DOA, la Fille et le Loup

Le huitième roman de DOA vient de paraître, deux ans après le second volet de Pukhtu. Intitulé Lykaia, il est édité par Gallimard, comme pour les cinq précédents, mais cette fois, hors collection. Les trois célèbres lettres, “nrf”, apparaissent sur la couverture sans que nous ayons entre les mains l’un de ces volumes de la “blanche”. En effet, la couverture est noire ou gris très foncé, le titre dans un gris plus clair et le nom de l’auteur plus sombre encore. On ne pourra pas dire qu’on ne nous a pas prévenus.

 

Une fille aux cheveux rouges est dans un monte-charge, seul un videur l’accompagne dans sa descente vers les sous-sols du bâtiment dans lequel elle est entrée. Le face-à-face entre les deux se prolonge, lui tatoué, les yeux injectés d’une encre rouge, elle lumineuse, sexy, attirante, les yeux vairons. Arrivés à l’étage du BUNK’R, leur guerre des regards Lykaia (Gallimard, 2018)cesse. La Fille arpente les différents espaces et couloirs du club qui baignent dans une musique classique, une fois n’est pas coutume. Elle atteint un endroit où une tente a été montée et où son amant, Markus, attend dans un fauteuil roulant, déjà sous l’emprise du produit qu’il devait prendre pour le spectacle dont il va être le centre. Et pour lequel il a payé très cher.

Un homme arrive ensuite, il nous raconte cela à la première personne. Vêtu de noir et d’un masque de loup, il parcourt l’assistance du regard et s’engouffre dans la tente pour se changer en évitant de se regarder dans un miroir. Il enfile une tenue de chirurgien et commence le happening programmé, une opération sur Markus, tout ce qu’il y a d’illégale.

Nous sommes à Berlin et l’allemand qui a voulu subir l’intervention est riche et adepte du sadomasochisme et la Fille, sa maîtresse, le domine. Elle assiste à l’opération dans la tente, salle d’opération d’un soir, alors que le reste de l’assistance est à l’extérieur, suivant tout sur des écrans.

Alors que l’objectif est atteint, le but déniché dans un recoin du corps de Markus, tout à coup, elle s’avance et procède à sa propre intervention… extrême, douloureuse, choquante et source de plaisir pour son amant. La douleur source de jouissance.

 

Quelques minutes plus tard, une fois sa tenue d’origine enfilée de nouveau, le chirurgien au masque de loup s’apprête à partir quand il aperçoit le Fille quittant le bâtiment abritant le BUNK’R. Il lui propose de la raccompagner.

 

Nous sommes au début d’un voyage dans le milieu du BDSM, bondage et discipline sadomasochiste. Dans cette première partie intitulée la fin muette de la nuit, titre inspiré d’Aragon, la Fille et l’homme-loup suivent leur chemin, chacun de leur côté. Et nous les découvrons petit à petit, à travers leurs activités et leurs différentes identités. Lui est un chirurgien déchu, ne pratiquant plus que clandestinement, défiguré, elle est une adepte du BDSM, des deux côtés, domination et soumission, ce qui n’est pas si courant.

Leur brève rencontre, vite oubliée, leur revient finalement. La fascination du Loup pour la Fille naît. Elle deviendra réciproque.

… une paire de souffreteux, plongés dans un enfer de tourments et pour qui le salut passe par l’abus des douleurs des autres.

Et DOA nous entraîne dans ce milieu et ses pratiques qu’ils vont pousser très loin. Trop loin ?

 

Ce n’est pas une lecture confortable que nous propose l’écrivain. D’une violence parfois presque insoutenable. Après avoir été puiser, dans ses romans précédents, à certaines sources du terrorisme actuel, à celles des guerres qui sévissent dans différents endroits du globe, il explore cette fois les sources qui mènent à d’autres extrémités. La douleur captive. Et entraîne loin, très loin. Au-delà des codes institués, une violence que l’on assène et que l’on subit. Conduisant à une fascination qui mène même au-delà des usages habituels, pratiqués dans les clubs s’y adonnant.

