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James Sallis, Lamar Hale chronique sa ville

En 2016 paraît Willnot. Trois ans après le précédent roman de Sallis, Others of my kind, non encore traduit en France, et quatre après le dernier bénéficiant d’une version française, Driven. Willnot garde son titre en traversant l’Atlantique et en passant sous la plume traductrice d’Hubert Tézenas.

 

Le Dr Hale assiste à la découverte d’un charnier. Convié en tant que médecin, il est là parmi d’autres pour l’exhumation macabre.

Lors d’une promenade, un habitant de Willnot a d’abord senti une forte odeur qui avait attiré son chien. Le premier policier sur place a creusé et découvert des os. C’est Willnot (Payot & Rivages, 2016)seulement ensuite que Lamar Hale a été contacté, au même titre que le shérif Hobbes. Il a dû reporter une intervention chirurgicale pour se rendre disponible. Les aléas du métier.

De retour à son cabinet, notre narrateur-médecin, Lamar Hale, n’a pas le cœur à consulter et annonce à sa secrétaire qu’elle peut prendre le reste de sa journée. La porte n’étant pas fermée, un homme entre quelques minutes plus tard. C’est un ancien patient, Brandon, que l’on l’appelle désormais Bobby, un patient dont le praticien se souvient. Alors qu’il avait seize ans, il était tombé dans le coma.

Voilà un mardi bien chargé.

Le lendemain, au réveil, Lamar est interrogé par son compagnon, Richard, sur ce qui s’est passé la veille. Tout se sait vite dans une petite ville comme Willnot. Les nouvelles sont arrivées jusqu’au collège où Richard enseigne. La question est de savoir s’il y a eu assassinat avant l’ensevelissement des corps. Ce dont, bien sûr, Lamar ne peut avoir connaissance, l’enquête étant en cours.

Une équipe spécialisée arrive bientôt pour analyser le charnier. C’est ensuite une agent du FBI qui l’attend à son cabinet, à la fin d’une journée bien chargée, entre le suivi des patients à la clinique et les consultations. Elle est là pour parler avec Lamar de Brandon Lowndes désormais appelé Bobby. Il est recherché.

 

Deux enquêtes, deux affaires, constituent l’ouverture du roman. Elles ne vont pourtant pas occuper la place centrale de l’histoire. C’est la vie au jour le jour du narrateur qui constitue le cœur du livre de James Sallis. Une vie peuplée de souvenirs, les siens et ceux des autres.

Ceux de ses patients, comme celle dont il a dû annuler l’opération le jour de la découverte du charnier et qu’il va voir le lendemain. Elle lui confie que cela lui a rappelé des souvenirs, l’a fait réfléchir sur les gens qui disparaissent, notamment le couple qui l’a recueilli à la mort de ses parents.

Une de mes amies de l’époque, quand j’ai appris la mort des Waters, m’a dit : « Ils sont partis recevoir leur récompense, Ellie. » Je l’ai regardée un moment et j’ai répondu : « Tu penses vraiment ce que tu dis ou tu ouvres juste la bouche et les mots sortent tout seuls ? » Nell ne s’est plus trop intéressée à moi après ça. Mais la bêtise, on ne peut rien y faire. Et certainement pas la tuer. »

Ce sont ensuite les souvenirs du narrateur qui remontent. Son père, écrivain de science-fiction, désolé qu’il n’ait pas suivi son exemple, et tous ses amis, camarades dans le genre. Le coma qu’il a lui-même subi à douze ans et les curieux rêves qu’il y a vécu, dans la peau d’autres malades, visiteur d’autres vies que la sienne, et qui bientôt le rattrapent.

La réalité quotidienne et les échappées dans ses souvenirs poussent Lamar à relativiser l’importance de chacun, à commencer par lui.

… la plupart du temps nous n’aidons pas les gens à vivre plus longtemps, ni mieux, nous ne faisons que changer la façon dont ils meurent.

Lamar navigue entre réalité et fiction, celles imaginées par son père et ses semblables, gardant comme point de repère, comme ancrage, sa vie avec Richard. Se construisant de tout ça.

S’il nous manque quelque chose ? Sans aucun doute. Mais c’est pour ça qu’on lit, non ? Pour ça qu’on tisse des liens avec les autres. Ça nous permet de nous faire une idée des vies qu’on ne peut pas vivre.

 

C’est un livre de lecteur autant que d’écrivain. Le roman d’un auteur qui se rappelle à nous et qui nous rappelle qu’il est notamment celui qui a imaginé Lew Griffin ou John Turner.

Le choix de le publier dans une collection de polars peut intriguer mais ce genre est tellement protéiforme… On ne peut désormais que prendre son mal en patience pour attendre le prochain roman de cet auteur à la voix d’une rare qualité.

3 réflexions sur “James Sallis, Lamar Hale chronique sa ville

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