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John Harvey, Charlie Resnick, des femmes et des tableaux qui disparaissent

En 1997, paraît Outre-manche le neuvième opus de la série ayant pour personnage central l’inspecteur principal Charlie Resnick. Il s’intitule Still Water et nous parvient cinq ans plus tard, traduit par Jean-Paul Gratias, sous le titre d’Eau dormante. Respectant le rythme de la série, il est publié un an après Proie facile, épisode qui avait vu l’équipe de Resnick une nouvelle fois ébranlée par la violence qu’elle tente d’enrayer.

L’affaire a commencé un soir où Resnick espérait assister au concert de Milt Jackson. Il était assis dans la salle au moment où le musicien s’apprêtait à jouer ses premières notes quand son bipeur a sonné, retardant de quelques secondes l’entrée en matière du jazzman mais obligeant le policier à renoncer à ce plaisir. Une femme inconnue venait d’être repêchée dans un canal de Nottingham. La victime n’ayant pu être identifiée, l’affaire se vit vite mise en attente…

Quelques mois plus tard, Resnick se souvient de cette affaire alors qu’il partage de plus en plus son existence entre sa maison et celle d’Hannah, l’enseignante rencontrée dans l’opus précédent. Ils partagent de plus en plus de choses, à commencer par les dîners Eau dormante (Payot & Rivages, 1997)avec des amis et nous retrouvons le couple alors qu’il reçoit une collègue d’Hannah et son mari, un dentiste. Les Peterson pourraient être de bonne compagnie si le mari, Alex, n’accaparait pas la parole et n’avait pas besoin de démontrer qu’il maîtrise un grand nombre de sujets d’une manière n’appelant pas la discussion. Il paraît tenter en permanence de dominer son épouse, Jane, dans tous les domaines, acceptant difficilement la contradiction… Mais Resnick reste en retrait, ses préoccupations vont d’avantage vers son équipe dont il sent qu’elle vit une mauvaise passe, mauvaise passe qui pourrait la voir voler en éclat.

Mark Divine est en arrêt depuis l’affaire racontée dans Proie facile. Il est arrêté et fait des siennes, provoquant des esclandres partout où il passe, dans tous les bars où il s’alcoolise, sortant à l’occasion un cutter quand il n’utilise pas les choppes qu’il a sous la main pour agresser les clients. Resnick tente de l’épauler mais ça n’est pas simple. Lynn Kellog, quant à elle, a réussi le concours d’inspecteur et elle veut être mutée… L’équipe est dans une phase difficile et Resnick se demande s’il n’aurait pas mieux fait de postuler pour diriger la nouvelle unité qui se monte, celle qui aura pour attribution les crimes majeurs…

Les interrogations sont légions et pourtant, il faut continuer à assurer ce pour quoi ils sont là.

Alors que le cadavre d’une autre femme est repêché dans une autre agglomération, un personnage fait son retour dans l’univers de John Harvey. Un autre personnage d’origine polonaise mais qui a choisi d’agir de l’autre côté de la loi. Il s’agit de Grabianski, le cambrioleur croisé dans Les étrangers dans la maison. Un cambrioleur érudit dont la spécialité est surtout l’art, le vol d’œuvres d’art. Et justement, deux tableaux d’un impressionniste anglais viennent de disparaître de chez leur propriétaire alors que Grabianski avait récemment été aperçu fouinant dans les parages…

Resnick dirige de front les différentes enquêtes, confiant celle sur les tableaux au nouveau venu de l’équipe, Carl Vincent, et collaborant pour l’occasion avec Scotland Yard. Il collabore également avec la toute nouvelle équipe chargée des crimes majeurs sur la première affaire confiée à celle-ci. Cette première affaire est la série de meurtres de femmes retrouvées dans des canaux ou des rivières, Resnick est concernée plus particulièrement par le dernier d’entre eux, celui de Jane Peterson, retrouvée morte une semaine après avoir disparu du domicile conjugal… Pour l’occasion, Resnick collabore avec Helen Siddons, croisée dans Lumière froide, l’inspectrice en charge de la toute nouvelle unité, et se voit attribué comme collaborateurs de cette unité deux familiers, Lynn Kellog, fraîchement mutée, et Anil Kahn, croisé dans Proie facile.

Les deux affaires alternent, celle concernant Jane Peterson et celle concernant le vol de tableaux et un trafic beaucoup plus lucratif d’œuvres d’art que Scotland veut démanteler. Les deux affaires alternent tandis que Resnick vit entre sa maison et celle d’Hannah…

Pour la première fois de manière aussi évidente, de mon point de vue, le roman est centré sur la victime, Jane Peterson. Une femme que l’on apprend à connaître et dont les zones d’ombre sont difficiles à éclaircir mais Resnick s’y emploie, plongé plus que jamais dans l’investigation. La vie des membres de l’équipe n’est pas détaillée, à peine effleurée. Laissée en plan. Lynn s’entend toujours aussi bien avec Sharon Garnett, l’inspectrice adjointe croisée régulièrement depuis Lumière froide. Resnick laisse avancer sa relation avec Hannah. C’est tout ce que nous apprenons des uns et des autres… Au fur et à mesure que l’on perçoit mieux Jane, les interrogations se multiplient et notamment celle sur cette femme restée avec un homme qui ne semblait pas lui convenir, qui la maltraitait, une enseignante restée avec un homme qui la rabaissait, comme un écho à un autre roman, postérieur à celui-ci, français, celui d’Eric Reinhardt, L’amour et les forêts, lui-même lointain écho d’une certaine Madame Bovary… Au fur et à mesure que l’on perçoit mieux Jane et son entourage, les suspicions se précisent et permettent à cette intrigue singulière de gagner en suspens, la conclusion restant indécises jusqu’aux toutes dernières pages…

C’est un roman singulier qui, pour un temps, a laissé l’équipe de Resnick presque en surplace, en retrait… Laissant de côté ce qui fait le sel de la série, ce qui en fait le moteur et son originalité, mais conservant malgré tout de l’attrait… Comme si John Harvey cherchait ailleurs, comme si ses personnages récurrents n’étaient plus son centre d’intérêt et, il est vrai, qu’il fouille particulièrement les personnages apparaissant dans ce roman et dans ce roman seulement, il maîtrise leur description qui nous les rend proches, familiers, en quelques lignes. C’est une évolution importante dans sa narration, dans la construction de son intrigue, donnant l’impression qu’il tente de s’échapper de la série, de s’en démarquer…

L’année suivante paraît malgré tout le dixième volume des enquêtes de Resnick et son équipe, Derniers sacrements.

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3 réflexions sur “John Harvey, Charlie Resnick, des femmes et des tableaux qui disparaissent

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