DOA nous emmène loin, de Berlin à Venise, sur un territoire à la lisière de la pornographie et d’une violence qui s’apparente à de la torture même si elle est consentie. Un sujet qui lui demande de jouer les équilibristes, sur le fil, pour éviter de tomber dans le grand-guignol ou l’insupportable. Il s’y attèle à sa manière. On sent le travail de documentation, la volonté de ne pas s’en aller trop loin. Même si nous sommes de toute évidence dans la fiction, l’imaginaire. Un imaginaire noir qui explore d’autres tréfonds de l’âme humaine. L’humanité à ses limites. Une recherche de liberté qui peut s’avérer vaine mais qui oblige à sonder la mémoire de chacun, qui oblige à l’affronter.

Pas plus ici que dans le monde vanille, celui des pauvres cons rétifs aux délectables violence du subspace, la liberté n’existe. Objet ou sujet, l’autre est un enfer nécessaire, il nous enchaîne à lui. Faire fi de l’interdit implique son existence. Sans interdit impossible de se penser en affranchi, à moins de vouloir devenir la norme et la norme, c’est la fin garantie de toute forme de licence. Et que dire de nous-mêmes, de nos vies, de ce qu’elles nous réservent, nous sommes tous prisonniers de nos propres expériences.

Nous sommes entraînés une fois de plus à la suite d’un loup. Ce loup qui rôdait déjà dans son premier roman, Les fous d’avril, que l’on a retrouvé dans son quatuor de Citoyens clandestins, avec ce lynx, félin autrefois considéré comme un cousin des loups, après avoir frôlé un chien noir dans La ligne de sang. C’est cette fois un loup désignant à la fois le masque porté par le personnage central et ce que ce masque représente. On croise de nouveau un Markus, comme le personnage principal de son premier roman, auquel ont succédé des Marc… La première personne alterne avec la troisième au grès des parties, il y en a trois, et de chapitres aux titres allant de la haine à l’affliction en passant par la colère, les lamentations ou l’oubli.

L’univers est là, celui d’un romancier que l’on a apprécié au fil de ses romans. Que l’on apprécie encore parce qu’il nous bouscule, nous chamboule, poussant jusqu’à nous traumatiser. Un jusqu’au-boutiste ne nous épargnant rien, nous obligeant à nous accrocher et à lire des descriptions à peine supportables.

Une plongée d’âmes abimées dans une noirceur sans fond.

 

Décidément, DOA est un explorateur et un conteur qui s’y entend toujours autant pour nous accrocher à ses pages, nous pousser à les tourner, quelle que soit l’intrigue. Un romancier à suivre, jouant toujours avec les limites, les maîtrisant, en espérant qu’il continuera ce tour de force dans la suite de son œuvre. Savourons ce roman-là en attendant le suivant.

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D.O.A., après le lion et le renard viennent les loups

Au premier trimestre 2015, D.O.A. nous avait offert la première partie de son dyptique autour de l’Afghanistan, Pukhtu : primo. En même temps qu’un nouveau territoire, il poursuivait là ses fictions sur le monde post 11-septembre, y incluant même certains des personnages qu’il avait créés pour ses premières incursions dans le sujet, à la “série noire”. Le lien était évident et il le confirmait ainsi. Enrichissant son univers romanesque. Ce lien se confirme d’ailleurs pleinement dans ce deuxième volet, Pukhtu : secundo, sous-titré Comme des loups, faisant la part belle à ceux qui étaient au premier plan dans Citoyens Clandestins, les seuls nouveaux d’envergure de ce dyptique s’avérant être Shere Khan, le chef de clan pachtoune, et Peter Dang, le journaliste.

Comme pour les séries venues d’outre-Atlantique auxquelles le premier opus faisait penser, le livre débute par un rappel de l’épisode précédent, à la manière de ces fictions télévisuelles : “Précédemment, dans Pukhtu

Après ce résumé, nous rappelant la collusion entre guerre et économie, parallèle, illégale ou non, l’action démarre là où nous l’avions laissée, forte pukhtu-gallimard-2016d’entrée. Nous sommes en septembre 2008…

Ghost est mal en point. Aux mains des talibans, l’espoir n’est plus de rigueur. Il faut résister.

Les première pages sont prenantes, violentes. Il s’agit d’une guerre et la compassion n’y a pas sa place.

Les rapports évoluent ensuite au fil des événements. Fox, malgré les difficultés, les doutes, a fini par gagner la confiance de Voodoo au sein de l’organisation paramilitaire privée 6N. L’heure est à la reconstruction du réseau que Voodoo était parvenu à bâtir et qui s’est vu particulièrement touché récemment. Il doit maintenir actif ce qui lui permet de financer les actions de son groupe et sa retraite, le trafic. En continuant à affronter la concurrence, ennemie et autochtone, principalement. Mais cela n’est pas simple, encore moins quand il faut le mener en même temps que la guerre.

