Accueil » Chevalier Séverine » Séverine Chevalier et le retour de Karl

Séverine Chevalier et le retour de Karl

En 2014, trois ans après le premier, paraît le deuxième roman de Séverine Chevalier. Il est toujours édité chez Ecorce mais cette fois dans la collection Territori et s’intitule Clouer l’Ouest. Il est réédité en 2015 par la Manufacture de Livres lors du partage de la collection entre les deux maisons d’édition, collection dirigée dans les deux cas par Cyril Herry, éditeur découvreur de talents et écrivain.

 

Le roman commence par une sorte d’avertissement, d’aparté, qui nous explique que l’histoire que nous allons découvrir est une reconstruction. Qu’elle n’est peut-être pas fidèle aux événements réels mais qu’elle est l’histoire qui restera puisqu’elle nous est ainsi racontée… Un aparté qui n’est pas signé mais nous pourrons en deviner l’auteur en cours de lecture, rien d’un suspens insoutenable, plutôt une entrée dans ce qui ressemble à des confidences, un récit très personnel.

Le passé et le présent se mêlent, un présent déjà passé d’ailleurs. Une histoire se construit sous nos yeux à coup de petites touches. Petites touches d’une époque puis d’une autre… Il s’agit d’une famille et d’un endroit. L’endroit, c’est le plateau des Millevaches, un plateau peu peuplé, où la nature existe encore et où l’homme s’inscrit, sans souci de domination, plutôt la recherche d’une certaine symbiose. Cette symbiose pourrait être incarnée par Pierre, le frère resté au pays et qui s’est fabriqué une existence au plus près de la nature. La famille, c’est la famille Des Corps, dont le père est venu s’installer là pour exercer la médecine, dans une volonté de s’éloigner d’une certaine civilisation, de son Clermond-Ferrand natal et d’une lignée un peu trop installée. Une famille dans laquelle le fils prodigue, Karl, s’apprête à revenir… Mais les choses ont changé, malgré la force des souvenirs…

Karl a rendu son logement et dit au revoir à son ex-femme et sa fille, à Limoges, avant de repartir dans ce coin qu’il s’était promis de ne plus revoir. Mais la vie dont il rêvait en quittant tout n’est restée qu’un rêve et la réalité a eu raison de ses ambitions et de l’indépendance qu’il n’aura finalement pas réussi à gagner. Karl revient dans ce pays où les souvenirs affluent. Pierre, son frère, qui était un peu son souffre-douleur, a approfondi sa passion, à la place de son tipi d’enfant, il a construit une cabane en bois et reste toujours en marge des autres, ayant même gagné un surnom, l’Indien. Le père, le Doc, est à la retraite mais maintient son emprise sur son entourage, à la tête notamment des chasseurs du coin…

 

C’est un superbe roman que nous offre Séverine Chevalier avec ce Clouer l’Ouest. Un roman alternant le présent et le passé, le point de vue des uns et des autres sur les mêmes événements ou les souvenirs qu’ils peuvent garder les uns des autres. C’est un roman sous la neige, au moment de Noël, un Noël qui n’est pas forcément synonyme de fête mais plutôt d’isolement. Un roman taiseux, où la parole des uns et des autres semble précieuse, économisée au maximum. Où chaque acte posé est d’une grande importance. Où même la nature paraît silencieuse, la neige étouffant le moindre bruit.

Les relations humaines sont réduites, les sentiments rares ou tus…

C’est un superbe roman qu’il faut lire parce qu’il n’en existe pas des dizaines comme celui-ci. Un roman à la grande exigence littéraire et d’une profondeur inhabituelle dans le paysage actuel.

Un roman à l’atmosphère et au style particulièrement remarquables.

 

Avec ce roman, Séverine Chevalier confirme ce qu’elle nous avait offert dès son premier roman. Une vision et un univers singuliers, une manière de raconter originale, personnelle. C’est un véritable auteur que nous continuons de découvrir et dont nous avons envie de lire les livres à venir. Une romancière qui nous propose des histoires ouvertement subjectives, jouant sur les points de vue et s’enrichissant par petites touches, par des témoignages quand la vérité n’appartient à personne.

Le suivant s’intitule Les Mauvaises et est paru en ce début d’année 2018.

Publicités

3 réflexions sur “Séverine Chevalier et le retour de Karl

  1. Pingback: Séverine Chevalier, Suzanne sur les traces de la fille en jaune | Moeurs Noires

  2. Pingback: Séverine Chevalier sur la Toile | Moeurs Noires

  3. Pingback: Séverine Chevalier, août 1988 quelque part dans le centre de la France | Moeurs Noires

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s