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Craig Johnson, Walt Longmire au sommet des Bighorn Mountains

En 2011, paraît la septième aventure du shérif du comté d’Absaroka, Hell is empty. Elle nous arrive cette année, un peu avant le printemps, saison habituelle des apparitions de Longmire, traduite comme toujours par Sophie Aslanides pour les éditions Gallmeister, sous le titre Tous les démons sont ici. Il ne faudra peut-être plus attendre le printemps pour les prochains opus, de l’autre côté de l’Atlantique leur parution s’est accélérée, avec une par an jusqu’en 2012 puis à raison de deux annuelles ensuite…

Les deux titres, l’original et le français, pourraient sembler sans rapport mais ils sont en fait les deux parties d’une même tirade de La tempête de Shakespeare, citée en début d’ouvrage. L’autre citation en ouverture du livre provient de L’enfer de Dante Alighieri… Décidément.

Nous avions quitté le shérif Longmire après une aventure en demi-teinte, Molosses, une aventure qui m’avait paru plus tiède que les autres bien que se déroulant en plein hiver. Une aventure plus légère, moins enthousiasmante que les précédentes… Il ne restait plus qu’à espérer que ce n’était qu’un léger fléchissement et non l’amorce d’une lente perte de qualité de la série. Comment Longmire et Johnson allaient-ils rebondir ?

Nous sommes en mai, une saison normalement annonciatrice de redoux dans notre hémisphère. Mais le comté fictif d’Absaroka, il ne faut pas l’oublier, Tous les démons sont ici (Gallmeister, 2011)se situe dans le Wyoming, sur les contreforts des Bighorn Mountains. Et le temps n’est pas clément tandis que Longmire et son adjoint basque Saizarbitoria convoient trois prisonniers pour les livrer à d’autres ; ils ont rendez-vous avec le FBI et les deux shérifs des comtés avoisinants. Après un arrêt pour se ravitailler, ils repartent vers leur point de rencontre à bord de leur fourgon cellulaire. Les trois prisonniers sont dangereux, des meurtriers, mais celui que Longmire redoute le plus est Raynaud Shade, un indien, silencieux et difficile à cerner. Un homme qui fait peur et qui a semé la mort sur son chemin. L’endroit où ils doivent rejoindre les autres services de police leur semble incongru mais ils comprennent que le choix n’est pas anodin lorsqu’ils y parviennent. En effet, le FBI a amené là Shade car il a avoué avoir caché un cadavre dans le secteur, un secteur qui peut être soit dans le comté de Longmire, soit dans celui de Joe Iron Cloud ou encore celui de Tommy Wayman. Autre explication, celle de la présence de trois shérifs au point de rendez-vous. Finalement, après une brève recherche, le lieu où a été caché le cadavre se révèle être à la limite des trois comtés mais précisément dans celui de Longmire… Lui qui espérait être rentré le soir même, ayant un dîner où il est sûr que lui sera annoncée la date du mariage de Cady, sa fille… Après quelques discussions, il préfère rester sur place, ou plutôt y revenir, et bien lui prend car les prisonniers se sont fait la belle, laissant derrière eux un carnage. Une poursuite s’amorce…

Une poursuite qui nous ramène plus d’un an en arrière, un an dans la vie de Longmire, c’est-à-dire au premier épisode de la série, Little Bird. Une poursuite en haute montagne et dans laquelle le shérif d’Absaroka se lance avec la ténacité qu’on lui connait. Mais affronter la haute montagne n’est pas qu’une affaire de ténacité, de résistance, d’autant plus quand le blizzard, les tempêtes de neige se succèdent. Le physique et le mental doivent s’épauler mutuellement. Dans sa chasse à l’homme, Longmire va rencontrer quelques soutiens, Omar Rhoades, croisé dans Little Bird, le millionnaire féru de chasse, et Virgil White Buffalo, l’indien crow géant, celui d’Enfants de poussière, réfugié dans les montagnes pour ne plus se frotter aux hommes.

La première fois que j’avais rencontré Virgil, j’avais essayé de lui écraser le larynx, et notre relation avait été verbalement très inégale. A ma grande honte, je dois avouer que je ne l’avais pas cru tellement intelligent – un jugement que j’avais rapidement rectifié quand je découvris que sous le front épais se cachait un esprit raffiné capable de jouer aux échecs à un niveau de grand maître.