Shere Khan sent la possibilité d’assouvir sa vengeance se rapprocher…

Alors que ces manœuvres se poursuivent, l’intrigue se décentre. Elle change de continent, revenant tout d’abord en France. Comme pressenti à la fin de Primo, Amel Balhimer, la journaliste aux yeux verts, reprend le dessus. Epaulée, accompagnée, protégée, par Daniel Ponsot, le flic, l’un des autres revenants des aventures précédentes, elle décide d’affronter ses peurs et cet homme à l’origine de sa déchéance, Alain Montana. Depuis Citoyens clandestins, la journaliste et l’ancien des services spéciaux sont liés et se méfient l’un de l’autre. Dans le même temps, nous allons en Afrique, au Mozambique, du côté de ce personnage entraperçu et constituant presque une aération dans l’intrigue du Primo, ce personnage que les lecteurs de Citoyens clandestins puis du Serpents aux mille coupures connaissent bien. Il s’est construit une vie mais son passé le rattrape, il va devoir redevenir Lynx, ce pseudo qui lui collait à la peau, cet animal autrefois appelé loup-cervier. En effet, Thierry Genêt a craqué, permettant à la DGSE de débusquer l’ancien exécutant de l’ombre.

J’ai essayé d’en dire le moins possible mais c’est déjà beaucoup.

Tout ce qui s’était mis en place dans l’opus précédent, tout ce que nous avions petit à petit intégré, est bousculé. Pour être plus précis, cela vole en éclats de partout. Explosé. Et, comme dans Primo, le principal moteur de l’intrigue est la vengeance. Le besoin de ne pas souffrir seul. Ce besoin de vengeance, qui continue à nourrir Ali Khan Zadran, s’empare d’autres personnages. L’un des moteurs de la guerre, des conflits, est là, au centre.

Tout vole en éclats et le cœur du roman change. Se déplace. Après les hommes au combat, ceux qui se sacrifient en première ligne, ce sont cette fois ceux qui sont derrière que l’on suit. Les journalistes, les financiers, les profiteurs, et ceux qui subissent, les sacrifiés pour la cause. Une cause bien souvent politique.

La vengeance mène les hommes mais constitue une motivation volatile. Elle pourrait parfois ne plus être suffisante. Pour se battre, il faut ne plus avoir peur de mourir, ou penser que sa mort le sera pour une cause plus grande… Et bizarrement, dans le maelström des luttes, ce n’est plus la haine qui est la plus forte mais bien l’amour ou la volonté de sauver les innocents.

Sur une année, D.O.A. nous balade d’Afrique en Europe, d’Europe en Afghanistan et retour, en passant par Dubaï ou le Pakistan. Il nous promène à la suite de ces personnages ambivalents, que l’on pourrait détester tant ils sont violents, sans pitié, mais dont on se prend à espérer qu’ils survivent, tellement les actions qu’ils mènent nous captivent, nous tiennent accrochés aux pages. Il fait des choix dans l’énorme matériau qu’il a accumulé, élaguant ici ou là, laissant sur le côté certains aspects de l’intrigue, certains personnages. Se constituant ainsi une réserve pour des intrigues potentielles.

Les points de vue alternent, ponctués par les dépêches des agences de presse ou des échanges épistolaires 2.0, jusqu’à un final éprouvant. Dans un style direct, allant à l’essentiel. Comme si l’auteur avait voulu renouer avec ces romans tentant de reconstruire des moments d’histoire, nous tenant en haleine autour d’instants ayant constitués les grands événements du vingtième siècle. Une ambition quasi-journalistique tellement l’intrigue est documentée, étayée, puisant à différentes sources certainement longuement recoupées. Un journalisme loin d’une certaine tendance à la certitude de détenir la vérité, comme si celle-ci pouvait être une et unique.

D.O.A. est au plus proche des individus, pas uniquement de ceux qui détiennent le pouvoir, ceux qui sont établis, mais bien de ceux qui forment la plus grande part de l’humanité.

