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John Le Carré, George Smiley et Jerry Westerby

En 1977, Le Carré ouvre le deuxième volet de sa trilogie tournée vers l’affrontement de Smiley et Karla, The Honourable Schoolboy. Il paraît la même année chez nous, traduit comme d’habitude par Jean Rosenthal, sous le titre Comme un collégien.

Le dossier Dauphin, même s’il aurait pu commencer à une autre date, celle de la naissance de la taupe du roman précédent, de l’annexion de Hong Kong par l’Angleterre, débute un samedi du milieu de l’année 1974 au Club des Correspondants Etrangers de la colonie britannique. Alors qu’un typhon se déchaîne, les journalistes présents tentent de tromper l’ennuie jusqu’à ce que l’un d’entre eux, Luke, un jeune Californien, ne lâche une information qui les passionne tous soudainement. Maison Haute est de nouveau libre à la location. La Maison Haute désertée par ses occupants, cela signifie le départ précipité du service d’espionnage britannique, le Cirque. Une nouvelle tellement étonnante qu’un petit groupe de reporters décide de braver la tempête pour aller constater de visu et confirmer l’événement inattendu. Les articles rédigés par les différents correspondants à ce sujet ne vont pas jusqu’à la publication, peut-être étouffés, en dehors de celui de Craw, l’Australien.

Jerry Westerby, installé dans un coin reculé d’Italie, est destinataire d’un message. Il abandonne tout, la petite maison qu’il avait adoptée, la femme surnommée l’Orpheline avec laquelle il vivait, pour rentrer à Londres.

Pendant ce temps à Londres, justement, le Cirque est en plein chambardement. Après la découverte par Smiley de la taupe qui sévissait au sein du service, il s’en est vu confier la direction provisoire. Et ses premières décisions sont de tout remettre à plat. Il s’entoure d’une garde restreinte, ceux en qui il a véritablement confiance, une poignée, et campe dans les locaux presqu’en ruine après le passage des spécialistes de l’écoute et du contre-espionnage. A la suite de ces remaniements, les activités du Cirque ne peuvent être que restreintes, Smiley s’attellent à la recherche d’affaires étouffées par la taupe et qui pourraient le remettre sur la piste de Karla et de son réseau. Un bon moyen pour redonner de l’élan au service. Connie, la spécialiste de la documentation, en déniche une ayant pris place en Asie, au Laos plus précisément, à Vientiane, sa capitale. Celui qui a mené l’enquête sur place, Sam Collins, et dont le rapport s’est vu étouffé puis enterré à son arrivée à Londres est convoqué et interrogé. On découvre qu’il s’agissait d’une filière de financement russe en dehors du circuit habituel. Une filière fleurant bon Karla. Smiley comprend aussi que Collins cherche à cacher autre chose, à protéger quelqu’un.

Pour la poursuite de l’enquête, Jerry Westerby est envoyé sur place, reprenant sa couverture de journaliste.

L’intrigue oscille alors entre Londres et Hong-Kong puis cette Asie du Sud-Est en plein conflit. A Londres, Smiley négocie avec les autres services, passe un accord d’entraide avec la CIA, et poursuit l’enquête, suivant les pistes dénichées par Jerry sur place. A Hong-Kong puis ailleurs, Jerry tente de suivre le fil de ce financement. Il s’agit de découvrir en quoi son destinataire, Drake Ko, est lié à l’URSS.

Les différentes investigations vont d’une personne à l’autre, à Londres et en Asie. A l’affût de ceux qui ont connu Ko ou sa maîtresse, Liese Worth. Alors que Smiley parcourt Londres et ses environs à la recherche de souvenirs sur l’un ou l’autre des protagonistes, Jerry tente de retrouver les uns et les autres au milieu du conflit finissant, du Laos au Viet Nam en passant par la Thaïlande et le Cambodge.

C’est l’occasion pour Le Carré de nous offrir des scènes de ce conflit vieux de quarante ans, entre la guerre d’Indochine puis celle du Viet Nam. Il nous offre des portraits d’occidentaux coincés ayant un moment cru qu’ils pourraient régner sur cette partie du monde. Mais les autochtones ont réussi à rappeler qu’ils étaient chez eux et l’enquête utilise les moyens d’une CIA qui va bientôt devoir évacuer les lieux, à la suite des accords de Paris puis de la chute de Saigon.

En marge, Jerry emprunte les pistes, les routes, s’approche des habitants sans jamais réellement les croiser, naviguant parmi les vestiges d’une colonisation ayant laissé son empreinte et les derniers affrontements, les explosions ou tirs résiduels.

Entre Hong-Kong la financière et les pays ravagés, Le Carré décrit une région pleine de contrastes et de contradictions. C’est aussi un lieu d’affrontement entre l’Ouest et l’Est. Entre les occidentaux et le bloc soviétique, avec au milieu une Chine pas totalement neutre.

L’intrigue déroule l’enquête, à la suite de Smiley et Westerby. Elle décrit des investigations dirigées depuis Londres et qui doivent être respectées sur place, en Asie. Pas de place pour l’humain, pour la compréhension, il faut aller vite et réussir. Seulement, dans une enquête menée par des hommes, ne pas laisser la place à l’humain paraît difficile, une gageure. Et, à force de croiser d’autres êtres humains, les sentiments peuvent affleurer et pourraient tout compromettre. Il faut prendre cela en compte et ça n’est pas simple. Comme il n’est pas simple d’accepter sans réfléchir les directives venues d’en haut ou d’une autre agence…

John Le Carré excelle à nous décrire la lente avancée d’une recherche. Les précautions nécessaires contre un ennemi invisible, un ennemi qui se cache derrière d’autres. Dans un style donnant parfois l’impression d’être recouvert par la poussière déposée par les années qui ont suivi, comme souvent chez le romancier, il faut souffler, frotter, pour que l’intrigue se précise, gagne en netteté. Une fois cet effort accepté, concédé, c’est un superbe roman prenant et qui réserve une dernière partie pleine de doutes, de suspens, malgré un rythme qui pourrait en rebuter plus d’un, un rythme d’un autre temps, propre à son époque. Un livre nous montrant des individus aux prises avec des enjeux devenus trop importants, trop inhumains. Au premier rang desquels un George Smiley indécis et têtu à la fois, sachant où il veut aller mais se refusant à trop le dévoiler.

La trilogie de Karla se clôt trois ans plus tard avec Les gens de Smiley.

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