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John Harvey, Charlie Resnick, réminiscences et Noël glaçant

En 1993 est publiée la cinquième enquête de Charlie Resnick, Wasted Years. C’est la dernière à être éditée chez Viking. Elle nous parvient cinq ans plus tard, traduite par Jean-Paul Gratias, sous le titre Les années perdues. Le quatrième opus de la série avait été mouvementé, celui-ci l’est moins, plus centré sur Resnick, il visite son passé au travers d’événements qui lui en rappellent d’autres.

1969, Resnick est un policier en uniforme, de service le samedi, en heure supplémentaire, pour maintenir l’ordre lors des rencontres de Nottingham County à domicile. Une fois le travail accompli, il rejoint Ben Riley au pub, La Chaloupe, pour écluser quelques bières et écouter chanter Ruth James. L’écouter chanter du blues et notamment Les années perdues… En sortant du pub, Les années perdues (Payot & Rivages, 1993)ayant décliné l’invitation de son ami à accompagner l’amie de la fille sur laquelle il a des vues pour la soirée, Resnick bouscule une jeune femme, lui marchant sur les pieds. Elle s’appelle Elaine et, bien qu’elle lui ait tapé dans l’œil, il ne la croisera de nouveau que cinq ans plus tard…

1992, une série de cambriolages de banques et de fourgons blindés s’abat sur la ville, Nottingham, bien sûr. Skelton, le supérieur de Resnick mène la chasse et l’équipe de Resnick est sur la brèche. L’attaque d’une petite agence, une attaque ratée, s’ajoute à la série. Sans être, de toute évidence perpétrée par la même bande que pour les autres. Les malfaiteurs n’étant, entre autre, que deux au lieu de cinq et que des amateurs. Les empreintes de l’un sont retrouvées, le signalement de l’autre est établi. La caissière, qui ne s’est pas laissée impressionnée par les menaces, semble particulièrement motivée pour aider la police, surtout Kevin Naylor. L’attaque a tout de même fait une victime, un homme âgé qui n’a pas voulu laisser faire… De plus, Resnick apprend que John Prior est sur le point d’obtenir sa libération conditionnelle.

1981, une série d’attaques semblables à celles de 1992 sévit à Nottingham. John Prior est soupçonné d’en être l’un des instigateurs. Resnick est parti prenante de l’enquête dirigée par Skelton, inspecteur chef. Il est particulièrement impliqué par l’un de ses partenaires, Rains, enquêteur aux méthodes plutôt contestables… Alors qu’il mène ses propres investigations, Resnick découvre l’infidélité d’Elaine… Dans le même temps, des émeutes éclatent à Londres et tout laisse craindre qu’elles se répandent à travers toutes l’Angleterre…

Les éléments de l’enquête qu’il mène, les événements qui entourent cette enquête, poussent Resnick à se remémorer le passé. Une autre enquête dans laquelle un de ses collègues a eu un comportement plus que douteux et qui a conduit à l’arrestation de John Prior, celui qui s’apprête à sortir de prison. Celui qui était devenu le mari de Ruth James, la chanteuse de blues de La Chaloupe en 1969. L’un des acolytes du hold up raté s’avère être le fils du batteur de la même chanteuse, Rylands.

Pour ce cinquième opus, la focale se ressert sur Resnick. Resnick et ses souvenirs. Même si les autres membres de son équipe ne sont pas oubliés, particulièrement Naylor essayant toujours de renouer avec sa femme, nous naviguons avant tout à la suite de l’inspecteur principal. Nous retournons le long de son histoire avec Elaine, des moments saillants, et nous suivons dans le même temps l’évolution de musiciens qui n’ont pas percé dans les années 60, quand le blues n’avait pas encore été relégué à la marge.

C’est, une nouvelle fois, un roman empreint d’une grande humanité. Les différents personnages sont fouillés, assaillis par le doute et frayant avec, chacun à leur façon. Un aperçu d’une évolution de la ville pas si spectaculaire que ça, puisque les mêmes méfaits peuvent être commis à des années d’intervalle.

