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Léo Malet, les Etats-Unis et l’ombre du grand mur

En 1944, la même année que la première enquête de Nestor Burma, paraît le deuxième roman signé Léo Malet, L’ombre du grand mur. Un roman “doux”, ainsi qu’il le décrit, qui ressemble à un hommage, ou au passage obligé auquel se plieront d’autres auteurs après lui, notamment Jean Amila avec Y a pas de bon Dieu ! Puisque le genre dans lequel s’est inscrit l’auteur avec la première enquête de Nestor Burma vient des Etats-Unis, ou est réputé comme tel, il se fend d’une intrigue située de l’autre côté de l’Atlantique. Dans son avant-propos, Léo Malet se permet un clin d’œil à son héro pas encore récurrent en affirmant que c’est ce dernier qui lui a amené le manuscrit de l’histoire que nous allons lire. Qu’il la lui a amené en espérant qu’il la modifierait pour lui faire une place, en faire un des protagonistes de l’intrigue… Mais le romancier n’a pas accédé à la requête de Burma.

 

Lewis Ted Crawford, le narrateur, sort de prison après avoir purgé sa peine et s’être fait remarqué par ses pairs en les soignant mieux que ne le faisait le médecin de la prison. Il est libéré après avoir purgé une peine dont il n’a pas compris l’origine mais qu’il a L'ombre du grand mur (SEPE, 1944)acceptée pour sauver l’honneur de son alibi d’alors. Une condamnation pour un avortement clandestin qu’il n’a pas commis. Son séjour à l’ombre du grand mur lui vaut également de ne plus avoir le droit d’exercer sa profession. Après une nuit à l’hôtel face à la prison, il fait le tour de ses anciens amis et constate qu’il n’en a plus… Il part alors pour une autre ville, Buffalo, loin de ce New York où il ne se voit plus vivre, pour rencontrer une femme et lui donner des nouvelles de son ami emprisonné. A peine arrivé, il est mis à contribution pour soigner un homme blessé ne pouvant faire appel à un médecin honnête. Une blessure par balles, fruit d’un braquage ayant mal tourné. Sa dextérité lui vaut de devenir le médecin de la bande l’ayant sollicité…

Ce n’était pas ma faute, bon sang, si je n’avais trouvé réconfort qu’auprès des hors-la-loi ; si les honnêtes gens m’avaient, par sot préjugé et étroitesse d’esprit, rejeté de leur sein, précipité dans les bras du crime…

La vie prend un cours presque normal, Christiane, la femme qu’il est venu voir, devenant sa compagne, la bande pour laquelle il travaille assurant ses revenus. Mais on ne s’éloigne jamais de l’ombre du grand mur, on ne s’en défait pas, même les innocents… Un séjour en prison fait de vous un paria à jamais.

Je traînais après moi l’ombre du grand mur et sur toute ma personne l’empreinte de la grille des barreaux d’acier dur, mots croisés dans lequel jamais ne s’inscrit l’adjectif : libre.

 

Léo Malet écrit un roman beaucoup moins joyeux que les Nestor Burma, un roman qui décrit une société sans merci, où vivre en marge s’impose à tous ceux qui ont un jour été pointés du doigt même s’ils ont purgé leur peine en réparation de leur faute. Léo Malet nous décrit également un système judiciaire qui ne pardonne pas, qui ne laisse pas la place à la défense et qui n’instruit qu’à charge. Le docteur Crawford, devenu Lew Ford dans sa nouvelle vie de gangster, ne peut pas s’en sortir. Jusqu’au jour où la vérité sur sa condamnation lui apparaît, vient à lui, sans qu’il l’ait cherchée…

C’est un roman noir, âpre, tendu, sans excès de graisse, avec quelques rayons de lumière vite occultés par une réalité désespérante, implacable. Un roman qui annonce ceux que commettra l’auteur en marge de la série consacrée à son détective récurrent, notamment sa trilogie noire dont le premier opus paraîtra dans sa forme définitive quatre ans plus tard, La vie est dégueulasse.

 

En attendant, et après cette évasion, noire, le temps d’un roman, Léo Malet revient à Burma l’année suivante, deux aventures du détective paraissent en 1945, Nestor Burma contre CQFD puis L’homme au sang bleu.

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4 réflexions sur “Léo Malet, les Etats-Unis et l’ombre du grand mur

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