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Horace McCoy, Tom Owen de retour d’Europe

Quatre ans après être parvenu à faire publier son roman précédent, Adieu la vie, adieu l’amour…, Horace McCoy voit son cinquième roman édité. Il s’intitule Scalpel. Il est traduit en français par Maurice Beerblock trois ans plus tard sous le titre Le scalpel.

 

Un homme attend à un passage à niveau. Il descend de sa voiture pour regarder le train qui passe, un train de marchandise particulièrement long. Il lit le nom des compagnies dont le charbon est transporté ainsi, une industrie qu’il connaît bien. Alors qu’il voit passer le cinquantième wagon de l’interminable convoi, c’est justement celle de sa ville, Houilleville, qui apparaît, “le compagnie houillère Reasonover”. Les souvenirs qui remontaient prennent de l’ampleur, un ancrage. Tom Owen est de retour dans sa ville, dans cette Pennsylvanie qui l’a vu grandir, il n’y avait plus mis les pieds depuis une dizaine d’années. Thomas Owen, fils et petit-fils de mineurs, est maintenant le colonel Owen, médecin dans l’armée des Etats-Unis.

A peine traverse-t-il le hall de l’hôtel de Pittsburgh où il a réservé une chambre qu’il est interpelé par une femme élégante. Se méprenant d’abord sur ses intentions, il comprend rapidement qui elle est, Hélène Curtis, la fille de Reasonover. Celui-ci l’a aperçu et veut discuter avec lui de son frère Lloyd. C’est en effet Lloyd qui est la raison du retour de Tom. Ingénieur dans la compagnie de Reasonover, il vient de mourir avec cinq mineurs dans l’écroulement d’une galerie. Owen veut comprendre ce qui s’est passé et voir dans quel état se trouve sa mère, elle qui ne jurait que par son frère.

Rapidement, Lloyd passe de victime à coupable quand le rapport de la commission de sécurité est connu. Tom parvient à arracher sa mère à la vindicte populaire et à l’installer à Pittsburgh. Il décide de rester et d’ouvrir une clinique grâce à Hélène Curtis qui l’aide à la financer. Le succès arrive très vite, aussi vite que sa popularité auprès de la haute société de la ville. C’est que Tom apprécie la compagnie de ces personnes et est bien décidé à profiter de l’engouement qu’il suscite pour assurer ses arrières… il devient riche et reconnu, sachant très bien que sa bonne étoile peut bien vite s’étioler pour une autre nouvelle tocade.

 

L’histoire est racontée par Owen lui-même, à la première personne, comme pour les précédents romans de McCoy, à l’exception d’Un Linceul n’a pas de poches. Nous suivons l’ascension de Thomas Owen en même temps que ses pensées sans illusion. Il veut faire fructifier la bonne passe dans laquelle il se trouve, sachant qu’elle ne doit rien à ses qualités de chirurgien mais bien à l’opportunité qui lui a été donnée d’intégrer la haute bourgeoisie grâce à Hélène Curtis, avec laquelle il entretient une liaison sans illusion non plus, revenus qu’ils sont tous deux de certains sentiments.

Les affaires vont bien, Owen a un superbe appartement, son seul souci est l’envie qu’a sa mère de retourner à Houilleville, malgré le saccage de sa maison et des tombes des siens.

Tom Owen est un homme qui savoure les instants, conscient de sa chance, qui se remémore son passé, notamment cette guerre au cours de laquelle il a vécu son métier intensément. D’autres sont d’ailleurs là pour lui rappeler ses exploits, un général dont il a sauvé le pied et la jambe au cours d’une opération particulièrement délicate et couronnée de succès, un ancien assistant devenu chirurgien après l’avoir côtoyé et ayant fait de lui un dieu, les pistolets offerts par Patton en personne, son grade de colonel et les décorations obtenues pour sa bravoure à opérer au plus près des combats.

Petit à petit, Owen se demande ce qui le fait avancer, ce qui le motive, l’argent ou ce métier qui lui a permis de sortir de la mine, de ne pas aller au fond comme les siens avant lui. Une nouvelle assistante, la fiancée de Crowley, son ancien aide, lui offre une toute autre vision de lui-même.

 

Ce n’est pas un roman noir que commet là McCoy mais le roman d’une époque, de celle qui a vu éclore ce genre dans lequel il s’est illustré. Un héro de retour de guerre dans une société qu’il juge de manière quelque peu acerbe, Owen parvenant, lui, à s’y insérer quand d’autres avaient eu bien du mal, à l’instar du Vanning de David Goodis et de bien des premiers personnages du genre. La difficulté à revenir dans cette société pour un soldat, à comprendre qu’elle pourrait y être sa place peut également faire penser à un film réalisé quelques vingt-cinq ans plus tard et se situant également en Pennsylvanie, dans une ville de fonderies, évoquant quant à lui la guerre du Viet Nam, le chef-d’œuvre de Cimino, Voyage au bout de l’enfer.

Outre le héro, ancien combattant revenu de beaucoup de choses, un autre ingrédient du roman noir des origines constitue un élément important de l’intrigue, l’industrie minière ou autre. La mine est en effet le centre d’un roman précurseur du genre, à mon avis, Germinal. Plus récemment, on la retrouve également chez William McIlvanney dans Docherty et Big Man. L’industrie est également l’une des pierres angulaires du Moisson Rouge de Dashiell Hammett, les fonderies encore une fois.

 

Sans être un roman noir, il s’agit donc d’un roman qui lui doit beaucoup et qui ne s’en affranchit pas, bien au contraire, comme si McCoy avait voulu amener les thèmes du genre du côté de la littérature dite blanche. Il nous propose le portrait d’un homme beaucoup plus nuancé qu’on ne pourrait le penser en l’entamant, un homme qui hésite entre un accomplissement à travers sa place dans la société et un autre passant par l’assouvissement de sa passion.

McCoy ne peut d’ailleurs s’empêcher d’agrémenter son roman d’un regard particulièrement critique sur son monde, comme il l’avait déjà fait avec ses livres précédents, comme le roman noir le fait si souvent. Chassez le naturel…

Autrefois, au temps où ce pays était rude et fort, au temps où les Etats-Unis étaient en formation, un homme sortait de chez lui, tuait un ours, le ramenait à ses voisins, pour le plaisir : c’était un triomphe social. Maintenant que la formation du pays est complète, que le pays est plat, et mou, les arrière-arrière-petits-neveux du chasseur d’ours sortent de chez eux, attrapent un chroniqueur mondain, l’invitent à dîner. Ils ont remporté un triomphe !

 

Pour son roman suivant, le dernier, à l’histoire éditoriale toujours aussi mouvementée, McCoy revient au roman noir pur et dur, ce sera Pertes et fracas.

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2 réflexions sur “Horace McCoy, Tom Owen de retour d’Europe

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