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James Sallis et le retour du Chauffeur

En 2012, Poisoned Press publie la suite des aventures du Chauffeur, celui de Drive, ça s’intitule Driven et c’est toujours écrit par James Sallis. Le roman paraît de ce côté-ci de la planète en 2013, traduit par Hubert Tézenas aux éditions Rivages.

Six ans ont passé depuis les événements précédents. Six ans d’une autre vie, aux côtés d’Elsa. Et cette vie est soudain anéantie. Deux hommes attaquent le Chauffeur et c’est Elsa qui meurt. Sans avoir le temps de s’attarder, il doit se Driven (Rivages, 2012)planquer pour ne pas subir le même sort, des hommes le poursuivent et quand ils tombent, d’autres apparaissent. Il n’a plus le choix, il doit comprendre.

Nous descendons de gens qui ont fui – et de gens qui se sont battu. Le tout est de savoir quand faire quoi.

Epaulé par Felix, l’ancien marine, conseillé par Manny, le scénariste, il reprend certaines habitudes. Se rendre invisible. Mais ça n’est pas si simple. Trouver l’outil qui lui convient, le seul qu’il maîtrise parfaitement. Ce sera une Fairlane. Elle n’a l’air de rien et c’est ce qu’il veut, il la prépare comme il veut dans un garage où il rencontre Billie, une étudiante en droit, aussi douée que lui pour la mécanique.

Il est temps de remonter la piste…

Et il arpente les rues de Phoenix et des environs, des endroits que nous avons l’impression de connaître après la lecture du Tueur se meurt, par exemple, surtout quand certains chapitres s’éloignent un moment du Chauffeur pour s’intéresser à un homme, Bill, vivant dans une maison de retraite. Une alternance qui en rappelle d’autres.

La familiarité ressentie alors n’est peut-être pas dans les lieux en eux-mêmes mais dans cet univers, cette atmosphère, que Sallis a su créer au fil de ses romans. Un univers qui cherche à capter le nôtre.

Les grandes idées, voilà ce qu’on nous apprend à l’école. Que ce sont les grandes idées qui font avancer l’humanité. En vieillissant, tu te rends compte qu’aucune nation n’a été formée, ni aucune guerre livrée au nom de grandes idées, tout ça n’arrive que parce que les gens ne veulent pas que les choses changent.

Comme pour la première aventure du Chauffeur, c’est un roman court qu’a commis James Sallis. Un roman court et rythmé de chapitres qui le sont tout autant.

Le Chauffeur, qui avait comme nom Paul West avec Elsa, devient Huit pour Billie. Et ce qui lui tombe dessus l’oblige à avancer. Après s’être posé la question de la grâce, cette fois, c’est celle du choix qui prédomine. Manny a son avis sur la question :

Libre-arbitre, mon cul. Ce en quoi on croit, les livres qu’on porte aux nues – même la musique qu’on écoute, putain -, tout ça est programmé, mon gars, marqué au fer de l’hérédité, de l’environnement, de ce à quoi on a été longtemps exposé. On s’imagine qu’on fait des choix. Mais la réalité, c’est que les choix nous rattrapent, se plantent sous notre nez et nous fusillent du regard.

Le Chauffeur n’a pas fait beaucoup de choix, il n’en fait toujours que très peu, volant juste sous les radars, se laissant porter par les courants d’air ascendants. Ou descendants. Et pour l’heure, ils sont surtout descendants. Aucune planque n’est sûre, la moindre voiture peut être en train de le filer, les lieux déserts ne le sont pas.

Et James Sallis ne nous laisse pas le temps de réfléchir, les chapitres s’enchainent, le style est toujours aussi prenant, si agréable qu’il pourrait peut-être nous raconter n’importe quelle histoire. Le Chauffeur ne se contente pas de subir mais même quand il ne subit pas se pose la question du choix.

Quelle est la part de choix dans ce que nous faisons dans la vie, dans ce que nous pensons, et celle de ce qui nous tombe simplement dessus ?

On aurait pu redouter cette suite. La question se posait de savoir ce qui la motivait, ce qui la justifiait. Mais le doute est bien vite effacé, oublié. Pour un moment de lecture savoureux, quelques instants trop brefs pour patienter jusqu’au prochain roman de James Sallis.

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5 réflexions sur “James Sallis et le retour du Chauffeur

  1. Pingback: James Sallis avec Chauffeur, entre Phoenix et Los Angeles | Moeurs Noires

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