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Marc Behm, Patrick Nelson, Jenny Mund et le Boucher

Un an après Trouille, en 1991, le cinquième roman de Marc Behm est publié. Il s’intitule Off the Wall et est traduit par Nathalie Godard, sous le titre A côté de la plaque. Sa version originale n’a toujours pas été publiée.

Patrick Nelson n’arrive plus à dormir, des questions le taraudent, le prénom de la sœur Brontë qui a écrit Jane Eyre, le nom de famille d’Isabella, la date de la batailleA côté de la plaque d’Austerlitz. Comme il a l’habitude de ces insomnies, il part en vadrouille dans les rues de son quartier et, dans Colby, alors que les cigales se sont tues, il découvre un corps dépecé. Partant à la recherche de la tête du cadavre, il préfère rentrer chez lui et somnoler dans son hamac. Le corps est découvert le lendemain, il s’agit de la cinquième victime de celui qu’on appelle désormais le Boucher. Au matin, Ofélia, sa femme de ménage, lui annonce la nouvelle et il part au garage un livre dans la poche.

Patrick Nelson est un dilettante, excentrique, décalé, off the wall, à côté de la plaque. Riche de l’héritage de ses parents et soutenu par Nancy Shigi, sa comptable et la fille d’Ando Kawamoto, celui qui a géré ses biens durant son enfance, il vit une vie différente de la plupart des gens. Bien souvent dans un monde à lui, nourri par ses lectures. Pour l’heure, son imagination se consacre à un safari dans une Afrique fantasmée à la recherche d’un trésor légendaire.

Alors qu’il assiste, parmi les badauds, aux premières investigations de la police sur les lieux de la découverte de la cinquième victime du Boucher, Patrick voit apparaître une femme qui le subjugue. Une flicquette chargée de ratisser les environs et de ramasser tout ce qu’elle trouve pour analyse. Pour s’assurer qu’ils pourront entrer en contact, Patrick abandonne sa carte AAA dans un buisson. La police et Jenny Mund vont effectivement s’intéresser à lui, en manque de suspects qu’ils sont.

Deux histoires alternent dans ce roman, celle du présent, de l’enquête autour des crimes du Boucher et de la rencontre de Patrick et Jenny, de leur rapprochement, et, sous forme de journal d’exploration, écrit à la première personne, celle du safari imaginaire mené par un Patrick Nelson du XIXème siècle, à l’image de ces aventuriers partis explorer l’Afrique et ces recoins inconnus.

D’un côté, Patrick Nelson, quitte à passer pour le Boucher, veut continuer à attirer l’attention de Jenny Mund qui est chargée de se rapprocher de lui pour mieux évaluer son profil, de vérifier s’il peut être le Boucher. D’un autre, Patrick Nelson l’explorateur est à la recherche d’un endroit à l’existence duquel il est le seul à croire, la cité perdu d’Ophir.

Marc Behm a écrit une histoire rythmée comme à son habitude, une histoire originale comme on n’en lit pas. Faite de courts chapitres, c’est une narration pleine d’humour, cet humour, cette distance que l’on a vus se confirmer avec son troisième roman, La Vierge de glace, et qui était déjà perceptible dans les deux premiers. Un humour qui accentue le suspens, Patrick ne cherchant qu’à attirer encore et toujours l’attention de Jenny, prêt à courir le risque de passer pour un serial killer, inconscient des conséquences possibles ou s’en moquant.

C’est un personnage singulier, solitaire, livré à lui-même depuis la mort de ses parents. Entouré de femmes mais n’ayant pas de compagne, de maîtresse.

Comme les précédents, c’est un roman savoureux que l’on ne lâche que difficilement, pris que l’on est entre la romance entre Jenny et Patrick et les risques qu’il court en attirant sciemment les soupçons de la police sur lui. Et tout ça sur fond de Malher, Wagner et quelques références à Shakespeare.

Marc Behm est décidément un auteur singulier. Après avoir exploré la période de la deuxième guerre mondiale telle qu’elle a pu être vécue en Allemagne par une femme ne voulant réfléchir à ce qui se passait, s’être intéressé à un privé fasciné par une meurtrière en série, avoir imaginé un casse fomenté par des vampires puis un homme poursuivi par la mort, il dresse cette fois le portrait d’un homme vivant en marge de ses contemporains aussi bien physiquement que mentalement.

Ce sont d’ailleurs bien souvent des personnages en retrait de leur monde qu’il nous décrit, ne s’embarrassant pas de morale ou ayant la leur, obnubilés par un seul objectif, réduisant leur monde à lui seul. Pour Patrick, c’est Jenny… Alors bien sûr, il prend des risques mais ce qu’il obtient en retour lui fait penser que le jeu en vaut la chandelle. Et pendant ce temps, son esprit tente d’atteindre cette cité perdue d’Ophir. Et tout cela donne un roman noir particulièrement réussi, saisissant, procurant ces frissons que nous recherchons tant.

Le roman suivant de Behm s’intitule Et ne cherche pas à savoir et paraît deux ans plus tard.

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2 réflexions sur “Marc Behm, Patrick Nelson, Jenny Mund et le Boucher

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