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Dorothy B. Hughes, Kit McKittrick, la mort de Louie et les coupes de Babylone

En 1942 paraît le quatrième roman de Dorothy B. Hughes, The Fallen Sparrow. La romancière poursuit son rythme soutenu de publication, celui-ci paraissant l’année suivant le précédent, La Blonde du Bar Bambou. Il est traduit par Emmanuelle de Lesseps en 1970 pour les éditions Christian Bourgois sous le titre Chute libre.

Un homme lutte pour survivre dans une geôle où personne ne sait qu’il est. Il compte les jours, non pour savoir depuis combien de temps il est là, mais pour connaître le moment du retour de son tortionnaire, un homme dont il reconnaît la claudication quand il Chute libre (Christian Bourgois, 1942)approche. Il oscille entre l’envie de succomber et de ne plus souffrir et celle de continuer à lutter. Il sait que s’il avoue ce que ceux qui le retiennent veulent savoir, ils le tueront. Le seul moyen de survivre est de résister à la torture, de ne rien avouer, tant qu’ils n’auront pas l ’information que lui seul détient, il leur sera utile. Après un morceau de papier, il a réussi à subtiliser un crayon à l’un des gardes, il ne lui reste plus qu’à espérer que celui à qui il va adresser son appel à l’aide le recevra et pourra le sauver.
Après ce prologue, nous retrouvons Kit McKittrick dans un train arrivant à New York. Il revient d’un ranch dans l’ouest où il a récupéré, a repris des forces, après son retour d’Espagne, son combat dans les Brigades Internationales et son évasion d’une prison. Kit est de retour plus tôt que prévu, cela fait seulement six mois qu’il tente de se retaper au grand air, moins que ce que sa mère voulait qu’il consacre à sa convalescence. Mais il a une bonne raison de revoir New York, Louie vient de mourir. Il s’est suicidé et Kit ne peut pas le croire. Louie n’aurait jamais pu faire ça. Celui qui lui a permis de s’évader et qui travaillait pour la police de la ville ne peut avoir mis fin à ses jours en se jetant du cinquième étage d’un immeuble, cela ne lui ressemble pas. Kit qui le connaît depuis l’enfance le sait.
Sa première étape en ville est au commissariat central de la dix-septième circonscription, il sait qu’il y trouvera l’inspecteur Tobin, chef de la brigade criminelle. Il veut savoir où en est l’enquête et il apprend avec surprise qu’elle est close et que le suicide est avéré. Il mènera ses propres investigations si la police ne veut rien savoir et ce malgré les avertissements de l’inspecteur et de son second, le sergent Moore. Que nous retrouvons après les avoir croisés dans les deux premiers ouvrages de la romancière, La Bloule bleue et L’Ours a fait un testament.

Kit s’installe chez sa mère et son beau-père, les Wilhite, dans leur appartement de grand luxe, eux ne sont pas là, partis en Floride comme chaque année. C’est une nouvelle bonne qui l’accueille, Elise, elles sont interchangeables chez son beau-père. Par contre, Kit est surpris de ne pas retrouver Lotte la cuisinière, là depuis si longtemps. Pour mener à bien ses recherches, Kit compte entrer en contact avec tout ceux qui pourraient l’aider, ses connaissances d’enfance. Mais avant ça, il lui faut voir Barbara Taviton, l’une des raisons qui l’ont poussées à résister pendant sa captivité, il veut lui faire sa demande. Il découvre alors qu’elle s’est entichée d’un nouveau venu, incapable de l’attendre. Le nouveau venu fait parti de cette nouvelle mode chez les riches, l’accueil de réfugiés, ceux qui ont fui la guerre qui sévit en Europe.

C’est un roman étrange que nous offre Hughes, celui d’un milieu et d’une époque que l’on croise peu dans le roman noir. Un roman étrange qui ne dépare pas dans l’œuvre de la romancière tout en marquant une nouvelle évolution. La police est récalcitrante quand il s’agit d’écouter Kit. Le bruit de la démarche du boiteux, celui qui le torturait en Espagne, résonne dans les rues de New York et la paranoïa le gagne. Il ne fait plus confiance à personne, imagine un complot contre lui, tous les événements qui jalonnent son enquête, même s’ils paraissent sans rapport avec celle-ci, le conforte dans cette folie. Les ennemis sont partout, les nazis sont à New York et Kit voit les uns et les autres comme des complices de ses ennemis. Il s’enfonce, ne parvient plus à dormir.
Une fois de plus, Dorothy B. Hughes nous entraîne à la suite d’un personnage subjugué par ce qu’il voit et ce qu’il soupçonne. Il s’agit cette fois-ci d’un homme et sa folie nous laisse dans le doute. A-t-il raison ? Son imagination n’est-elle pas trop débordante ? Même si ceux qu’il soupçonne sont louches, sont-ils vraiment des espions ourdissant un plan contre lui ? Peut-on aller aussi loin pour les coupes de Babylone, objets que Kit pense que tout le monde convoite ?

La folie n’est pas seulement extérieure cette fois-ci, elle est aussi la conséquence de ce que Kit a vécu en Espagne. Il lutte à la fois contre lui-même et cette folie qu’il domine difficilement et contre des ennemis venus de l’extérieur, imaginaires ou réels. Cette fois, nous sommes ceux qui doutent.
Hughes fait évoluer son univers, elle ne nous donne pas tous les éléments qui nous permettraient de nous ranger derrière Kit les yeux fermés. Elle nous offre malgré tout un cauchemar éveillé, assaisonné d’un nouveau McGuffin, désigné, clair, inexistant dans le précédent, et nous laisse nous accrocher.
La romancière a tiré les enseignements du ratage précédent. Abordant de nouveau une intrigue teintée d’espionnage, elle nous met dans la confidence. Comme pour ses deux premiers romans, nous connaissons les pensées du personnage principal, nous connaissons ses doutes et l’intrigue s’appuie sur ces informations que nous avons. Nous faisant douter dans un premier temps tout en nous poussant à l’empathie pour McKittrick. Le suspens, l’angoisse, nous saisissent parce que nous en savons suffisamment. C’est ce qui avait manqué à La Blonde du Bar Bambou.

D.B. Hughes commet un de ses romans les plus réussis jusque là.

Un nouveau livre paraît l’année suivante, The Blackbirder, toujours non traduit dans notre langue comme les deux suivants. C’est son huitième roman qui est accessible chez nous, Voyage sans fin, paru en 1945, dans lequel elle explore de nouveau, évolue.

3 réflexions sur “Dorothy B. Hughes, Kit McKittrick, la mort de Louie et les coupes de Babylone

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