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James Sallis, Lew Griffin, mémoire recomposée

En 1999, deux ans après le précédent, paraît un nouvel épisode des aventures du privé, écrivain, professeur, de la Nouvelle Orléans. Son titre en est Bluebottle. Il ne changera pas en traversant l’Atlantique, difficile en effet de trouver une traduction à ce qui désigne à la fois un insecte, une mouche à viande en l’occurrence, et un flic. Isabelle Maillet qui traduit seule cet opus a pris le parti de le garder pour la parution française en 2005. Elle ou son éditeur. Ou les deux…

La mémoire et le temps sont les deux composantes principales de la narration de Sallis à travers Griffin. Comme à chaque roman, il faut se situer dans l’histoire de Griffin. C’est d’autant plus délicat cette fois-ci que Lew est dans un sale Bluebottle (Gallimard, 1999)état. Il a reçu plusieurs balles et sort du coma ou y retourne. Il est entre deux mondes. Le temps s’écoule sans qu’il le perçoive, certaines secondes durent, certaines semaines filent, alors qu’il est convalescent. Les visites de Don Walsh et de LaVerne nous permettent de savoir à peu près où nous en sommes. Mais Griffin l’avoue, il va nous narrer une histoire, une année de sa vie, qu’il a reconstituée en se basant non seulement sur sa mémoire mais également sur celles de ces deux proches.

Une bonne partie de ce que je vous raconte est reconstruite, reconstituée, étayée. Et comme beaucoup de reconstructions, elle présente sous la surface une ressemblance troublante avec le modèle original.

Une année reconstituée et qui a débuté par un événement qui nous en rappelle étrangement un autre. Lew a été victime d’un tireur embusqué alors qu’il sortait d’un bar en compagnie d’une journaliste blanche. Une balle tirée, une journaliste blanche, on se croirait revenu dans  Le frelon noir, le roman qui raconte peut-être l’aventure la plus ancienne du narrateur, la plus ancienne avec la première enquête lue dans  Le faucheux. Nous sommes en territoire connu, cette journaliste blanche, qui rappelle l’Esmée d’alors, a disparu. Son nom est… Esmay, Dana Esmay. Nous sommes décidément en territoire connu. La mémoire ne jouerait-elle pas des tours à notre privé ?

La mémoire est en question mais le langage également. Un langage que le privé a dû réapprivoiser. Le percevant sous un angle différent. Un élément de son identité… Ses débuts d’écrivain ?

C’était peut-être bien la première fois, me semblait-il, que je réfléchissais à tous ces différents langages dont nous nous servons.[…] Pour survivre, nos ancêtres ont appris à dissimuler, à imiter, à ne jamais dire ce qu’ils pensaient réellement. […] Cette même nécessité du masque subsiste chez bon nombre d’entre nous, circulant tel un lent poison dans le sang de nos enfants. De sorte que bon nombre d’entre nous ne savent plus ce qu’ils sont, ni qui ils sont.

Lew Griffin, quand il réalise qu’il a quelque peu perdu la notion du temps, se reprend en main. Il sort de l’hôpital et part à la recherche de la femme, en même temps qu’il se renseigne sur un écrivain que son éditeur recherche. L’écrivain est introuvable et la mafia s’adresse à Griffin, pour retrouver Esmay, intéressée par l’écrivain… Dana Esmay est retrouvée par LaVerne.

Dans cette aventure où, comme à son habitude, Griffin laisse venir à lui les indices, la question de l’écriture gagne en importance.

Toute notre vie, jour après jour, heure après heure, on se raconte des histoires, on enfile sur un lien événements, conflits et souvenirs afin de leur donner un sens, de créer notre monde. Il en va de même pour l’écriture, à la seule différence qu’on se place dans la tête d’un autre.

Mais outre les questions, l’action est toujours là. La violence, la difficulté à frayer dans notre société. La Nouvelle Orléans aussi…

Le style est également toujours aussi savoureux, précis, riche. Pour un roman qui donne une nouvelle dimension à la série, celle de la construction d’une intrigue, de la narration.

C’est l’avant-dernier roman mettant en scène le privé de la Nouvelle-Orléans, la série va se conclure au tournant du millénaire avec Bête à bon dieu (Ghost of a flea).

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2 réflexions sur “James Sallis, Lew Griffin, mémoire recomposée

  1. Pingback: James Sallis, Lew Griffin à la recherche de lui-même | Moeurs Noires

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