Il est intéressant de voir le premier plan et les sentiments évoluer. Les deux seules femmes parmi tous ces hommes, Amel et Chloé, finissent par s’approcher du cœur de l’intrigue ou même par le constituer, subissant les événements sans pouvoir les influencer. Les hommes qui gravitent autour d’elles éprouvent à leur égard des sentiments d’une grande ambivalence, retrouvant grâce à elles une part d’humanité…

Décidément, D.O.A. est un écrivain important, ambitieux, dans le paysage littéraire français actuel, un auteur d’une grande exigence, conférant une dimension remarquable au roman noir. Un roman noir teinté de thriller.

C’est avec impatience que l’on va désormais attendre son prochain roman. En se disant que si l’on y recroise quelques uns des personnages qu’il nous a donné de rencontrer, le plaisir s’en trouvera sûrement augmenté, tellement l’univers qu’il a créé a fini par être un peu le nôtre.

DOA et la sale guerre en Afghanistan

Son dernier roman datait de 2011. Ecrit en duo avec Dominique Manotti, il s’intéressait au difficile arbitrage entre intérêts public et privé chez les politiques, entre bien de la nation et enrichissement personnel. Un arbitrage difficile qui fait couler l’ancre tous les jours. C’était L’honorable société.

Son dernier roman en solo remonte à six ans, il s’agissait d’un affrontement dans la campagne française entre des narcotrafiquants et un soldat surentraîné, en fuite et prêt à tout. Il s’intitulait Le serpent aux mille coupures et proposait un prolongement, pour l’un de ses personnages, au roman précédent, Citoyens clandestins, une histoire de lutte entre les services secrets, épaulés, et parfois dépassés, par des officines privées, et des apprentis djihadistes, sur le sol français. Une histoire post-11-septembre. Il y avait également une histoire de trafic de matières hautement surveillées…

DOA nous revient avec Pukhtu : primo, publié dans la “série noire” de Gallimard, comme les trois romans dont je viens de parler. L’action se déroule en 2008, de janvier à septembre, quatre ans après les événements de Citoyens clandestins, ce nouveau roman se situant une nouvelle fois, par certains aspects, dans la continuité de celui-ci. Nous y retrouvons en effet, cette fois-ci impliqués dans des événements d’une dimension internationale, Pukhtu (Gallimard, 2015)certains de ses protagonistes. Nous y retrouvons ce monde post-11-septembre, irrémédiablement altéré, pas seulement sous la plume du romancier. A la recherche d’un autre centre de gravité…

L’action principale se déroule à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan. Elle concerne d’un côté des paramilitaires US, constituant une unité de la 6N, et de l’autre des moudjahidines, dont Sher Ali, chef de clan pachtoune. La lutte entre ces deux groupes prend différents aspects, se situe à plusieurs niveaux. Les paramilitaires US ont une existence tout à fait légale, ils sont employés par une entreprise privée pour assurer des missions que l’armée ne peut assumer. Le clan de Sher Ali s’implique dans la lutte après que ce dernier ait subi une perte douloureuse lors d’une attaque de drone.

Mais, après un attentat en prologue, tout commence par le parcours de tonneaux détournés dont le contenu est précieux. Comme un écho du premier opus de la série, premier opus de DOA à la “série noire”. Ce contenu est de l’anhydride ascétique, un produit utilisé dans l’agroalimentaire notamment, mais aussi dans la fabrication de l’héroïne… un produit légal très surveillé…

Une officine paramilitaire, des barils d’un produit destiné à certains trafics détournés, nous sommes décidément en terrain connu. A cela s’ajoutent des journalistes qui sont prêts à beaucoup d’abnégation pour faire éclore la vérité et nous avons une intrigue étonnement proche de Citoyens clandestins et ayant pour sujet central la lutte contre le djihadisme, comme lui. Une lutte qui emprunte des chemins pas franchement reluisants, une nouvelle fois.

Même s’il y a ce parallèle entre les deux livres, la ressemblance s’arrête là. Là où le premier s’attachait à nous raconter l’espionnage des uns et des autres, l’infiltration d’un réseau et les difficultés pour les services de contre espionnage à coordonner leurs actions, celui-ci nous raconte la lutte entre combattants armés. Une lutte dans un environnement pas réellement accueillant puisque situé en altitude, dans une contrée pas toujours hospitalière. Une lutte qui se fait à coup de raides contre différentes installations et notamment celles qui produisent l’héroïne. C’est une découverte de l’Afghanistan et du Pakistan au travers de leurs réalités actuelles. De leurs difficultés et de la difficulté pour les Etats-Unis à y faire le gendarme.

