Craig Johnson, Walt Longmire et l’Eglise apostolique de l’Agneau de Dieu

En 2013, l’année suivant A vol d’oiseau, paraît le neuvième roman de la série des Walt Longmire, A Serpent’s Tooth. Il vient de nous arriver dans une traduction de Sophie Aslanides, La dent du serpent.

Lors de l’enterrement de l’une des citoyennes modèles du comté d’Absaroka, Walt Longmire se trouve coincé par Barbara Thomas. Un bouquet orange et noir au revers, les couleurs de Durant, elle lui explique que des anges viennent entretenir sa maison en son absence. Réparant ici ou là, prenant soin de tout, en respectant ce qu’elle leur demande, inscrit dans un carnet des choses à faire. Elle ne les a jamais vu mais a découvert qu’ils aimaient particulièrement le poulet pané de Chester et prendre une douche de temps à autre. Passant outre les sarcasmes de Vic Moretti, son adjointe, Walt se rend chez Barbara Thomas et parvient à surprendre l’Ange Bricoleur qui réussit à s’enfuir malgré l’acharnement de Vic. Walt le retrouve un peu plus tard et l’héberge dans la prison en attendant de savoir d’où vient l’adolescent…

Dans les affaires de celui-ci, celles qu’il a abandonnées dans la remise de Barbara Thomas en fuyant, une bible mormone portant les initiales d’Orrin Porter Rockwell, l’un des membres du conseil des cinquante de l’organisation des Saints des Derniers Jours, créée par Joseph Smith, le fondateur de cette église et l’auteur du Livre de Mormon au dix-neuvième siècle. Un livre qui semble assez vieux pour être authentique et dont le propriétaire débarque un peu plus tard dans l’histoire, un propriétaire censé avoir deux cents ans. A partir de ce moment, Walt, ses adjoints, Vic, Double Tough et Saizarbitoria, et Henry Standing Bear, à la recherche de la mère disparue de l’ado, se rapproche d’une autre secte imaginée par un certain Van Ross Lynear et que ses fils ont fondée et développée, l’Eglise apostolique de l’Agneau de Dieu.

Tandis qu’ils cherchent et s’intéressent de plus en plus à cette église, Cord, l’adolescent banni et Orrin Porter Rockwell n’en finissent pas de disparaître puis de réapparaître, multipliant les évasions ou ce qui pourrait s’y apparenter étant donné qu’ils ne sont pas vraiment en état d’arrestation, conséquences de la compassion du shérif ou de son indécision.

… c’est là que se trouve ta véritable force, dans ce putain d’espoir que tu as toujours, mais j’ai aussi vu l’après, quand ça ne se résout pas comme tu l’entends et qu’on te regarde tous ramper pour t’extraire des décombres…

On ne pourra pas dire que nous n’avons pas été prévenus.

Evoquant parfois une philologie réinventée, les visites aux deux propriétés de la secte, les rencontres avec ses membres ici ou là, rythment une intrigue où les scènes se répètent, évoluant vers une tension qui s’accroit et une enquête qui met à jour des motivations cachées à l’installation de la secte dans des endroits proches d’anciennes exploitations pétrolières.

Comme le dit le proverbe, le cynique est l’homme qui connaît le prix de tout et la valeur de rien. Les soldats de pacotilles […] ne comprendraient jamais la valeur d’une vie humaine comparée à leurs croyances démesurées dans le positionnement géostratégique. Ils n’avaient jamais été formés dans le feu de la guerre, où on apprend que la seule chose qui demeure dans ces moments extrêmes, effrayants, et la raison même pour laquelle on se bat, depuis le début, c’est l’homme à côté de soi, son frère d’armes.

Dans le même temps, Walt est de plus en plus troublé par sa relation avec Vic. La vivant de plus en plus intensément.

L’évolution perçue dans l’opus précédent se poursuit. L’intrigue principale nous décrit un nouvel aspect du Wyoming et des Etats-Unis mais ce n’est pas ce qui fait le sel de ce roman, on finit presque par s’en désintéresser et lui préférer les à-côtés. Après ses relations avec Lolo Long et les habitants de la réserve des Cheyennes du Nord, c’est ici la relation entre Walt et Vic qui intrigue, ce sont les personnages secondaires qui nous intéressent, Henry, encore et toujours, Double Tough, les frères Lynear et, pour cet épisode, Orrin Porter Rockwell. Les personnages sont touchants, humains, et certains épisodes poignants. Mais la cohabitation d’un suspens extérieur qui nous perd un peu, entre contrebande, spiritualité et CIA, et d’un enrichissement de la personnalité du shérif et des personnages secondaires donne un roman un peu bancal, déséquilibré.

Walt souffre dans sa chair comme souvent, d’autres aussi, assez fortement, mais on ne retrouve pas le souffle de Tous les démons sont ici, de Dark Horse, du Camp de morts ou de Little Bird.

L’épisode suivant ou presque (inscrit dans la chronologie sans être un épisode en tant que tel), Steamboat, déjà traduit chez nous, retrouve un peu de ce souffle, tendu autour d’une intrigue unique. Vient ensuite celui que nous attendons désormais, un titre évoquant n’importe quel autre nom.

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