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John Harvey, Charlie Resnick entre romance et violence

L’aventure annuelle de Charlie Resnick en 1996 s’intitule Easy Meat. Jean-Paul Gratias la traduit cinq ans plus tard sous le titre de Proie facile. Après Preuve vivante, le quotidien habituel reprend le dessus à Nottingham.

Norma Snape se remémore la dernière phrase qu’elle a dite à son fils, Nicky, 14 ans, avant qu’il ne parte à l’école ce jour-là. Une école qu’il ne fréquente plus que très occasionnellement et où sa prof d’anglais, Hannah Campbell, est toute surprise de le croiser… Le cours à peine fini et après l’avoir quelque peu perturbé, Nicky disparait avec le portefeuille d’Hannah qui décide de porter Proie facile (Payot & Rivages, 1996)plainte. Dans le même temps, Lynn Kellogg est à la recherche d’un ado, Martin Hodgson, ayant fugué du foyer où il a été placé.

Nicky est le troisième enfant d’une famille monoparentale dont les deux autres rejetons, Shane et Sheena, donnent également du fil à retordre à leur mère. Une famille que Resnick a déjà croisée.

Nicky poursuit sa journée, à la recherche d’argent pour s’acheter une nouvelle paire de chaussures. Après avoir négocié les cartes de crédit de son enseignante et grâce à l’argent volé à sa mère, il peut satisfaire son envie. Il croise ensuite Martin, ils partent en virée… au retour, sur le chemin vers sa maison, Nicky est attiré par une maison, toutes lumières éteintes et il s’y introduit. Seulement les propriétaires sont là et la rencontre est violente, barre de fer contre jeunesse. Au matin, Resnick est informé de l’affaire. Elle est rondement menée et Nicky est embarqué rapidement, enfermé dans un centre pour mineur. On l’y retrouve, quelques jours plus tard, pendu…

Nous suivons en parallèle, comme d’habitude, l’enquête et la vie des différents membres de l’équipe de Charlie Resnick… Une équipe qui, après avoir mené l’enquête qui a conduit à l’arrestation de Nicky Snape, doit collaborer à celle sur sa mort puis à la mort d’un policier… Une enquête qui mobilise différents services de la police de Nottingham. Une enquête qui ébranle quelques peu les policiers que nous connaissons, eux qui n’en ont pas forcément besoin.

Lynn Kellogg se débat toujours, aux prises avec les séquelles psychologiques de Lumière froide et les questionnements qu’elles entraînent, notamment sur sa relation avec Resnick… Pendant ce temps, Resnick s’éprend d’Hannah Campbell et apprend de nouveau à vivre une relation suivie, ce qu’il n’avait pas vécu depuis Rachel Chaplin dans Cœurs solitaires, le premier opus de la série. Cette relation semble raviver son intérêt pour la gente féminine, et l’intérêt que celle-ci lui porte, d’Hannah à Lynn en passant par la fille d’un collègue. Une relation qui ravive ses intérêts et ses doutes.

Dans le même temps, les affaires se succèdent, reliées les unes aux autres, des agressions sexuelles sur des hommes…

Dans l’équipe, outre la romance de Resnick et les doutes de Lynn, Naylor et sa femme essaient d’avoir un deuxième enfant et Divine continue à tenir des propos plus que déplacés, les agressions qui semblent homophobes lui en donnant de nouvelles occasions. Deux nouveaux venus collaborent, Khan et Carl Vincent, un indien et un noir, ajoutant richesse et professionnalisme à l’équipe…

Et, comme un fil rouge, la famille de Norma Snape est au centre de l’intrigue, le lien entre les affaires, de Nicky, cambrioleur violent au suicide énigmatique, à Sheena, laissant tomber son boulot pour fréquenter une bande de filles infréquentable, en passant par Shane, l’aîné, pris entre ses paris sur les courses de chevaux et ses amitiés plutôt extrémistes…

C’est un épisode riche, pour les personnages récurrents comme pour ceux qui ne font que passer. Un épisode riche, passant de la délinquance et de la violence, lot quotidien des forces de l’ordre, aux interrogations sur les relations dans les couples. Riche pour nous, lecteurs, nous poussant à vivre tout cela à la fois. Et cette violence qui entraîne la violence. Ces êtres qui auraient besoin d’être protégés et que l’on livre aux prédateurs. Ce mal subit qui pousse à le faire subir à d’autres… et qui, une nouvelle fois, n’épargne pas l’équipe de Resnick.

Malgré la multiplicité des intrigues, ce roman est d’une grande unité, chaque nouveau rebondissement influençant les pensées de chacun.

Harvey est décidément un chroniqueur d’une grande finesse, le chroniqueur d’une Angleterre de la fin du deuxième millénaire si proche de nous. Un romancier particulièrement humain, ne jugeant pas ses personnages et nous offrant avec Charlie Resnick un homme d’une grande profondeur, un personnage marquant du monde du polar…

Le roman suivant paraît un an plus tard, respectant ainsi le rythme de la série, et s’intitule Eau dormante.

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3 réflexions sur “John Harvey, Charlie Resnick entre romance et violence

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