Dans ce premier opus, le primo du titre, dont le sous-titre est Le lion et le renard, nous suivons Fox, ancien militaire d’élite, personnage à l’identité et aux motivations mystérieuses, découvrant le fonctionnement d’une officine paramilitaire US. Nous suivons Sher Ali, devenant Shere Khan, le roi lion, partant au combat par vengeance, un peu à la manière de Canarelli, officier états-unien croisé rapidement, engagé à la suite des attentats du 11 septembre. Nous croisons de nouveau Montana, déjà présent dans l’opus d’origine, tout comme Amel Balhimer ou Daniel Ponsot. Nous partons à la suite de l’enquête de Peter Dang, journaliste n’ayant plus que les lieux de conflit comme endroits où aller, fuyant une autre vie trop difficile à accepter… Il y a foisonnement de personnages, mais l’intrigue ne nous perd pas, elle se concentre petit à petit sur ce qui était au final annoncé dès le départ, le financement de la lutte par la vente de l’héroïne et la lutte du peuple pachtoune, d’une partie, contre l’envahisseur… une lutte qui emprunte petit à petit les mêmes armes que l’adversaire. Une lutte dont tous semblent être revenus mais qu’ils continuent pourtant.

On lutte pour le bien, eux contre le mal.

Nous suivons un renard, originaire de France, peut-être autrefois du désert, et un lion, blessé, mais se battant.

Dans la première moitié du livre, le lion et le renard sont accompagnés d’un troisième point de vue, celui de Peter Dang. Trois points de vue sur la guerre. Puis Peter Dang s’efface un peu, passe au second plan, et l’intrigue se rapproche de France, avec Amel Balhimer notamment, autre journaliste, ayant cédé à une vie d’excès, à une vie superficielle, détruite par l’intrigue de Citoyens clandestins, et toujours obsédée par sa conclusion… revenue même de son métier, de ce milieu journalistique…

La censure insidieuse et l’absence de courage, les grands discours et la posture, la servitude des uns, l’acceptation silencieuse des autres, l’inculture crasse et l’à-peu-près dissimulés derrière le prestige d’être la référence, un titre gagné de haute lutte par les plumes passées, le manque d’objectivité face à un réel décidément capricieux et rarement comme il faut, l’impossibilité de penser contre soi, voire l’interdiction de le faire, la défense de caste.

Il y a pléthore de seconds rôles, Montana, déjà cité, Voodoo, chef de l’équipe dont Fox fait partie, Tiny, Hafiz, partenaires de Fox, Qasâb Gul et Dojou, lieutenants de Sher Ali, et bien d’autres… Ça et la guerre, les trafics, les combats pas toujours motivés par de nobles considérations…

DOA maîtrise son sujet. Le conflit nous est présenté de manière détaillée, fouillée, justifiant toute la première partie. Nous le comprenons petit à petit. Nous comprenons petit à petit le point de vue de DOA… qui n’est qu’un point de vue, bien sûr. Documenté, mais un point de vue personnel, celui d’un auteur de fiction, un romancier.

La guerre est mère de toutes les commémorations mais c’est une mauvaise mère, elle ne respecte rien, ni les grandes idées, ni les hommes, elle les dévore et leur survit.

DOA maîtrise son sujet et l’installe, nous familiarise avec, sans que cela soit laborieux, c’est au contraire prenant, d’une offensive à une contre-offensive. D’un ralliement à un autre, d’une expédition punitive, à une autre. D’un côté puis de l’autre. C’est touffu mais prenant. On peut parfois penser à ces fictions que les Etats-Unis nous offrent sur eux-mêmes, Homeland, Argo, ou Zero Dark Thirty voire American Sniper. Même si DOA n’est pas de ces Etats-Unis, on peut parfois se dire qu’il s’agit du regard d’un occidental sur un conflit qui n’implique pas que l’Occident. Pour servir le propos et ne pas devenir indigeste, pour aller vite, l’archétype n’est jamais loin du stéréotype. Mais c’est le genre qui le veut. On peut imaginer que le romancier s’y est plié comme le lecteur doit l’accepter à son tour.

C’est ça l’Amérique, frère, un pays d’opportunistes planqués derrière un drapeau, pas une nation de guerriers.

