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David Goodis, Clara Ervin comme un poison

En 1947, paraît le troisième roman de Goodis, Behold this woman. 1947 est une année marquante pour Goodis puisque l’un de ses scénarii, The unfaithful (L’infidèle), est adapté avec succès, tout comme Dark Passage devenu Les passagers de la nuit, et que deux romans paraissent coup sur coup, le premier étant cette invitation à observer cette femme. Il mettra quelques années à traverser l’Atlantique puisqu’il nous arrive en 1981, traduit par Claude Benoît sous le titre La garce.

Tout commence à Philadelphie, une nuit de printemps où les voisins des Ervin, les Kinnett, se disputent une nouvelle fois. Dans la maison, le mari et père, George, ne dort pas et le La garce (Fayard, 1947)couple d’à côté porte ses souvenirs vers sa propre histoire : sa première femme, Julia, qui lui a donné une fille et qui est morte d’une péritonite ; la rencontre avec sa deuxième femme, Clara, et la place qu’elle a prise, même dans leur lit où il finit de temps en temps par terre, poussé par son épouse. Au même moment, Evelyn, sa fille, est réveillé par les cris des Kinnett et elle repense à ce jeune homme, Leonard Halvery, qui lui fait la courre, qui l’emmène, dans sa décapotable, dans des soirées chics et qui est devenu si assidu… des cailloux jetés à sa fenêtres la précipitent dehors où elle se jette dans les bras de Barry, le fils des voisins, qu’elle n’avait plus vu depuis trois ans…

Apparaît alors, au réveil, Clara, la femme et belle-mère. A son réveil. Vers onze heures. Et ça commence par un premier accrochage avec la bonne. Puis, après une après-midi de dépenses, c’est au tour du mari et de la belle-fille… Clara n’est pas celle qu’elle prétend être. Pas celle qu’elle a prétendu être quand elle s’est racontée à George, ses intentions n’ont rien d’altruiste, son prochain l’intéresse beaucoup moins qu’elle-même et que ce qu’elle pourrait posséder. Alors, elle manipule, échafaude des stratégies… Prête à tout pour parvenir à ses fins. Le drame est là, il s’annonce, il approche. Le mal s’instille dans la maison, sournois, un poison qui détruit et dont il est impossible de se défaire…

Ce qu’on appelle le Mal, c’est l’excès de sensualité, le dépassement des bornes, l’exaspération du désir.

Tout le monde est touché, Evelyn et George, bien sûr, mais également Leonard et Barry, et jusqu’à Agnès, la bonne. Tout le monde est touché mais les souvenirs restent, le passé se rappelle à tous… Le rêve, les songes, les souvenirs, tout ce qui nous fait vivre. Ils hantent ou soutiennent…

Cette vie que nous traversons n’est pas un rêve. Certains moments de la vie participent du rêve, mais tous ces petits rêves, mis bout à bout, ne comptent que pour une part infime. Microscopique. Le reste est réel…

Nous naviguons à la frontière du réel, du rêve et du cauchemar.

Goodis a changé son point de vue. L’ancrage dans son époque n’est plus le souci premier de ses intrigues. Il la décrit mais sans s’attacher aux événements qui la jalonne. Il a changé de point de vue puisque, cette fois, le personnage principal est féminin. Un personnage qui pourrait ressembler à une ou deux femmes du roman précédent. Un personnage qui confirme le virage pris pas l’auteur, là où les femmes et les hommes étaient aussi perdus les uns que les autres dans son premier roman, Retour à la vie, ce sont désormais les femmes qui expliquent la perte des hommes, leur perdition. Pas toutes les femmes, mais certaines, bien en phase avec leur époque et l’avidité qu’elle provoque, des femmes heureusement contrebalancées par d’autres, vertueuses… L’homme est fade, faible, le vice et la vertu sont des apanages de la féminité.

C’est au final un Goodis troublant, violent. Une violence décrite dans les détails, un trouble qui habitent même les personnages. Un roman peut-être plus désemparé. Bancal par certains côtés. Peut-être moins bons que les deux premiers mais qui possède un attrait indéniable. Notamment au travers des apparitions nocturnes qui hantent les personnages… Un roman dérangeant.

Le roman suivant du romancier paraît quasiment simultanément, ce sera Nightfall.

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