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Andrée A. Michaud, disparitions, Marnie et Bill à Rivière-aux-Trembles

En 2011, deux ans après Lazy Bird, le deuxième volet de sa trilogie états-unienne, Andrée A. Michaud publie son neuvième roman, Rivière tremblante.

Marnie Duchamp est à Rivière-aux-Trembles pour les funérailles de son père. Devant le cercueil déposé dans la chapelle en attendant le printemps, elle s’interroge, ne sait pas quel chemin prendre, espérant un signe pour savoir que faire de son avenir. Un cri qui retentit dans la nuit tombante la décide, elle va revenir dans ce village qu’elle a fui bien des années plus tôt.
Elle avait onze ans et Michael douze quand le malheur est arrivé. Ils étaient inséparables, jouant en se racontant des histoires, en incarnant des êtres imaginaires, passés de l’écureuille (Squouirelle) et du hibou à Superman et Loïs Lane. Alors qu’ils sont au bord de leur bassin magique à collecter des cailloux, un orage éclate. Marnie se réfugie dans leur cabane tandis que Michael agit de manière étrange puis disparaît dans les bois. C’était en août 1979, on ne l’a jamais retrouvé. Au cours de l’enquête qui a suivi, Marnie est passée de témoin à jeune fille au lourd secret, montrée du doigt, traitée de sorcière. Son père et elle ont quitté Rivière-aux-Trembles au bout de quelques mois, s’éloignant de ceux qui soupçonnaient Marnie, la harcelaient.
Bill Richard a atterri à Rivière-aux-Trembles pour fuir un malheur, la disparition de sa fille, Billie. Il a choisi de s’enterrer dans ce trou pour ne plus subir les remontrances de sa femme Lucy-Ann. Trois ans que sa fille est introuvable, qu’elle a disparu entre son école et son cours de danse. Il l’a cherchée en vain, s’est retrouvé soupçonné par la police, a du affronter les reproches et le désespoir de sa femme quand il devait aussi faire face aux siens propres. Il a abandonné son travail de professeur, a quitté la maison familiale avec Pixie, le chat de Billie, avant de décider de partir loin de cette ville qui lui rappelait trop sa fille disparue. Où il ne pensait qu’à la retrouver.
Leur histoire ne les quitte pas, ils se trimballent des remords bien trop lourds. Si, si, si et si… Difficile de se reconstruire après une telle épreuve. Ou tout simplement de la surmonter pour aller de l’avant.

L’atmosphère est lourde dans ce coin du Québec où oublier ne serait-ce qu’un peu est impossible. Où vivre avec n’est pas plus simple. Surtout quand les histoires s’entrechoquent, quand les disparitions d’enfant continuent, que l’on ne voit plus qu’elles…
D’un chapitre à l’autre, Andrée A. Michaud passe de l’un à l’autre, de Marnie à Bill, dans ce roman où le point de vue à la première personne alterne. La femme revient sur le territoire de son passé et ressasse les souvenirs essayant de comprendre ce qui a pu lui échapper ce fameux jours d’août où tout a basculé. Même si elle a été témoin, elle reste persuadée de ne pas tout avoir compris, son esprit ayant peut-être déformé la réalité, une manière de se protéger. Le père, orphelin de sa fille, celle pour qui il inventait des histoires, celle qui était le centre de sa vie, ne peut s’empêcher de se dire qu’il n’aurait jamais dû laisser sa fille seule ne serait-ce qu’un instant. Même si il sait qu’il est trop tard pour se le dire.

Les disparitions de Mike et de Billie appartenaient au monde incompréhensible du hasard et de l’inattendu. Chercher à les expliquer aurait été aussi vain que d’essayer de comprendre pourquoi Dieu jouait aux dés avec des adversaires archi-nuls.

La folie guette les deux protagonistes, ils s’enfoncent dans des fantasmes issus de cet esprit cherchant à les préserver, activant des réflexes de défense. Certains événements sont tellement durs à accepter, à vivre. La folie les guette mais ils le savent et tentent de l’apprivoiser, de s’en servir, de l’accepter.

C’est un roman profond, délicat, inconfortable. Un roman qui flirte avec nos doutes, qui se coltine nos plus grandes peurs, qui affronte ce qu’il y a de plus noir en chacun. Car les victimes se laissent aussi emporter par de sombres pensées, en essayant en vain de comprendre comment un enfant peut disparaître, comment on peut s’en prendre à un enfant. Et qui, pour avoir été confrontés à une telle affaire, se trouvent soupçonnés, diabolisés, passant rapidement de victime collatérale à suspect potentiel, automatique.

Les enfants disparus n’ont droit à aucune véritable sépulture. Ils n’ont droit qu’à un trou, qu’à un coin de dépotoir, qu’au rivage d’un marais glauque planté de quenouilles.

Il y a comme l’écho du Pendu de Trempes dans l’histoire de Marnie, de Lazy Bird dans celle de Bill, avec toujours cette eau qui semble faire le lien entre la vie et la mort ou la causer, les hanter, l’une comme l’autre.

Le fait divers et son impact sur les hommes vont être de nouveau au cœur de son roman suivant, Bondrée, conclusion de sa trilogie états-unienne. Andrée A. Michaud est, encore une fois, de manière plus évidente à chaque roman, une auteure, une romancière majeure, importante, authentique.

7 réflexions sur “Andrée A. Michaud, disparitions, Marnie et Bill à Rivière-aux-Trembles

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