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Tim Dorsey, Serge retrouve Coleman au No Name Pub

En 2005, paraît la septième aventure annuelle de Serge A. Storms, Torpedo Juice. Elle met dix ans pour traverser l’Atlantique. Dix ans ! C’est long ! Rien à voir avec ce que pourrait faire les meilleurs skippers ou ce que faisait feu le Concorde… Mais enfin, il nous arrive malgré tout dix ans plus tard, traduit comme c’est désormais l’habitude par Jean Pêcheux, sous le même titre. Celui d’un cocktail prisé par quelques personnages.

Le prologue démarre sur un non démarrage. Je m’explique, étant donnée la météo, l’histoire est retardée. C’est ce que nous dit la voix off. Elle tue le temps en nous racontant cela et en nous révélant l’information principale de ce nouvel opus, le retour de Coleman. Il avait voulu tenter sa chance à Hollywood, c’est pourquoi il avait disparu de la série, mais à la suite de son échec, il est de retour… et la réapparition de son personnage se fait avec torpedo-juice-payot-rivages-2005une explication comme d’habitude particulièrement tirée par les cheveux. Le narrateur omniscient cherchant toujours à tuer l’ennui finit par accepter ce que lui propose justement Coleman, des pillules… mauvaise idée ! Une voix off remplaçante prend donc le relais. Et l’histoire commence alors qu’un cadavre a été découvert crucifié tête en bas sur la tour aux chauves-souris.

Alors que l’US 1 est bloquée par les embouteillages, comme à l’habitude, deux flics, Gus et Walter voient les problèmes s’additionner. Les dépêches se succèdent, leur apprenant l’arrivée de personnages potentiellement dangereux. Des personnages avant tout définis par leur véhicule, en l’occurrence, une Plymouth Duster marron et une Trans Am vert métallisée. Des automobiles qui viennent s’ajouter à celle dont nous avait parlé la voix off historique avant de disjoncter, une Mercedes blanche aux vitres teintées. Sans oublier la Buick Riviera dorée modèle 71 dans laquelle prend place Coleman pour fuir le motel dans lequel il logé et dont il ne pouvait payer la note. La même Buick Riviera qui, quelques kilomètres plus loin, dépasse le Greyhound dans lequel Serge est monté avec guitare et bagage, réussissant rapidement à porter sur les nerfs de tous les passagers. C’est que Serge a décidé de percer dans la chanson, de devenir le nouveau Jimmy Buffett…

Tout ce petit monde se dirige vers les Keys. Essaie d’avancer dans le gigantesque embouteillage, sous l’œil de trois habitués du No Name Pub, Sop Choppy, Bob le comptable et Bob sans chemise.

Pour être complet dans la distribution proposée, il faut ajouter Gaskin Fussels, avocat, un parrain de la drogue ayant adopté un surnom original, Brenda et Molly, deux bibliothécaires, et des daims miniatures, emblématiques du coin…

Tim Dorsey, comme pour le précédent opus de la série, Cadillac Beach, situe l’action de ce nouvel épisode dans un endroit unique de Floride. Après Miami, ce sont les Keys. Contrairement à ce que peut laisser penser l’ouverture du roman, il n’y aura pas de voyage, pas de périple. L’unité de lieu parfaitement respectée.

… la beauté naturelle à l’état pur, la liberté sans limites et les autochtones un peu zarbis. […] … ici, personne n’est ce qu’il paraît être. Quand les gens des autres régions du pays veulent se réinventer, ils viennent en Floride. Et quand les gens de Floride veulent se réinventer, ils vont dans les Keys.”

Serge persévère dans son désir d’intégration, après avoir essayé d’accéder au monde du travail et de la libre entreprise, il a cette fois-ci décidé de se confronter à une autre grande valeur cardinale de notre société, le mariage. Pour se marier, il faut une fiancée et Serge s’attelle à la trouver, sans chercher la facilité ou la simplicité, refusant, par exemple, de se tourner vers celle qui se pâme devant lui. Il va, bien sûr, avoir d’autres soucis à gérer dans le même temps, des adeptes, Coleman, une étrange voiture qui le suit…

Tout cela, on s’en doute constitue un cocktail détonant. Et qui va détoner !

Entre un parrain qui n’en est pas vraiment un, un mariage dont les exigences sont surprenantes pour Serge, une quasi-secte qui fait de plus en plus d’adeptes…

Le monde devient décidément trop stressant. Les deux parents qui travaillent, le fric investi qui disparaît en fumée, la course aux activités extrascolaires, les week-ends passés à ne pas pouvoir finir des travaux d’aménagement qui semblaient tout simples sur la chaîne Ma Maison. On ne s’attendait pas à ce que ça ressemble à ça l’âge adulte. « Bordel de merde ! C’est toujours plus de responsabilités ! Peut-être que si je travaille un peu plus dur, ça deviendra plus facile… Eh non, c’est encore plus dur, et… Oh ! putain ! Je fais un infarctus ! »

C’est un épisode surprenant. Un épisode qui se centre, en ce qui concerne Serge, sur la recherche de l’âme sœur. Pas d’arrêts intempestifs pour des photos, pas de circuit pour revisiter l’histoire de la Floride. En parallèle, les intrigues satellites prennent également leur temps, notamment celle du trafic de drogue et de ses implications. Puis les choses s’accélèrent avec le mariage, un superbe mariage, particulièrement original, et une lune de miel à couper le souffle. La série reprend alors son cours, renouant entre autres avec ces morceaux d’histoire, populaire ou officielle. Nous aurons quand même eu le droit pour patienter à quelques épisodes savoureux, les conversations entre les deux flics et la vie de Gus que tout le monde semble connaître, l’élimination d’un cadavre particulièrement bien vue… et, en fil rouge, les démêlées de Fussels avec les autochtones et l’arrivée dans le coin d’un homme d’affaire véreux, promoteur immobilier poursuivi pour détournement mais s’en étant sorti en utilisant des comptes off-shore, un avatar de Madoff ou d’un autre, au prénom peut-être pas si innocent de Donald.

Un roman qui se clôt sur une notice typographique, comme pour deux des précédents, dans leur version française du moins. Une notice, bien entendu, détournée, décalée, humoristique. Une des marques de fabrique de Tim Dorsey. Après Orange Crush et la Leubenhoek Gothic, Cadillac Beach et la Sardonic Bold, elle nous précise que, cette fois, c’est la Kartonia Linotype qui été utilisée pour composer ce livre.

Toujours au même rythme, le huitième épisode paraît l’année suivante aux Etats-Unis et s’intitule The big bamboo. Un rythme peut-être un peu trop soutenu puisque nous l’attendons toujours par ici…

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Une réflexion sur “Tim Dorsey, Serge retrouve Coleman au No Name Pub

  1. Pingback: Tim Dorsey, Serge et Lenny écument Miami | Moeurs Noires

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