C’est au final un roman qui vous tient en haleine, vous maintient, si vous avez accepté ce que j’ai évoqué plus haut. Rythmé par les dépêches de presse, scandant les actes de guerre, une guerre qui s’intensifie, scandant les jours qui passent et les victimes, qui enfantent de nouveaux désirs de vengeance. Un cercle sans fin. Un roman foisonnant, exigeant… dont le style cherche avant tout à servir l’intrigue… ne s’offrant que quelques rares échappées, envolées. Un style qui accompagne bien les méandres des motivations des différentes parties en présence, qui convient parfaitement à ses imbroglios humains, à ce désir de vengeance ou de perdition qui accompagne chacun des personnages. Qui rend bien la confusion des combats rapprochés. Un style qui sied moins à des scènes moins violentes, plus torrides, qui m’a moins touché dans ces autres moments rapprochés, moments qui auraient pu être excitants.

Un roman sur le fil. Qui avance de manière resserrée dans un premier temps avant de prendre de l’ampleur puis de se resserrer de nouveau pour nous accrocher un peu plus avant sa conclusion, toute provisoire. Une conclusion en forme de suspens, se rapprochant des différents protagonistes, les abandonnant dans des situations qui appellent une suite… à la manière des romans populaires à épisodes, ou des séries dont les états-uniens nous abreuvent à longueur d’année…

Etant donné le volume de ce premier opus, on se dit qu’il faudra prendre son mal en patience pour lire la suite de cette intrigue prenant la suite des fictions post-11-septembre que DOA commet depuis quelques années déjà. Une après 11-septembre qui trouve peut-être ses racines dans certaines légendes du peuple pachtoune, celles qui remontent à ce Pukhtu du titre… C’est en tout cas l’un des points de vue de DOA. A vous de vous faire le vôtre en attendant l’opus suivant. Pukhtu : deuxio ?

DOA et Manotti, associés pour une affaire d’état

Après deux opus dans la même lignée, DOA écrit avec Dominique Manotti (ou est-ce le contraire ?) un ouvrage qui fouille de nouveau les recoins sombres de notre société. Après le Net et l’intelligence artificiel, certaines pratiques occultes mêlant magie noire et pédophilie, les polices et officines secrètes, voici le pouvoir et ses accointances par toujours reluisantes.

En 2011, la “Série Noire” publie L’honorable société. Un roman rythmé et prenant.

Un roman qui décortique une affaire d’Etat, ou comment les politiques peuvent parfois favoriser l’intérêt privé plutôt que la chose publique. Une affaire d’Etat qui prend de l’ampleur à L'honorable société (Série Noire, 2010-2011)l’approche d’une échéance importante, celle qui désignera le plus haut des notables pour les cinq années suivantes.

Un homme meurt lors du cambriolage de son appartement. Il meurt parce que son retour n’était pas prévu, accidentel, un problème automobile. Revenu trop tôt, il surprend des hommes s’intéressant à son intérieur et plus particulièrement à certaines mémoires numériques… Cet homme s’avère être un flic. Un flic employé au commissariat à l’énergie atomique qui attisait également la curiosité d’un groupe éco-terroriste. A tel point que le groupe en question a été témoin de la mise à mort du fonctionnaire.

L’imbroglio est déjà important, une équipe de la PJ, dirigée par Petrus Pâris, va tenter de débrouiller l’histoire. S’approchant, pour ce faire, un peu trop près du pouvoir en place et de certaines agences trop liées à celui-ci.

Vous l’aurez compris, c’est une affaire nucléaire et de gros sous que désossent pour nous Dominique Manotti et D.O.A. Nous suivons les protagonistes aux prises avec leurs réalités, leurs convictions ou leurs ambitions. Un père ancien grand reporter près à le redevenir pour sa fille, des barbouzes à la main un peu trop leste, des candidats ne sachant pas trop comment gérer leur image, un flic abimé, ayant quelques compte à régler… Comment vont-ils faire ?

Les personnages sont peut-être moins fouillés que dans les précédents DOA, ils restent toutefois esquissés avec un certain savoir-faire. L’intrigue est prenante, chaque avancée faisant évoluer l’ensemble, les personnages tentant de suivre, de résoudre leurs problèmes, d’atteindre un but.

