Accueil » Neville Stuart » Stuart Neville, Jack Lennon et Gerry Fegan

Stuart Neville, Jack Lennon et Gerry Fegan

En 2010, un an après le premier roman de Stuart Neville, paraît le deuxième, Collusion. Comme pour Les fantômes de Belfast, il nous parvient deux ans plus tard, traduit par Fabienne Duvigneau, sans changer de titre.

Tout commence sur une route d’Irlande du Nord. On y retrouve trois personnages croisés dans Les fantômes de Belfast, les malfrats de république d’Irlande qu’accompagnait Campbell, le flic infiltré. Malfrats qui finançaient la cause indépendantiste par des vols généralement accompagnés de Collusion (Rivages, 2010)violence. Ces trois compères sont sur une route déserte et commencent à redouter la voiture qui les suit. Jusqu’au moment où ils tombent dans une embuscade et où le traitement qui leur est réservé s’avère plutôt violent… compte-tenu du fait, notamment, qu’il est perpétré par les forces de l’ordre…

A Belfast, pendant ce temps ou juste après, Jack Lennon, quant à lui, est un flic en difficulté. Catholique chez les flics, en Irlande, ça ressemble déjà à une trahison pour les siens, à l’instar d’un autre flic, Sean Duffy, quelques années plus tôt et sous la plume d’un autre écrivain irlandais, Adrian McKinty. Jack Lennon est un personnage que nous avions également croisé dans le précédent opus du romancier, nous ne l’avions pas croisé en chair et en os, si l’on peut dire, mais en creux, décrit par d’autres personnages. Et notamment Mary McKenna, la mère d’Ellen, que Gerry Fegan avait prises sous sa coupe, tentant de leur faire traverser les événements en restant le plus indemnes possible… Jack Lennon est un flic désabusé, tenant surtout, après l’avoir abandonnée, à retrouver sa fille, justement, Ellen. Mais ça n’est pas si simple. Après une surveillance en sous-marin et une intervention efficace, il réintègre l’unité dans laquelle il officiait quelques mois auparavant et des indices d’une affaire qu’on a voulu étouffer remonte jusqu’à lui. Une affaire étouffée, classée, qui n’est autre que celle qui nous était conté dans Les fantômes de Belfast. Une affaire que Lennon veut faire remonter puisqu’elle lui permettrait de savoir où sont passées Mary et Ellen… Ses actions commencent à gêner aux entournures ses supérieurs. Supérieurs qui préféreraient le voir rentrer dans le rang, chose qu’il a toujours eu du mal à faire…

En parallèle nous suivons d’autres personnages. Le Voyageur, un tueur à gage, engagé par Bull O’Kane, celui que nous connaissons, pour faire le ménage en éliminant ceux qui en savent trop sur ce que nous avons lu précédemment. Un tueur à gage qui ressemble étrangement à Gerry Fegan, si ce dernier n’avait pas éprouvé de remords. Nous suivons également Gerry Fegan, justement, exilé à New York et travaillant comme simple ouvrier, sans autre ambition que passer inaperçu, rester sous les radars, mais ça n’est pas si simple quand on s’appelle Fegan et que l’on a une réputation.

La piste sanglante que le Voyageur sème derrière lui intrigue sérieusement Lennon, tandis que ses supérieurs, refusant de relier les nouveaux événements aux anciens, persistent dans leur opinion qu’il ne s’agit que de coïncidences… Les nouvelles victimes, étroitement liées à l’ancienne affaire, ne seraient que celles d’accidents malheureux ou explicables par leurs occupations…

Décidément, la violence n’est pas morte en Irlande du Nord. Et les anciens membres des groupes paramilitaires n’ont pas beaucoup de choix de reconversion, n’ayant appris que la guerre et les trafics, ils ne peuvent que continuer. Sous une forme différente. Mais pour cela, ils doivent se préserver et les collusions sont nombreuses, l’argent ayant remplacé les croyances, ayant remplacé l’appartenance à l’une ou l’autre des religions chrétiennes en lutte. Il y a quelque chose de pourri dans cette province du Royaume-Uni. Les anciennes complicités basées sur la terreur ont toujours droit de cité, le partage des territoires entre les uns et les autres existe toujours. Avec l’assentiment de tous et même les efforts de chacun pour les maintenir en l’état. Auquel s’ajoutent les réticences de certains, peut-être mus par la volonté de maintenir un semblant de stabilité… Juste un vernis.

Avec ce deuxième roman, Neville ne joue plus sur la surprise, celle qui avait été la nôtre pour le premier. Sa force de frappe, l’impact de son intrigue et de son style, particulièrement directs tout en étant teintés de remords, hantés par des fantômes, nous les connaissons. C’est peut-être pourquoi nous suivons les évolutions des personnages en étant moins pris par la noirceur ambiante mais toujours scotchés par cette description d’un pays pas si loin du nôtre et dont nous avons suivi d’un œil lointain, pas toujours concerné, les soubresauts au long des années… Ça n’est pas reluisant et un pays en reconstruction ne peut pas faire table rase du passé. Neville nous l’assène avec une certaine violence, celle qui a toujours été irlandaise, dans un style si particulier, demandant de l’accepter, car nous sommes aussi des acteurs de nos lectures.

Décidément, Neville est un auteur à lire. Le chantre d’une Irlande toujours hantée par ses démons, ceux d’un vingtième siècle de violence et de bombes.

Son troisième roman est paru deux ans plus tard, il s’intitule Ames volées.

Publicités

3 réflexions sur “Stuart Neville, Jack Lennon et Gerry Fegan

  1. Pingback: Stuart Neville, Gerry Fegan et ses douze Suiveurs | Moeurs Noires

  2. Pingback: Stuart Neville, Jack Lennon et la Lituanie | Moeurs Noires

  3. Pingback: Stuart Neville, Albert Ryan et les relents nauséabonds de l’Urgence en république irlandaise | Moeurs Noires

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s