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Franz Bartelt, Gamelle et une série de meurtres qui dure

En mai est paru un nouveau roman de Franz Bartelt, policier comme il se doit, original comme souvent. Poursuivant dans la veine de ses deux derniers livres, Ah, les braves gens ! et Hôtel du Grand Cerf, et de son passage aux éditions du Seuil, il nous propose une enquête policière qui, sous des allures classiques et respectueuses du genre, nous offre une nouvelle fois une relecture du polar et un subtil mélange entre les codes inhérents à celui-ci et le regard sur les hommes et les femmes, l’humanité, de cet auteur décidément singulier.

Un incident a été rapporté de manière approximative par la presse. Les premières lignes nous le présentent tel qu’il s’est effectivement déroulé. Un homme coiffé d’un bonnet de plongée a agressé un aveugle dans un bus de l a ligne 17. L’agresseur n’est autre que Wilfried Gamelle, un policier en charge d’une enquête sur un tueur en série et ayant eu, pour l’occasion, une réaction épidermique qu’il regrette. D’autant qu’en donnant un coup de poing dans le ventre de celui qui le serrait d’un peu près, il a provoqué le bris de ses lunettes.
Parallèlement à l’enquête qui l’occupe depuis plusieurs années, il décide de rechercher sa victime et de réparer son erreur intempestive. C’est par les lunettes, au prix prohibitif, qu’il parvient à retrouver l’homme, Fernand Ladouce. Ce dernier se révèle très intéressé par le travail de la police, une curiosité qui remonte à très longtemps et qu’il voit l’occasion de satisfaire.
En mal d’idée, Gamelle écoute Ladouce et décide par exemple de convoquer tous les hommes de la ville de la taille de l’assassin, établie grâce aux différentes analyses scientifiques à partir des coups portés aux différentes victimes. Et il y a de quoi faire, plus d’une quarantaine. L’idée de mesurer tous les individus de la ville et de les répertorier pour scruter leur alibi plaît particulièrement à l’adjoint de Gamelle, un cul-de-jatte surnommé le bourrin et ne se déplaçant plus qu’en chaise à porteur depuis qu’il a touché un héritage lui permettant cette excentricité. Le reste du temps, il trace des lignes sur des feuilles blanches, se situant ainsi parfaitement dans les préceptes du commissaire pensant qu’un meurtrier finit toujours par être arrêté, il suffit que la police s’arme de patience pour cela.
L’emprunt que nécessite l’achat de la paire de lunettes de l’aveugle provoque une évolution dans le vie de l’inspecteur Gamelle, ses émoluments de la fonction publique ne lui permettant pas d’y prétendre (à l’emprunt), il prend un congé sabbatique et devient le chauffeur du nouveau mari de son ex-femme.

Les rebondissements ne sont pas pléthores mais les différentes scénettes proposées par le romancier ont, comme toujours, une singularité réjouissante, tout comme les pensées et réflexions de chacun des personnages. Le style est également toujours au rendez-vous, plaisant, prêtant à sourire à lui seul. Bartelt croque toujours ses semblables avec une telle gourmandise qu’on en redemande.
Cette troisième fiction publiée par sa nouvelle maison d’édition n’est peut-être pas la plus savoureuse, la plus aboutie, elle propose une expérience étrange. On prend du plaisir à sa lecture et il ne faut pas le bouder mais une impression bizarre s’empare du lecteur, de moi en tout cas, au fur et à mesure qu’il avance dans l’intrigue, le véritable intérêt semble se situer entre les lignes, dans ce que l’auteur ne dit pas, ce qu’il suggère simplement. L’exemple le plus parlant de cette sensation, de cette place que le romancier laisse à l’imagination du lecture, qu’il provoque, est sûrement la fin dont on se dit que tout cela fait un excellent début de roman.
C’est ça, en refermant le livre, on peut penser que nous avons lu une bonne introduction à la situation finale et que celle-ci pourrait parfaitement donner une histoire savoureuse. Une histoire à la Bartelt… presque comme l’impression d’être passé à côté du véritable roman.

On reste donc sur notre faim tout en ayant passé un bon moment de lecture. Rien d’étonnant à cela, l’écrivain manie si bien le paradoxe.
On attend déjà de le lire de nouveau.

Une réflexion sur “Franz Bartelt, Gamelle et une série de meurtres qui dure

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