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John King, Tom Johnson, bastons et Chelsea

En 1996, paraît en Angleterre le premier roman de John King chez Jonathan Cape, The Football Factory. De ce côté-ci de la Manche, il est traduit par Alain Defossé et publié par Alpha Blue en 1998 sous un titre quasiment similaire, Football Factory. Il sera repris plus tard par les éditions de l’Olivier. C’est un roman fort que nous offre d’entrée l’auteur, un roman social et violent, le roman d’une société vue au travers d’un filtre particulièrement sombre.

Tom est supporter du Chelsea Football Club, un supporter dont la passion va au-delà du jeu, un supporter pour qui les samedis après-midi, jours de match, sont l’occasion de se défouler, d’affronter les supporters de l’équipe adverse à coups de poing et de pied et de tout ce qui peut tomber sous la main dans ces moments-là. Un supporter aux fins de semaine violentes mais qui mène une vie normale le reste du temps, manutentionnaire dans une Football Factory (l'Olivier, 1996)entreprise de transport. Ecœuré par le comportement des nantis et du pouvoir, Tom nous raconte principalement ces journées de défoulement et ses pensées, cette envie d’en découdre avec des inconnus qui n’ont pour défaut connu de lui que celui d’encourager une autre équipe. Il affronte les paradoxes que peuvent susciter son comportement. Comportement qu’il partage avec Rob et Mark depuis des années, deux amis d’enfance. Il affronte les paradoxes et juge sans concession ceux qui l’accompagnent dans ses virées vengeresses. Toutes ces injustices dont il est témoin. Le rituel est pratiquement toujours le même, quelques bières ingurgitées pour se donner de l’allant, la recherche d’un endroit stratégique pour attendre ou surprendre les adversaires, pour éviter la police qui veille…

Le foot, ce n’est qu’un point de rencontre, une manière de canaliser les trucs. Si le foot n’existait pas, on trouverait autre chose. Et sans doute quelque chose d’encore plus con, d’ailleurs. Il faut bien que l’agressivité passe quelque part, et le gouvernement, qui connaît ça par cœur, voudrait qu’on s’engage, qu’on obéisse, qu’on aille en son nom casser de l’Arabe ou de l’Irlandais, selon la promotion du mois.

Les confidences et aventures de Tom, à la première personne, alternent avec les histoires de gens comme lui, des prolétaires qui vivent des vies simples et qui s’en contentent ou n’ont pas la même façon de la vivre, pas les mêmes exutoires, quand ils en ont. On croise ainsi un supporter qui a pu voir du pays et élargir son point de vue, l’employée d’un lavomatic, un vieil homme, veuf, et voyant un autre homme de son âge rendre l’âme… Des histoires pleines d’humanité, riches des cogitations des uns et des autres, des réflexions intérieures.

Mais le point central, c’est bien Tom, Tom et la bande de supporters dans laquelle il sévit, une bande de supporters bien organisée, qui réfléchit toujours à la meilleure manière de déjouer la vigilance des forces de l’ordre dont les moyens ont évolués, avec notamment les caméras installées dans et aux abords des stades, des caméras qui poussent les hooligans à bien se tenir dans ces endroits-là, à faire profil bas pour ne pas être fiché, repéré, voire interdit de stade… faire profil bas pour pouvoir continuer à se castagner avec ceux d’en face. Se castagner violemment. En ayant parfaitement conscience des conséquences. Et en les assumant.

Les faibles ne tiennent pas longtemps, dans ce pays. Il n’y a pas de pitié pour ceux qui ne savent pas s’en sortir. C’est simple, c’est primitif. En fait, on est dans la société de l’âge de pierre, où c’est celui qui a le plus gros caillou qui gagne.

John King nous raconte tout cela dans un style simple et efficace. Il nous propose le portrait d’un homme qui n’est pas celui que l’on pourrait croire, loin des clichés habituels. Un homme et son mode de vie, un jeune homme qui ne se reconnaît plus complètement dans son pays, loin d’être aussi intolérant qu’on pourrait le croire, un jeune qui recherche les sensations fortes… En alternant les points de vue, en alternant les personnes, passant du “je” au “tu” puis au “il”, le romancier enrichit son propos, nous fait toucher du doigt la réalité d’une Angleterre pas bien reluisante… Les relations ne sont pas simples, entre catégories sociales, entre femmes et hommes, une sexualité brute, sans sentiment, nous est décrite. Quelques aérations existent mais elles sont bien rares et Tom s’assume finalement comme con, sans espoir de sortir de cette vie qu’il mène…

C’est un roman fort, déstabilisant, et en même temps captivant…

L’année suivante, l’écrivain publie son deuxième roman, poursuivant son exploration d’une génération londonienne, proche du Chelsea Football Club mais un peu plus âgée, passant à autre chose. Ce deuxième volet de ce qui constituera une trilogie s’intitule La meute.

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4 réflexions sur “John King, Tom Johnson, bastons et Chelsea

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