Accueil » Behm Marc » Marc Behm, Cora, Tony et Brand, nocturnes dans la dèche

Marc Behm, Cora, Tony et Brand, nocturnes dans la dèche

En 1982, un an après Mortelle randonnée, Marc Behm commet son troisième roman, The Ice Maiden. Il est d’abord traduit par Rosine Fitzgerald pour la “série noire” sous le titre de La vierge de glace, avant d’être publié dans sa version originale l’année suivante.

Un être, un monstre d’après ce que l’on comprend, installé dans les égouts, est assailli par ses pensées. Elles le mènent sans cohérence de cet égout à la forêt, une autre forêt dans un autre temps. C’est si lointain mais ça ressemble tellement à des souvenirs, au gré de l’histoire d’Angleterre. Il lui faut du vin pour comprendre pourquoi cela lui revient en mémoire, ces pensées qui l’amènent jusqu’à Anthony… comme s’il sentait sa présence. Anthony, sa première victime, avec lequel il a tant partagé. Cela revient au même moment à la mémoire d’Anthony, ou Tony. Les pensées de l’esprit de l’un et de l’autre se mélangent. Leur rencontre au bord d’un lac au XVIIIème siècle, quand le monstre a mordu l’autre, puis leur voyage en Europe. Si leurs souvenirs se mêlent si facilement, c’est qu’ils sont proches comme le comprend le monstre dans les égouts, au moment où ils s’endorment tous les deux, ou s’éteignent, dans leur cercueil.

Alors que le soleil se couche, Cora s’éveille. La jeune femme ressuscite dans son appartement confortable. Comme tous les soirs, après s’être remise en forme, elle se prépare à aller travailler au cercle de jeux où elle s’occupe de la roulette.

Nous comprenons très vite de quelle nature sont les protagonistes principaux de l’histoire, trois vampires, vieux de quelques siècles, qui cherchent à s’intégrer malgré leur mode de vie différent. Nous suivons principalement Cora, croupière et violoncelliste, surnommée “la vierge de glace” par F. S. Fitzgerald quand ils se sont croisés dans les années 20, et Tony, pianiste de bar, avant de retrouver Brand, le monstre des premières pages, ancien compagnon de Robin des Bois.

Tandis que nous les suivons dans leur vie quotidienne, c’est leur passé qui nous est conté. Comment ils sont devenus ce qu’ils sont, comment ils ont traversé les époques et combien la vie est une éternelle réadaptation, une éternelle lutte pour parvenir à survivre. Entre les boulots de nuit, inhérents à leur condition, et la chasse pour garder de l’énergie.

C’est un livre plutôt léger que nous propose Marc Behm. Une récréation après deux romans plus sombres, plus étouffants, même s’ils avaient également une certaine distanciation qui les rendait ironiques. Les personnages ne semblaient pas croire en eux, cette fois, ce sont des personnages qui ont une existence encore moins croyable, condamnés à mourir chaque matin pour revenir à la vie au coucher du soleil.

Après avoir parcouru la vie des uns et des autres, l’intrigue prend un tour différent. Les vampires ont en effet un sérieux problème, celui d’assurer leur existence, leurs revenus, à un niveau décent. Pour cela, Cora va faire une proposition alléchante aux deux autres, un moyen de toucher le pactole, un casse. Ils vont devoir utiliser tous leurs pouvoirs, notamment ceux de se transformer, entre autre en chauve-souris, dans une ville où les milices s’organisent pour faire la chasse à ces nuisibles nocturnes.

C’est sur un ton volontairement joyeux, dans une succession de rebondissements plutôt rocambolesques que Marc Behm nous raconte l’histoire.

Une histoire que j’ai pris plaisir à lire, légère, cynique et rythmée, accentuant ce ton que l’écrivain avait déjà dans les précédents, gommant cette fois le côté noir ou lui donnant un aspect plus grandguignolesque, plus outrancier.

Le roman suivant de Marc Behm paraît huit ans plus tard, ce sera Trouille.

Publicités

5 réflexions sur “Marc Behm, Cora, Tony et Brand, nocturnes dans la dèche

  1. Pingback: Marc Behm, l’Œil et Joanna à travers les Etats-Unis | Moeurs Noires

  2. Pingback: Marc Behm, Joe Egan et la dame blonde | Moeurs Noires

  3. Pingback: Marc Behm, Patrick Nelson, Jenny Mund et le Boucher | Moeurs Noires

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s