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James Salter, Philip Bowman, les livres, les femmes

En 2013 paraît l’ultime roman de James Salter chez Knopf, il s’intitule All that is. Trente-quatre ans se sont écoulés depuis le précédent, L’homme des hautes solitudes, seize depuis ses mémoires, Une vie à brûler. Il est traduit l’année suivante par Marc Amfreville pour les éditions de l’Olivier sous le titre de Et rien d’autre. C’est son dernier roman mais il reste alors à traduire en France son tout premier, Pour la gloire, ce sera fait en 2015.

Un bateau vogue vers Okinawa avec à son bord des centaines d’hommes. Parmi eux, sur le pont, faisant le guet, Bowman. Kimmel le rejoint bientôt, un séducteur, qui finit par se jeter à l’eau lors d’une attaque d’avions japonais. Le bateau est en route pour Okinawa pour vaincre les japonais et Et rien d'autre (L'Olivier, 2013)donner un épilogue à la guerre. Après la victoire, Bowman rentre chez lui, dans le restaurant de son oncle et sa tante, on le fête en héro. Sa mère s’interroge sur l’avenir de son fils.

Il décide de reprendre les études et envisage de devenir journaliste. Malheureusement, sa première tentative s’avère infructueuse et il se tourne finalement vers l’édition, il est embauché par Baum, éditeur exigeant. Maintenant qu’il est établit, qu’il peut s’assumer, Bowman veut se lancer dans l’aventure suivante, celle qui lui tend les bras, les relations avec les femmes. Il en rencontre une, Vivian Amussen, belle et séduisante, fille d’une famille aisée du sud, qu’il épouse…

Je n’ai raconté là que le factuel mais ce n’est pas ce que fait Salter. Il s’attache à décrire des épisodes du parcours de Bowman, pas les plus marquants mais ceux qui se gravent dans sa mémoire. Pas ceux qui pourraient résumer sa vie mais ceux qui le construise.

Il découvre, en même temps que la vie à deux, tout un environnement qu’il ne connaissait pas. Celui des riches propriétaires du sud, vivant dans des maisons de maîtres et aimant boire et monter à cheval. Pourtant, alors que sa carrière s’affirme, sa femme le quitte… Il se consacre alors à sa relation avec Enid, une femme mariée devenue sa maîtresse lors d’un séjour à Londres.

Bowman aime les femmes et ce qui se déroule sous nos yeux, ce qui va constituer sa mémoire, ses souvenirs, tourne principalement autour d’elles. Et au fur et à mesure que nous avançons, les souvenirs se construisent.

Salter construit, quant à lui, son histoire par digressions et ellipses. Lorsque nous croisons un personnage sur lequel il s’attarde, nous découvrons sa vie, son parcours, et certaines de ses histoires. Nous avançons et quand nous nous trouvons à une certaine étape de la vie de Bowman, d’autres épisodes reviennent à la surface. Episodes qui ne nous avaient pas été racontés jusque là. Le temps est malléable, plusieurs années passant comme un souffle, quelques minutes prenant des allures d’éternité.

Dans les accouplements, nous retrouvons la crudité des scènes de sexe d’Un sport et un passe-temps. Une crudité qui s’attarde sur les détails et magnifie ces passages. Il y a également un peu d’Un bonheur parfait dans les relations qui durent, les maisons qui sont achetées ou louées dans la campagne proche de New York. Une recherche constante de l’endroit idéal, comme des moments de bonheur, qui se renouvelle sans cesse, les uns et les autres s’enfuyant, s’échappant sans que rien ne puisse y changer.

Les livres et les écrivains sont des repères dans ce roman, des repères auxquels s’accrocher, et les femmes sont d’une incroyable beauté, séduisantes, charnelles. Et prêtes à se laisser séduire, un étonnement sans cesse renouvelé.

C’est un grand roman que j’ai aimé, qui happe à chaque fois qu’on en reprend la lecture. Jamais l’auteur ne nous perd et sa prose, précise, finement ciselée, nous entraîne sans qu’on puisse y résister… mais quel serait l’intérêt d’y résister ?

Salter signe un grand roman où l’amour se transforme parfois en colère, où les uns et les autres ont parfois des comportements loin de l’exemplarité. Un roman qui semble avoir saisi ce qui peut parfois définir l’humain. Avec cette incertitude qui l’accompagne sans cesse.

Un très grand roman, à l’aune de l’œuvre de cet écrivain rare que fut James Salter. De ce grand écrivain.

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4 réflexions sur “James Salter, Philip Bowman, les livres, les femmes

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