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David Goodis, Alvin Darby et la blondeur platine

En 1952, Goodis publie son septième roman, le deuxième à paraître directement en poche après Cassidy’s Girl. Il s’intitule Of Tender Sin et, comme le précédent, il met du temps à nous parvenir puisqu’il n’est traduit qu’en 1982, par Gérard de Chergé pour les éditions Glancier-Guénaud, sous le titre Obsession.

Une nuit d’hiver, dans une banlieue de la petite bourgeoise de Philadelphie, Alvin Darby, employé dans une société d’assurance, est réveillé par un bruit. Un bruit dont il ne parvient pas à déterminer l’origine, un bruit inhabituel qui lui fait penser à la visite d’un voleur. Alors qu’il est encore dans Obsession (Clancier-Guénaud, 1952)les brumes d’un demi-sommeil, il observe sa femme, dans le lit voisin… Un étrange phénomène se produit, la chevelure de sa femme est changeante. Sa couleur habituellement brune prend des reflets plus clairs pour finalement devenir franchement blonde. Blonde platine. Alvin se réveille complètement et part à la recherche de l’origine des bruits qui l’ont réveillé… mais ce qui le trouble le plus, c’est cette chevelure blonde qu’il a imaginée pour sa femme. Sans qu’il comprenne véritablement pourquoi. Sa femme l’ayant entendu se lève à son tour, elle est belle, attirante, mais il ne parvient pas à surmonter des réticences dont il ne comprend la provenance. Décidément, Darby est dans le flou. Perdu… Il comprend mieux, peut-être, quelques minutes plus tard, quand de retour dans leur chambre, sa femme, constatant une nouvelle fois qu’elle ne l’attire plus, redescend pour téléphoner à la police et lui faire part des bruits entendus par son mari… Seulement, lorsqu’il l’espionne, il entend une conversation qui n’a pas la teneur de celle que l’on passerait aux forces de l’ordre.

Le lendemain matin, Darby est toujours dans le brouillard quand il se rend à son travail. Il ne comprend toujours pas pourquoi la chevelure bonde platine qu’il a imaginée pour sa femme lui fait tant d’effet. Au point qu’il a même imaginé sa sœur avec la même teinte de cheveux… La couleur de cheveux et la trahison de sa femme l’obnubilent. Son meilleur ami écoute ses confidences et lui avoue que, depuis quelques temps, Alvin n’est plus le même, souvent perdu dans ses rêveries, inaccessible… Pour comprendre, Darby fouille sa mémoire et s’exile dans les bas quartiers de la ville…

C’est dans un demi-sommeil que se passe l’intrigue d’Obsession, le parcours d’Alvin Darby se fait dans une hallucination permanente. Un songe éveillé ou un cauchemar. Habité par le passé, un passé qu’il tente de faire ressurgir pour mieux comprendre son obsession, ce tendre péché du titre original. Des souvenirs qu’il avait complètement oubliés, effacés, surgissent. Ses relations avec sa sœur, plutôt ambigües, sa première passion… tout lui revient. Et il s’enfonce, un peu plus à chaque pas, au milieu des blizzards et autres tempêtes de neige qui balaient Philadelphie, qui se succèdent.

Pas de doute, nous sommes chez Goodis, chez un Goodis qui confirme son choix du roman noir amorcé de manière déjà radicale avec Cassidy’s Girl. Nous sommes chez Goodis car certains passages paraissent tout droit sortis des pages de ses précédentes intrigues. La fouille obsessionnelle de sa mémoire par Alvin Darby n’est pas sans rappeler celle de James Vanning dans Nightfall, Géraldine rappelle la Clara Ervin de La garce, et cet homme tiraillé entre deux femmes, voire trois cette fois-ci, rappelle tous les autres… Il y a de vrais morceaux de ses autres romans…

Goodis arpente les mêmes chemins, mais les voit sous un angle différent à chaque fois. Il raconte une histoire toujours semblable aux précédentes mais sans cesse renouvelée. Et le parcours de cet homme, qui se perd, s’enfonce, s’écroule et fuit ses obsessions pour s’en rapprocher ensuite, nous est familier. Un parcours familier qui nous prend, nous emmène sans que l’on sache pourquoi on y plonge avec ce qui pourrait passer pour de la curiosité malsaine. Goodis titille nos penchants de voyeurs, notre intérêt pour le sordide. Et nous en redemandons… Alvin Darby plonge, dominé par une force qu’il ne maîtrise pas, son destin l’oblige à se damner, à naviguer entre rêve et réalité et à accepter, en toute conscience, de se détruire, de boire le calice jusqu’à la lie, comme si on ne pouvait résister au passé. Que l’on ne pouvait l’empêcher de ressurgir. Une partie de nous, si profondément ancrée, à laquelle on ne peut échapper, à laquelle on succombe tôt ou tard…

C’est un roman puissant, prenant. Un roman qui, une nouvelle fois, nous pousse à reconnaître le talent de son auteur et nous pousse à aller ouvrir le suivant, en l’occurrence, Rue barbare.

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4 réflexions sur “David Goodis, Alvin Darby et la blondeur platine

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