On le savait mais ce livre le démontre efficacement, il y a collusion entre pouvoir et argent… Cet argent qui n’a pas d’odeur et pour lequel ceux qui le convoite sont près à toutes les compromissions.

Un polar au rythme entraînant, à l’intrigue rigoureuse et construite avec un certain talent. Un polar qui trouve parfaitement sa place dans l’œuvre de DOA. Une œuvre à suivre.

DOA, série noire

En 2007 et 2009, D.O.A. publie deux romans intimement liés. Après le fantastique résolument noir, on plonge jusqu’au cou dans le roman noir.

Pour son arrivée chez Gallimard, à la “Série Noire”, le romancier publie un ouvrage ambitieux et foisonnant, Citoyens clandestins. Un roman qui offre un point de vue sur le terrorisme. Un roman très documenté mais pas un témoignage, il reste avant tout du côté de la fiction. Du côté d’une envie de l’auteur de conter une histoire. Avec des personnages riches et Citoyens clandestins (Gallimard, 2007)nombreux. Des personnages qui nous rappellent que DOA excelle dans la description des méandres de la conscience, de l’esprit.

Un produit toxique est volé lors de son passage à une frontière sensible. Un infiltré s’intéresse à un réseau lié au jihad. Une jeune journaliste va être confrontée à la dure réalité de son métier, attirée irrémédiablement au point d’être prête à s’y consacrer totalement, à tout lui sacrifier. Un personnage mystérieux, le Lynx, opère dans l’ombre, aux ordres d’une officine plus ou moins officielle. Nous sommes plongés dans de nombreux aspects cachés, sombres, de notre société. Dans de nombreux aspects sombres, cachés, d’une même histoire qui pourrait déboucher sur un événement retentissant, cauchemardesque…

Au travers des différents personnages, nous suivons un drame en marche et toutes les forces que le pays déploie pour l’empêcher. Des forces prêtes à oublier une certaine morale, à fermer les yeux sur des comportements limites. Des forces qui s’affrontent, issues de ministères, de services différents. Une concurrence pas toujours saine…

DOA décortique avec application un ensemble de micro-événements se déroulant à la périphérie de ce qui pourrait être l’intrigue principale. Mais le roman est tellement foisonnant que l’on peut y piocher, y choisir l’histoire qui nous plait, celle qui pourrait être centrale. Le suspens nous tient et nous accroche, les différents angles, points de vue, font que jamais l’on ne s’ennuie, jamais l’on ne se perd.

Le temps est encore un facteur important, scandé par des dates, à chaque début de chapitre. L’histoire se déroule sur une année, d’avril 2001 à avril 2002. L’histoire est également rythmée par les musiques que Lynx écoute.

C’est riche, prenant, et offrant un point de vue sur une société, ses côtés nauséabonds, ignorés, volontairement ou pas. Il y a de l’espionnage, du politique, et de l’humain, avec tout ce que cela peut comporter comme incertitudes, questionnements, approximations.

Avec DOA, nous ne sommes jamais loin du thriller et, à coup sûr, dans le roman noir.

Deux ans plus tard, Le serpent aux mille coupures frétille sur les étals. La plume de l’auteur est toujours aussi acérée.

Le temps reprend son cours. Les heures passent et sont comptées. Nous entrons dans l’histoire à H+6… et en ressortirons à H+88. Quelques jours dans un coin reculé de France où le hasard va faire se télescoper un homme solitaire et une organisation criminelle… ou plusieurs sur le point de se rencontrer.Le serpent aux mille coupures (Gallimard, 2009)

Un choc qui va entraîner quelques réactions en cascade, quelques violences dans un voisinage aux prises avec ses propres règlements de compte. Les points de vue se multiplient et les forces de l’ordre débarquent au milieu d’une histoire qu’elles vont devoir démêler en évitant un bain de sang qui paraît inéluctable.

Le fils d’un puissant trafiquant meurt sur le bord d’un chemin alors qu’une rencontre avec une autre organisation se préparait. Il meurt dans ce qui semble être un coup de malchance. Un motard blessé, a priori en fuite, a su se défendre quand un garde-du-corps s’est occupé de faire le ménage…

Le secteur va devenir l’objet de bien des affrontements…

Le gendarme Massé du Réaux, lieutenant-colonel de son état, sent le temps s’égrainer et certaines vérités lui échapper. Il va devoir les saisir avant qu’il ne soit trop tard.

