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Tim Dorsey le long d’une route meurtrière

En 1999 paraît le premier roman de Tim Dorsey chez William Morrow, Florida Roadkill. Il traverse l’Atlantique en à peine un an et se voit traduit, sous le même titre, par Laetitia Devaux pour les éditions Payot & Rivages. C’est une histoire particulièrement rythmée, allumée et qui dézingue… et pour cause, nous sommes en Floride, une Floride qui en avait déjà subit pas mal au plan littéraire mais qui n’a pas encore épuisé l’imaginaire des écrivains. Et on peut dire que Dorsey va lui en faire subir.

Octobre 1997, les World Series viennent de s’achever sur la victoire inattendue des Marlins de Floride à Miami. Le prologue nous promène aux abords de l’US 1, la route qui dessert le stade où a eu lieu l’improbable exploit et s’arrête sur une galerie de personnages et d’événements plutôt marquants… florida-roadkill-payot-rivages-1999un premier aperçu de la Floride selon Dorsey. Un cadavre est découvert dans un motel, l’Orbit Motel, exécuté grâce à une installation assez élaborée. Des clients se succèdent dans une station service et son magasin, clients que nous allons retrouver, pour certains, à quelques kilomètres de là, dans un embouteillage. L’un d’entre eux n’ira pas aussi loin, exécuté par des latinos après avoir tenu des propos racistes à l’encontre de l’employé du magasin. Exécuté de manière particulièrement sauvage, frappé, battu, puis embroché à l’aide d’un appareil à hot dog. Un peu plus loin, deux des clients aperçus à la station service, David Klein et Sean Breen, arrêtent leur Chrysler blanche sur le bas-côté pour porter secours à une tortue essayant de traverser la route particulièrement fréquentée… une autre voiture, une corvette jaune canari, conduite par Coleman, écrase alors sciemment l’animal, Serge, le passager, insulte son compagnon et prend le volant… quelques kilomètres encore et une fusillade éclate entre deux voitures en travers de la route… La Floride dans toute sa splendeur, sa violence…

Si tu veux juger de l’état d’une civilisation, va jeter un coup d’œil dans ses épiceries et ses aéroports.

L’histoire démarre onze mois avant les World Series, onze mois avant la succession d’agressions et de violence à laquelle nous venons d’être soumis dans le prologue. Sharon Rhodes séduit Wilbur Putzenfus de manière particulièrement entreprenante, sur la plage. Le mariage qui s’ensuit est très court, Sharon devenant très vite veuve… Le jour de la mort du pauvre Putzenfus, une femme, autrement plus importante, Celeste Hamptons, fraîchement mariée également, trouve la mort de manière presque aussi stupide… Le jeune veuf et la jeune veuve se rejoignent, lestés d’un héritage intéressant qu’ils s’empressent de dilapider… Le ton est donné, le rythme effréné. Mais la véritable histoire n’est pas là, pas tout à fait…

A la suite d’une arnaque à l’assurance, Serge A. Storms, Seymour “Coleman” Bunsen, qui se sont associés à Sharon Rhodes, se lancent à la poursuite de Richard Veale et de cinq millions de dollars. Ils sont bientôt poursuivis eux-mêmes par ce qui pourrait s’apparenter à un cortège ou une procession tellement le nombre et la variété de ceux qui le composent est impressionnant. Mo Grenadine, un sénateur, détective privé et animateur radio, raciste et homophobe ; Charles Saffron, assureur et blanchisseur pour un obscur cartel costa gordien ; trois membres de ce cartel circulant en limousine ; Susan Tchoupitoulas, une flic en mal de reconnaissance… A cette galerie s’ajoutent David et Sean, les deux copains dans leur virée annuelle pour pêcher et qui s’achève toujours sans poisson ; Max Minimum, un agent immobilier arnaqueur ; trois bikers sans moto…

Un régal. Puisqu’à cette galerie et à l’intrigue principale s’ajoute un nombre important d’histoires annexes, parallèles.

Petit à petit, le trio formé par Serge, Coleman et Sharon prend le dessus et impose son rythme, semant les cadavres sur son périple allant de Miami à l’extrémité des Keys. Un périple motivé par la fuite, un lancement à Cap Canaveral et les World Series mais aussi par la passion de Serge pour l’histoire de l’état ou encore par la consommation effrénée de drogues diverses et variées par ses deux compagnons ou enfin, pour Serge, par la non prise du traitement qui lui ai prescris.

Des abris de surveillance multicolores en forme de soucoupes volantes ponctuaient la côte. L’Atlantique bleu nuit était un peu agité, mais le ciel restait limpide et chaud. C’était un monde où le sexe, les programmes de désintoxication en douze étapes et la chirurgie superflue étaient sureprésentés.

Le contrepoint est principalement apporté par le duo composé de David, le publicitaire, et Sean, le substitut du procureur. Ils contemplent et visitent d’une manière plus paisible les Keys… Contemplent et se remémorent leurs frasques passées, bien plus sages que tout les événements qu’ils côtoient où croisent…

Le style de Dorsey pour nous conter tout ça est classique, empreint d’ironie et d’une bonne dose de sarcasmes. C’est souvent méchant mais jouissif. Fait de maximes à l’emporte pièce et ressemblant à une déclaration d’amour particulièrement corrosive.

Tout évoluait à toute vitesse ! Silos de missiles à Cuba. Ecopes sur la plage. Alligators presque en voie de disparition, et puis non, finalement. Les juntes ont pignon sur rue à Boca Raton. Richard Nixon et Bebe Rebozo se baignent à poil au large de Key Biscayne. On expie les atrocités commises contre les indiens en jouant au loto. Fœtus de requins dans des bocaux de formol, fermes de geckos le long des routes, touristes qui tournent autour des stands de gaufres comme des nuées d’oiseaux sans ailes. Et avant qu’on s’en rende compte, la Nouvelle Floride est là, sous-organisée, sur-construite, mûre pour un ouragan meurtrier qui enverra rouler le dôme géodésique d’Epcot sur l’autoroute comme une balle de golf, un bois numéro un par Buckmintser Fuller.

Pas sûr qu’il s’agisse d’une publicité efficace pour la Floride, si c’en est une, mais il s’agit en tout cas d’un bouquin très recommandable.

Les dernières lignes nous font comprendre que l’histoire n’en finit pas là, la suite au prochain numéro, Hammerhead Ranch Motel, pour une suite échevelée… Pour connaître un peu mieux les origines de Serge A. Storms et approfondir ce premier opus, il faudra attendre Triggerfish Twist.

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4 réflexions sur “Tim Dorsey le long d’une route meurtrière

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