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Stuart Neville, Gerry Fegan et ses douze Suiveurs

En 2009 paraît en Irlande le premier roman de Stuart Neville, The twelve. Il change de titre en traversant l’Atlantique et devient, aux Etats-Unis, The Ghosts of Belfast. Puis il nous parvient en 2011, traduit par Fabienne Duvigneau sous le titre Les fantômes de Belfast.

Gerry Fegan a sombré dans l’alcool. Il entretient son état second chaque soir à coup de whiskies et de bières, dans le pub tenu par Tom et appartenant à Michael McKenna. Il prolonge, intensifie, son ivresse, en espérant qu’elle chassera ceux qui l’assiègent. Les douze Suiveurs. Ils sont là, en permanence, qui l’accompagnent, qui le hantent. Il les connaît, il les a tués. Car Fegan était membre de l’IRA, un tueur de l’organisation. Un exécutant qui a puLes fantômes de Belfast (Rivages, 2009)rgé douze ans dans la prison de Maze. Un membre de l’IRA, respecté, craint, mais qui ne peut se défaire de ces douze fantômes qui le poursuivent. Ou peut-être que si, il vient d’avouer à la mère de l’un d’entre eux où le corps était caché. Mais cela ne semble pas suffire. Et ce sont les fantômes qui lui font comprendre en mimant l’exécution de celui qui avait commandité la leur. Le premier sur la liste est justement Michael McKenna venu le rechercher au pub pour le raccompagner chez lui. Lorsqu’il le tue, l’ayant amené sur le port, un endroit discret, le fantôme qui voulait sa mort disparaît… La solution est là. Et la croisade de Fegan commence. Malgré lui…

La mort de McKenna réveille les anciens démons d’une guerre civile maintenant achevée. Achevée grâce notamment aux accords de 1998 et à la création depuis d’une assemblée et d’un gouvernement à Stormont. Le ministre pour l’Irlande du Nord est appelé, lui qui ne voulait pas de ce poste, qui en souhaitait un plus prestigieux, plutôt du côté relations internationales, le voilà dans une situation délicate… Son emploi du temps, golf, bon temps dans sa garçonnière, risque d’être remis en cause. Un autre personnage se sent concerné, Davy Campbell. Il a rejoint les extrémistes, ceux qui continuent la lutte, mais va revenir à Belfast…

Les points de vue alternent entre Gerry, le ministre et Campbell, celui de Fegan restant le plus important, celui que les autres suivent, tentent de comprendre. Abîmé, il avance, cherchant la paix. Il avance dans une noirceur seulement rachetée, éclairée par Marie McKenna et sa fille Ellen. Les deux seuls êtres à peu près humains que Gerry croise. Les deux seuls êtres agissant normalement, ou cherchant une vie sans problème. Mais Marie McKenna est persona non grata après la mort de son oncle, on ne lui pardonne pas d’avoir eu une liaison avec un flic… Les flics et les catholiques ne faisaient pas bon ménage. Les ressentiments ont la vie dure.

Fegan avance en cherchant une morale, un appui, en tentant de ne pas sombrer. Les enjeux restent pourtant forts autour de lui, la paix obtenue si difficilement doit être préservée à tout prix, au prix même de certaines compromissions, d’une toute puissance des politiques après celle des factions armées… Certains d’entre eux sont d’ailleurs les mêmes, passés des armes et des attentats aux manipulations politiques. Ce sont les plus cyniques, l’argent et le pouvoir restant leur motivation principale.

En dix ans de manœuvres politiques, on a obtenu plus que vous en trente ans de guerre.

Dans ce premier roman, Stuart Neville frappe fort. Il nous malmène. Son style est somme toute classique, il passe de la description à l’action et nous offre ainsi un rythme prenant, alternant suspens, explosion de violence, questionnement intérieur. Il nous prend, nous bouscule, dans un roman particulièrement marquant. Où il s’implique aussi, l’écriture a dû en être parfois éprouvante, comme la lecture peut à certains moments en devenir exigeante. Il y a une grande sincérité dans ce roman désabusé, un quelque chose qui marque et qui fait dire que nous sommes devant un roman de grande qualité. Un roman qui m’aura rappelé d’autres lectures, celle d’auteurs m’étant apparus comme intransigeants. M’ayant bousculé. Celle d’auteurs à part, avec une voix bien à eux.

La toile de fond, cette Irlande du Nord en pleine découverte de la paix mais ne pouvant oublier les troubles des décennies précédentes, donne une grande force à l’intrigue. Comme pourrait sûrement en donner d’autres lieux de conflits, malheureusement. Stuart Neville semble à la recherche d’une manière d’exorciser un passé qui risque longtemps de peser dans les mémoires. Un passé qui n’est pas oublié, les plaies étant encore béantes, les innocents sacrifiés étant pléthore, et certains criminels ayant obtenu une impunité particulièrement nauséabonde. La paix a un prix… Quant à celle des âmes…

Une lecture que l’on n’oublie pas.

Après un tel premier roman, on a hâte de lire la suite de l’œuvre dont le nom de l’auteur est déjà à retenir, en croisant les doigts pour ne pas être déçu. Le roman suivant s’intitule Collusion.

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4 réflexions sur “Stuart Neville, Gerry Fegan et ses douze Suiveurs

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