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David Goodis, association de malfaiteurs et femme fatale

En 1953, David Goodis publie deux romans, le premier des deux s’intitule The Burglar. Il arrive en France à peine un an plus tard, traduit par L. Brunius, sous le titre sommes toutes fidèle de Le casse. Si je compte bien, c’est donc le neuvième roman de l’auteur, son quatrième traduit en France (chronologiquement).

Après un roman particulièrement noir et réussi, prenant, Rue Barbare, Goodis revient à plus classique. Il ne décrit plus un endroit qui à lui seul déterminerait le destin de ses habitants mais un destin déterminé par les aléas d’une vie. Le destin de Nathaniel Harbin.

Tout commence devant une maison cossue, quatre individus attendent dans une voiture. Il y a Harbin, Baylock, Dohmer et Gladden. Harbin a Le casse (Gallimard, 1953)trente-quatre, dix-huit ans de métier, Baylock a également pas mal bourlingué et Dohmer est à l’avenant. La quatrième, Gladden, est la gosse de la bande, une vingtaine d’années, chétives, la protégée de Harbin. Le casse s’effectue tant bien que mal, plutôt bien, quasiment comme prévu, si ce n’était la voiture de police qui s’arrête devant leur voiture garée et que Harbin est obligé d’aller voir pour leur raconter une histoire de panne et les faire partir. Cent mille euros d’émeraude pour quelques minutes de stress, quelques semaines de préparation, la récolte est plutôt bonne… Mais cela semble être le point de départ de la déconfiture… La fin d’une association qui ne fonctionnait pas si mal. L’entente se met à battre de l’aile…

Baylock et Dohmer ne supportent pas Gladden, la jeune protégée de leur chef. Elle n’est autre que la fille de Gerald, celui qui lui a tout appris, qui l’a recueillit quand il n’avait plus personne… Quand son mentor est mort, sous ses yeux, il a pris sa fille sous son aile, à son tour.

C’était toujours le même schéma, le même thème. Au cours des années écoulées, ses moindres actes s’étaient conformés avec quelques variantes, à ce thème essentiel. Il fallait toujours rejoindre Gladden, protéger Gladden, fuir avec Gladden. C’était plus qu’une habitude, plus qu’un besoin. C’était une sorte de religion, presque une intoxication. A l’origine de ses faits et gestes, il y avait ce besoin lancinant de veiller sur Gladden.

Harbin accède finalement à la demande de ses deux acolytes, il envoie Gladden, pour quelques jours, à Atlantic City. Et c’est durant ces quelques jours qu’il rencontre Della. Une femme avec qui tout va vite…

La belle ordonnance du thème de la reconnaissance se trouvait compromise. Le schéma initial se brouillait et menaçait de faire place à un nouveau schéma plus puissant. C’était une autre drogue, une autre religion. C’était la force indéfinissable qui l’avait lié au regard de cette femme…

Vous l’avez compris, c’est une nouvelle fois un homme pris entre deux femmes que nous donne à lire Goodis. Della, beauté et femme fatale, et Gladden, celle avec qui il a toujours été. Le même schéma qu’avec le roman précédent, Rue Barbare, ou ceux d’avant, Obsession ou encore Cassidy’s Girl. Le même qu’avec son tout premier, Retour à la vie, mais dont il s’était parfois échappé. Il nous offre le même schéma et il le transpose dans un nouvel univers et cela qui fait toute la saveur des romans de Goodis, l’univers dans lequel il installe ses protagonistes, dans lequel il les fait graviter, avancer.

Cette fois, c’est un thème ultra classique, celui d’une bande de voleurs, parfaitement organisée, qui se grippe. Un thème qui n’était peut-être pas ultra classique à l’époque où Goodis l’écrivit mais qui l’est devenu… C’est peut-être pour ça que j’ai moins accroché à l’intrigue. Le héro perdu, se laissant mener par les événements, se laissant berner par les uns et les autres. Séduit puis reprenant ses esprits. Tout cela m’a paru moins intéressant. Juste une figure de style que l’on déplace, une structure narrative que l’on exploite encore et, cette fois, sans rien lui apporter de nouveau. L’exercice de style constitue peut-être le seul intérêt du bouquin, savoir comment Goodis va une nouvelle fois nous raconter la même histoire… ce qui est après tout, le propre des écrivains et des plus grands. Ecrire sans cesse la même histoire. Cette fois, ça n’a pas pris, ça sera peut-être pour le prochain.

A noter que la traduction qui date de la grande époque de la “série noire”, celle qui voulait à tout prix faire rentrer les bouquins traduit dans une langue bien à elle, échappe à cette volonté. On sent, bien ici ou là, un élan vers le vocabulaire tant prisé à l’époque mais les tentatives retombent, comme si le texte ne donnait aucune prise à cette volonté… Peut-être la force du style de Goodis ? Ou la force d’un traducteur qui a résisté à la commande de son éditeur ?

Le prochain, d’ailleurs, paraît la même année et deviendra chez nous, quelques décennies plus tard, La lune dans le caniveau.

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2 réflexions sur “David Goodis, association de malfaiteurs et femme fatale

  1. Pingback: David Goodis, Chester Lawrence et la Rue | Moeurs Noires

  2. Pingback: David Goodis, Kerrigan et la lune au-dessus de Vernon Street | Moeurs Noires

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