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Duane Swierczynski, Mickey Wade et sa famille de tout temps

Deux ans après Mort à tous les étages, le cinquième roman de Duane Swierczynski, Expiration Date, paraît outre-Atlantique. Son cinquième polar en solo. Il nous arrive quatre ans plus tard, traduit par Sophie Aslanides, comme les précédents. Et c’est un roman qui s’attaque à une nouvelle facette du roman populaire.

Un homme, le narrateur, est étendu sur le sol, baignant dans son sang, transpercé de trois balles. Les secours sont appelés mais il s’agit bien d’un corps et plus d’un homme à terre. Pour mieux comprendre comment il en est arrivé là, Mick Wade, l’homme mourant, va nous expliquer. Retour en arrière.

Mickey a dû déménager, revenir dans le quartier qu’il avait cru quitter définitivement quelques années plus tôt, Frankford. Mais voilà, il vient de perdre son boulot de journaliste au City Paper et doit se résoudre à réduire son train de vie. Il emménage donc dans l’appartement de son grand-père, libéré par ce dernier depuis quelques jours, depuis qu’il a été hospitalisé, plongé dans un coma profond. Meghan, sa meilleure amie, aide Mickey dans ce déménagement.

Dans la nuit suivant leur première soirée dans son nouvel appartement, Mickey est pris de migraine et, après avoir pris les cachets de Tylenol trouvés dans l’armoire à pharmacie de son grand-père, est confronté à une expérience particulièrement déroutante. Il se retrouve seul dans la pièce où il était mais aménagée légèrement différemment et lorsqu’il sort, il découvre le quartier en plein hiver, beaucoup moins repoussant que ce qu’il en avait vu en arrivant, plus proche des souvenirs du Frankford dans lequel il a grandi. Détail supplémentaire, les voitures garées le long des trottoirs datent toutes du début des années 70.

Très rapidement, il comprend qu’il voyage dans le temps. Qu’il revient dans les premières années de sa vie, en tant qu’adulte cette fois et invisible pour la plupart des gens de l’époque. Mais pas tous. Certains le voient et cela n’a, bien sûr, rien d’un hasard.

Mickey va devoir comprendre à quoi peut lui servir ce don, comme tout héro qui se respecte, il va également devoir apprendre à le maîtriser, à y survivre et à éventuellement mettre dans la confidence quelques personnes de son entourage.

C’est un roman haletant, prenant et qui, comme d’habitude avec Swierczynski, bouscule.

Il bouscule d’autant plus que les questions étiques inhérentes à tout voyage dans le temps sont prégnantes puisqu’elles concernent la famille de Mickey, les Wade ou Wadckeck, comme ils se nommaient avant. Il en va du changement du passé et des conséquences dans le présent mais aussi de l’intégrité de Mickey, car il y a un prix à payer à tous ces voyages, un talon d’achille, dans le présent et le passé, qui pousse à peser encore plus le pour et le contre.

Comme souvent chez Swierczynski, les personnages principaux trinquent, souffrent et ne peuvent tout maîtriser. Et ce, quel que soit le genre dans lequel s’aventure l’écrivain.

Après A toute allure et le roman noir classique, The Blonde et le thriller déjanté, Mort à tous les étages et l’espionnage qui dézingue à tout va, Swierczynski s’inscrit cette fois dans le voyage dans le temps, cher à H.G. Wells et auquel Ken Grimwood a offert l’une de ses références les plus marquantes. Il s’y inscrit à la manière de ses ainés en y mettant beaucoup de lui-même, en s’y impliquant. En effet, Swierczynski a vécu à Frankford, il a connu le quartier et la famille dont il parle au nom d’origine polonaise comme le sien, n’est pas si éloignée de la sienne, comme il en témoigne dans les remerciements en nous racontant l’histoire de ce roman. C’est peut-être ce qui nous y rend plus sensible encore.

C’est prenant, touchant. Et c’est peut-être son meilleur roman jusqu’ici. Celui que j’ai préféré sans aucun doute. De la relation entre Mickey et Meghan et que celui-ci ne parvient pas à comprendre, à celle entre Mickey et le reste de sa famille et son histoire familiale, il y a une énorme richesse, une grande humanité. Il s’agit de comprendre les autres, de comprendre leur comportement, de comprendre pourquoi sa famille a vécu ou subi tel ou tel événement, et de savoir si envisager de se sacrifier vaut vraiment la peine.

Duane Swierczynski commet ensuite trois romans avec un personnage récurrent, Charlie Hardie, non encore traduits à ce jour. Le roman suivant du romancier, publié en 2015 aux Etats-Unis, vient tout juste de nous arriver, il s’agit de Canari.

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2 réflexions sur “Duane Swierczynski, Mickey Wade et sa famille de tout temps

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