, après trois bouquins ayant pour narrateur et personnage principal Lew Griffin, le détective de la Nouvelle Orléans, James Sallis fait une pause dans la série. Il s’en échappe le temps d’un livre, La mort aura tes yeux.

David, si tel est son nom, voit soudain le passé lui revenir en pleine face. Plus le moment de regarder les oiseaux et les écureuils, plus le moment d’étreindre Gabrielle. Le premier chapitre écoulé, le retour vers le passé, huit ans en arrière, La mort aura tes yeux (Gallimard, 1996)s’amorce… Nous ne revenons pas réellement dans le passé mais le passé et les occupations de David alors ressurgissent… Pas n’importe quelles occupations, on comprend vite, en quelques pages, qu’il ne vaut mieux pas croiser son chemin quand il exerce, qu’il ne vaut mieux pas être l’objet d’une de ses missions, d’un de ses problèmes à résoudre. Qu’il a travaillé pour une agence au service de l’Etat, une agence permettant au pays de vivre paisiblement, au prix d’actions peu recommandables.

Le temps joue une nouvelle fois à plein dans ce roman de Sallis. En même temps qu’il reprend une activité dont il ne voulait plus entendre parler, les souvenirs que David avait enfouis émergent. Se mêlent au présent. Mais simultanément, le passé récent, celui qu’il s’était patiemment construit, le hante. Il n’est plus le même. Son passé se rappelle à lui alors qu’il arpente le pays, qu’il en parcourt les routes. Il se rappelle à lui dans la violence et l’incertitude qui l’accompagnaient inévitablement. Il se rappelle à lui concrètement…

La route nous libère, réaffirme la discontinuité de nos vies, nous murmure qu’après tout nous sommes libres […]

Une autre confrontation émerge. L’histoire est racontée à la première personne, du point de vue de David. Il s’agit d’une intrigue inscrite dans un présent immédiat, dont la narration devrait adopter un angle uniquement comportementaliste. Les actions s’enchaînent et nous les suivons. Mais, nous sommes chez James Sallis et ça n’est pas si simple. Sallis veut explorer son personnage. L’impact des souvenirs sur ses propres questionnements, l’impact de souvenirs plus ou moins avérés, modifiés par le temps et l’évolution du narrateur. Comme Lew Griffin, David n’est pas sûr de ce qu’il est. Il n’est pas sûr que ses actions correspondent à ses pensées, ses convictions.

Je me demandais à quoi un soldat doté d’une conscience pouvait bien servir, et si j’en avais vraiment une (mais j’étais là, non ?) et ce que c’était que la conscience. Peut-être était-elle une reconstruction au même titre que la mémoire, et aussi peu digne de confiance.

Petit à petit, le passé, les passés, et le présent se rejoignent. Petit à petit, l’intrigue ressemble aux interrogations de David. Petit à petit, ses errances, parsemées de rencontres, de poursuites, prennent un sens… Inexprimé.

Nous créons tous, à partir des faits de nos vies, des fictions, des mythes mineurs, des mensonges personnels qui nous permettent de continuer à vivre, qui nous aident à rester humains, nous rassurent en nous faisant croire que nous comprenons notre minuscule coin de monde.

C’est un roman cérébral pas un roman d’action… C’est le roman d’un homme en proie au doute, certains que c’est ce doute qui l’a fait avancer, que c’est ce doute qui fait avancer. Certains qu’en instillant le doute il en fera avancer d’autres.

C’est un roman d’espionnage sûrement plus proche de ceux de Graham Greene ou John Le Carré que de ceux que l’on trouve par centaines… Un James Sallis.

Les précédents avaient été hantés par certains auteurs, George S. Schuyler, Albert Camus ou Chester Himes ; cette fois, c’est Cesare Pavese qui est mis en avant…

Après ce roman, l’écrivain revient à la Nouvelle Orléans pour y retrouver Lew Griffin.

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6 réflexions sur “James Sallis, one shot et espion sur le retour

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    • Merci pour le compliment, Wollanup.
      J’ai eu effectivement l’occasion d’échanger avec Sallis concernant son dernier roman et, après qu’il m’ait dit ce que tu évoques, je l’ai acheté en version originale. Il faut que je m’y mette pour en parler prochainement…

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