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John King et les cinq de la division Q

En 1997, un an après son premier roman, John King publie le deuxième, Headhunters. Il est traduit trois ans plus tard par Alain Defossé, comme pour le premier, sous le titre de La meute. Ce sont cette fois les éditions de l’Olivier qui s’en chargent après Jonathan Cape à Londres.

Cinq hommes, tout juste la trentaine, se retrouvent à l’Unity, leur pub, en ce premier janvier. Cette rencontre est la première depuis qu’ils ont créé, la veille au soir, la division Q (Sex Division en VO). Une division qui ne regarde qu’eux et qui pourrait être leur manière de prolonger leur passion pour le foot. Sauf que la compétition dans laquelle se lancent les cinq amis de longue date a à voir avec un autre sport. En chambre ou ailleurs. Un sport La meute (l'Olivier, 1997)pour lequel il s’agit de compter des points obtenus lors de leurs parties de jambes en l’air.

Terry, dit Carter, transporteur et livreur de meubles, est l’instigateur de cette compétition. Tenant du football total que les Pays-Bas pratiquent, il est aussi surnommé la “bête de sexe”, d’où son autre surnom, Carter, référence à un groupe punk. Carter veut entraîner ses amis à sa suite ou voir reconnu son activité principale en lui donnant un autre attrait, celui de ce qu’ils ont toujours aimé, le football et plus particulièrement Chelsea, club déjà supporté par les personnages de Football Factory qui font d’ailleurs parti des connaissances et fréquentations du groupe. Chelsea et son néerlandais du moment, Ruud Gullit, joueur-entraîneur adepte de ce fameux football total que Carter veux transférer vers la division Q.

Will, deuxième membre du groupe, est à son compte, il a une boutique d’antiquités et d’objets d’occasion. Passionné de musique, il possède une collection de vinyles et aime fouiner chez les disquaires. C’est là qu’il croise Karen, une ancienne camarade de sa sœur, avec laquelle il va avoir une relation qui le mettra hors course pour la compétition de la division Q qu’il ne prisait de toute façon pas particulièrement. Ses pensées, pacifistes, prônant la tolérance, oscillent entre Karen et la musique, cette musique à laquelle il a été initié par Peter, le grand frère mystérieusement disparu de Mango.

Mango, justement, autre membre du groupe, est un cas particulier de cette bande issu d’un milieu prolétaire. Il travaille à la City et a un train de vie bien supérieur à celui de ses copains, jaguar et appartement luxueux, mais il reste attaché à ceux-ci et à son quartier, y revenant régulièrement… Il est aussi hanté, assailli, de pensées sexuelles et violentes, comme perverti par son métier, en faisant parfois un cousin du Patrick Bateman de Bret Easton Ellis. Sa participation à la division Q se fait de manière plutôt particulière puisqu’il n’en respecte pas fondamentalement les règles en faisant appel à des prostituées. La disparition de son frère continue également de le hanter, il l’avait longtemps attendu ce jour-là dans le square, sur une balançoire sur laquelle il revient encore s’asseoir à chaque anniversaire.

Les deux derniers de la bande, Harry et Balti, partagent le même appartement. Ils ont également des métiers proches, dans le bâtiment, maçon et peintre. Balti perd rapidement son boulot après une altercation avec son chef d’équipe, altercation qui constitue l’un des fils rouges du roman, appelant des représailles qui en appellent elles-mêmes d’autres… Balti erre dans le quartier, pris par ses pensées et son rêve de gagner le gros lot au loto. Harry, quant à lui, est le rêveur de la bande. Le rêveur au sens propre puisqu’il vit ses rêves pleinement, réussissant parfois même à les orienter, à les reprendre là où ils s’étaient achevés à son réveil. Ses rêves sont l’un des piliers de son existence, l’amenant à y réfléchir, à tenter de les comprendre… Les rêves et la bière.

Car toute cette bande se retrouve régulièrement pour écluser des bières à l’Unity, bar tenu notamment par Denise et Eileen. Denise, la copine de Slaughter, le dangereux du quartier, et l’objet de bien des fantasmes…

John King nous emmène à la suite des uns et des autres. Alternant les points de vue des cinq protagonistes, leurs vies, les imbriquant tout en les laissant évoluer en parallèle, chacune à leur manière, chacune à leur rythme. Carter satisfaisant sa libido tout en se donnant pleinement à la compétition, Will redécouvrant la vie à deux après une expérience douloureuse, Mango évoluant entre son quartier et sa vie de yuppie, entre une libido plus violente et qui l’effraie et certain fantôme, Balti se questionnant sur son oisiveté, son statut d’assisté et tout ceux qui vivent comme lui et Harry entre deux rêves, ponctuant, illustrant ou annonçant la vie de la bande.

C’est un roman riche, sans rebondissements spectaculaires, beaucoup moins violent que le premier, Football Factory, mais dont la violence n’est pas absente, restant un des derniers moyens d’expression d’une tranche de la population.

… au moment crucial, c’était tes points et tes pieds qui comptaient. Et une bonne barre de fer. Parce qu’en fait, personne ne t’écoutait tant que tu n’employais pas la violence. Ils parlaient suffrage universel et grandeur de la démocratie, te mettaient entre les mains des bouts de papier de différentes couleurs tous les cinq ans environ, qui te donnaient l’occasion de voter pour un quelconque branleur d’Oxford ou de Cambridge, conservateur ou travailliste, pas grande différence, ils étaient tous pareils, mais l’ennui, c’est qu’il n’écoutait jamais personne en dehors de leurs semblables.

Un roman qui chronique une Angleterre de la fin du vingtième siècle, celle de ceux qui n’ont pas le pouvoir et qui subissent les aléas d’une société pas toujours rose. Un roman autour d’une bande de tout juste trentenaires qui sortent à peine de l’adolescence et en subissent encore les relents. Les problèmes des uns et des autres se résolvent, d’autres apparaissent. Rien ne s’arrête jamais vraiment mais on est poussé vers une vie plus rangée, faite de boulot, de retour à la famille ou d’acceptation, parfois désabusée, de ce qu’on est…

Un roman qui vaut le détour, un roman comme les anglais savent nous en servir parfois.

Deux ans plus tard, John King clôt sa trilogie avec Aux couleurs de l’Angleterre.

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7 réflexions sur “John King et les cinq de la division Q

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