L’année suivante, un nouveau roman est publié, Cold Light. C’est le premier à l’être chez William Heinemann. Et c’est de nouveau Jean-Paul Gratias qui s’y colle pour la traduction, cinq ans plus tard, sous le titre de Lumière froide.

Nottingham au moment des fêtes de fin d’année. Outre la routine habituelle, quelques affaires occupent l’équipe de Resnick, l’agression d’un chauffeur de taxi puis celle d’une employée d’un service de logement par un homme jeune, père de famille, vivant dans des conditions plus que précaires, logé dans une maison sans chauffage avec sa femme et ses deux enfants. Resnick arrive dans les locaux du service de logement alors que Gary James, en colère, séquestre Nancy Phelan, pour se faire entendre et peut êtreLumière froide (Payot & Rivages, 1994) obtenir des conditions de vie plus acceptables. Mais Gary est en période de probation et la police s’intéresse à sa vie, notamment Karl, son jeune fils de deux ans, qui présente une contusion au visage pouvant très bien résulter d’une violence paternelle. Soutenu par sa compagne, Michelle, la mère de ses enfants, Gary s’en sort, mais sa violence semble difficile à contenir.

Noël est là et le réveillon du 24 est l’occasion pour les membres de l’équipe de se détendre ensemble, une salle étant réservée pour la police de la ville. L’occasion de voir Naylor filant de nouveau le parfait amour avec sa femme, d’entendre Divine toujours aussi trivial, obsédé et beauf, et d’entrapercevoir la solitude de Lynn Kellogg, dont le père malade est la principale source de préoccupation. Resnick évolue au milieu de ce petit monde, observant son chef, Skelton, visiblement attiré par une collègue, Helen Siddons, alors que sa vie conjugale se délite, tentant de remonter le moral de Kellogg, et croisant Nancy Phelan, participant à un réveillon dans une autre salle… Nancy Phelan qui s’en va et dont la colocataire Dana signale la disparition le lendemain…

L’équipe de Resnick se mobilise pour retrouver la jeune femme, Millington revenant même de congés pour l’occasion. Les anciens petits amis sont interrogés alors que les parents de la disparues arrivent, vindicatifs.

Tandis que l’enquête se déroule, les personnages défilent, et les histoires s’imbriquent, progressant parallèlement. Nous suivons la famille de Gary James tout en assistant aux différents rebondissements des investigations sur le kidnapping de Nancy Phelan. Les petits amis, la famille, tout y passe mais l’évidence apparaît bientôt, celle d’un psychopathe ayant déjà sévi…

Comme pour le précédent roman, la focale se resserre sur Resnick, tout surpris de vivre une nuit plutôt chaude. Se posant des questions sur la relation qui s’instaure et qu’il ne sait comment envisager. L’autre membre de l’équipe mis en avant est Lynn, désemparée alors que sa mère s’appuie sur elle pour prendre en charge son père, l’assister dans ces moments douloureux. Lynn qui s’inquiète pour la famille de Gary James et qui finit par s’impliquer dans l’enquête sur l’enlèvement de Nancy.

Alors que John Harvey croise les histoires, le doute s’insinue. Le romancier ne cherche pas à nous cacher ce qui pourrait arriver, il nous le montre, provoquant un sentiment d’impuissance devant les événements attendus qui se produisent effectivement… Le lecteur sait ce qui va arriver en ne peut qu’y assister. Et le style précis, fluide de l’auteur nous emmène.

L’équipe, après Off Minor, est de nouveau ébranlée, touchée… La fin joue sur le suspens, comme dans les meilleurs romans populaires à épisodes. La conclusion faisant planer de grosses interrogations sur l’évolution de l’équipe de Resnick.

La suite, il nous la conte l’année suivante dans Preuve vivante.

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