Le crow va l’aider, le soutenir et l’accompagner dans une poursuite qui voit se réduire petit à petit ses adversaires, se resserrant autour de Raynaud Shade. Mais que peut-il vouloir faire ? Le chemin qu’il empreinte est un cul-de-sac qui s’achève au sommet de la chaine de montagne, le Cloud Peak… Et Longmire s’accroche même si son jugement lui joue des tours, même si le monde dans lequel il s’aventure est celui qu’il avait affronté plus d’un an plus tôt, peuplé d’esprits et de mirages. Au point que l’on doute de plus en plus de ce qu’il perçoit, de ce qu’il vit, ne sachant si nous sommes dans la réalité ou une vision fantasmée par la raréfaction de l’oxygène et l’étourdissement provoqué par les chutes tempétueuses de neige. Nous sommes bien dans une tempête, pas loin de l’enfer, un enfer proche de celui décrit par Dante, le même Dante qui accompagne Longmire dans son périple sous la forme d’une édition de poche.

Toutes le horreurs décrites dans ce livre sont des horreurs de l’esprit, et elles sont les seules qui peuvent véritablement nous faire du mal.

C’est un roman prenant, captivant, que nous offre Craig Johnson, un livre qui reprend le final de son premier en l’étirant et en l’approfondissant. Nous ne revenons pas en arrière, mais le décor, la nature, sont proches de ceux que Longmire avait affrontés alors. D’autant plus que l’adversaire du shérif est comme lui à ce moment-là, assailli par les esprits. Des esprits qui peuvent s’emparer de la réalité pour pousser les hommes encore plus loin, au-delà de leurs limites. Au-delà du monde tel que nous le connaissons.

C’est un roman qui étouffe parfois, comme la météo que doivent affronter les personnages, et qui semble avoir plus d’impact sur Longmire que sur les indiens qu’il côtoie. Des indiens jouant avec les frontières du mythe et de la réalité… celles avec le Camp des Morts ou le Pays de l’Au-Delà…

Un roman qui nous porte vers les meilleurs de la série, ceux dont même le narrateur se souvient.

Je ne pouvais penser qu’à tout ce que j’avais vécu depuis mon expérience dans ces montagnes il y a plus d’un an. Je pensai à ma quasi-noyade dans le réservoir de Clear Creek, à ma course sur un cheval emprunté sur Forbidden Drive à Philadelphie, au tueur que j’avais poursuivi dans une ville fantôme, et à la fois où j’avais été drogué sur une mesa dans la région de la Powder River.

Un roman au rythme toujours aussi particulier, oscillant entre la contemplation et l’épure. Un roman qui peut rappeler les romans graphiques de Jirô Tanigushi et notamment sa série intitulée Le sommet des Dieux, en raison de leur sujet et de leur manière de le traiter.

Un roman qui nous rappelle pourquoi nous avions d’emblée aimé son auteur et son personnage récurrent, qui nous rappelle que Craig Johnson est décidément un auteur à côté duquel il serait dommage de passer… En espérant que son prochain roman nous parviendra avant un an, un roman qui évoque le vol d’un corbeau.

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9 réflexions sur “Craig Johnson, Walt Longmire au sommet des Bighorn Mountains

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    • Bonjour Pierre,
      On ne peut pas lire tous les livres et tous les auteurs… Craig Johnson est venu il n’y a pas si longtemps prendre sa place parmi les lectures que nous aimons. Il faut maintenant que les gens s’en emparent et ça ne se fait pas en claquant des doigts…
      Il y a tellement d’auteurs qui n’ont pas la place qu’ils méritent. Nous sommes de ceux qui veulent réparer les oublis éventuels… Si je peux le faire pour Craig Johnson, ça sera bien.
      Amitiés.

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  2. magnifique article, je souscris à tout ! Craig Johnson ( je les ai tous lus ) est un de mes auteurs préférés, et quand il sort un livre, c’est un grand bol d’air ( glacé ) . En plus, c’est un homme absolument charmant . Comme vous, je fais en sorte de le faire découvrir.

    Aimé par 1 personne

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