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Keigo Higashino, le meurtre de Kirihara et les vingt ans qui suivent

Un an après La Prophétie de l’abeille, paraît La Lumière de la nuit. Il est traduit seize ans plus tard, en 2015, par Sophie Rèfle pour les éditions Actes Sud.

Alors qu’il s’apprêtait à vivre une journée de repos avec un roman policier de Seicho Matsumoto, Junzo Sasagaki déambule dans le quartier de Fuse, déguste une crêpe à la seiche avant de franchir le cordon policier tendu devant un immeuble abandonné en pleine construction où a été retrouvé le corps d’un homme. Il arrive à temps pour voir une femme entrer et identifier son mari, Yosuke Kirihara. Prêteur sur gage, l’homme a été frappé à l’aide d’une lame dans l’une des pièces du bâtiment fréquenté par les gamins du quartier, l’un d’entre eux ayant découvert son corps après avoir parcouru les conduits d’aération, comme aiment à le faire la plupart de ses camarades.
L’enquête de Sasagaki et de l’équipe qui en est chargée établit rapidement l’emploi du temps de Kirihara dans les heures qui ont précédés sa mort et, notamment, son passage à la banque pour retirer de son compte une somme rondelette. Il s’est ensuite rendu chez une cliente de son officine puis a disparu en la quittant. Un temps soupçonnée d’être sa maîtresse, Fumiyo Nishimoto, devient suspecte mais sa mort accidentelle à cause d’une fuite de gaz met un frein à l’enquête.

Ce sont deux des victimes collatérales de ces événements que nous suivons ensuite, Ryoji Kirihara et Yukiho Nishimoto, deux enfants âgés d’une dizaine d’années au moment des faits, grandissant sous nos yeux au travers de différents épisodes qui jalonnent leur existence et celle d’autres protagonistes qu’ils rencontrent au cours des années qui suivent.
Yukiho, adoptée par une tente, a changé de nom de famille, elle a maintenant comme patronyme Karasawa et fréquente une des écoles privées huppées de sa ville, un changement pour elle. Eriko Kawashima est fière d’en être devenue la meilleure amie. Elle admire la jeune adolescente qui semble faire fi des rumeurs courant sur son compte et ne pas prêter d’avantage d’attention à un élève du lycée public d’à côté qui l’a prend en photo quand elle sort de son établissement. Ce dernier se trouve bientôt dans une situation délicate quand une autre de ses cibles, désignée par un caïd de son lycée lui achetant ses clichés, est agressée, déshabillée de force et découverte inconsciente par Eriko et Yukiho.
On retrouve Ryoji quelques années plus tard quand il propose a deux de ses camarades un rendez-vous avec des femmes plus âgées. Les deux adolescents ayant besoin d’argent acceptent la proposition et vivent une expérience allant bien au-delà de la simple discussion annoncée au départ. L’un des deux lycéens, Tomohiko Sonomura, poursuit ensuite une liaison avec l’une des femmes plus âgée jusqu’à ce qu’elle meurt lors d’une de leurs rencontres dans un hôtel. Ryoji lui sauve alors la mise et ils deviennent liés par cette expérience.

Les personnes rencontrées par Yukiho et Ryoji jalonnent le roman, enrichissent notre connaissance des deux personnages et vivent des événements marquants. Le malaise grandit au long des 700 pages du roman. Une atmosphère délétère entoure les deux protagonistes.
Ryoji vit en marge, caché de la société, en connexion avec les évolutions de son époque, s’intéressant à l’informatique et finissant par en vivre avec Tomohiko qui travaille pour lui. Yukiho gravit les échelons, choisit de fréquenter le club de danse de son université, y rencontre des garçons issus de familles huppées.

L’évolution de l’intrigue nous est racontée de différents point de vue, de personnages apparaissant, suscitant notre empathie, et finissant par être rattachés à l’un ou l’autre des deux protagonistes principaux. Les pièces du puzzle s’imbriquent les unes dans les autres et Keigo Higashino parcoure non seulement l’histoire de deux enfants devenant adultes mais également celle d’une époque et des évolutions qui la marquent, notamment celle de l’informatique et des trafics qu’elle engendre. Il va même jusqu’à évoquer le gobie et la crevette.
C’est, comme à son habitude, une intrigue prenante que nous offre le romancier et on parcourt le livre avec un réel plaisir. Le fait que ce qui nous est raconté nous permet de découvrir et deviner par nous-mêmes le fin mot de l’histoire n’y est pas étranger. Un romancier qui nous procure le sentiment d’être intelligent, qui titille notre esprit de déduction en nous donnant au final quelques explications confirmant ce que nous soupçonnions, est un romancier intéressant, sachant jauger jusqu’où il peut nous dire les choses et en laisser d’autres dans l’ombre.
Un roman réussi, à l’équilibre juste.

Six ans après La Lumière de la nuit, le physicien Yukawa fait son apparition dans Le Dévouement du suspect X.

2 réflexions sur “Keigo Higashino, le meurtre de Kirihara et les vingt ans qui suivent

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