C’est un livre direct, rapide, efficace. Il ne brasse pas de grands sujets de société mais décrit celle-ci au travers d’un fait divers dont les retentissements sont multiples.

Les personnages sont, une fois de plus, riches et la violence inévitable. Un appendice indestructible, inévitable, de la société.

Le regard est noir, désabusé, profond. Prenant.

Les mille coupures du titre sont une torture particulièrement raffinée et cruelle. Et cet opus apparaît comme un prolongement, un des nombreux possibles, du précédent… L’atmosphère y est presque la même. DOA n’en avait pas fini avec son intrigue, il pourra encore la prolonger à volonté tellement sa richesse est une invitation à le faire.

Pour s’en éloigner un peu DOA va se tourner vers une de ses semblables.

DOA aux frontières du réel

Les deux premiers romans de DOA flirtent avec le fantastique ou l’anticipation. Ils nous offrent d’emblée une certitude quant aux talents de conteur du romancier. S’aventurant sur des terrains dangereux, minés, il parvient à nous maintenir en haleine, sans nous dégoûter, sans nous donner envie d’aller voir ailleurs.

Le premier d’entre eux est paru en 2004 aux éditions Fleuve Noir dans la collection “Rendez-vous ailleurs”, tout un programme. Et, avec Les fous d’avril, avant d’être ailleurs, nous sommes avant tout à un autre moment. Plus tard. En 2019. Nous sommes à un autre moment et le temps va rythmer les chapitres, ils égrainent un compte-à-rebours tout en nous Les fous d'avril (Fleuve noir, 2004)propulsant quelques semaines plus tard. Nous allons évoluer entre un futur proche et un futur à peine plus lointain. Le premier chapitre prend place à H+5512. Le suivant sera à J-6. Une manière de jouer avec le temps que D.O.A reprendra. Chaque titre de chapitre reprend les premiers mots de celui-ci.

En 2019, Markus Freys est un flic. Un flic recruté par Europol et exerçant à la préfecture de police de Paris sous les ordres du commandant Martin-Ruche. Une affaire va le ramener aux années qui ont précédé son arrivée dans la capitale. Une affaire qui commence de manière violente, un massacre dans un centre commercial, un massacre perpétré par un homme qui n’avait jusque là pas le profil pour ce genre d’acte. Un homme qui exerçait comme passeur sur le Réseau. Un “collègue” du frère de Markus, Joshua. Ou un homologue, tant le monde des passeurs est vaste. Ce massacre perpétré dans un centre commercial l’est quand Markus s’y trouve également… Le meurtrier va être arrêté, hospitalisé car son cerveau en a pris un coup. Mais l’affaire est bien plus compliquée qu’un simple coup de folie. Les passeurs sont devenus des cibles. Pourquoi ? Pourquoi les Etats-Unis s’intéressent-ils à l’affaire ? Avec l’aide de sa coéquipière, Nelly Trin-Dhi, Lise Redon, une psychiatre et Joshua, son frère passeur, Freys va mener l’enquête, tenter de comprendre de quoi il retourne et s’approcher d’êtres si semblables à lui.

Le Réseau, c’est le futur d’Internet. DOA imagine ce qu’il va devenir, son importance, comment il sera géré techniquement. Les travaux sur l’intelligence artificielle venant parasiter le tout.

C’est un roman qui envisage les conséquences de certains dangers, certaines failles. De certaines recherches. C’est un roman rythmé qui nous tient en haleine tout en nous offrant une galerie de personnages riche, variée.

C’est un roman noir où l’intrigue enfonce un peu plus, à chaque page, les personnages dans leur vulnérabilité, leurs côtés pas forcément avouables. Une intrigue qui les malmènent, les torturent.

DOA, dès ce premier roman, combine le rythme de certains thrillers, l’envie de tourner la page encore et encore, avec une intrigue lorgnant du côté de ce que l’âme humaine pourrait faire (à déjà fait) subir à quelques avancées scientifiques, tout en maltraitant ses personnages, comme la société le fait chaque avec la plupart d’entre nous…

Un roman noir d’anticipation.

Avec un petit clin d’œil en prime à Bret Easton Ellis, dont le premier chapitre d’American Psycho avait été maladroitement traduit par Les fous d’avril.

La même année, toujours aux mêmes éditions, paraît le deuxième opus du romancier. Cette fois, c’est dans la collection “Les Noirs”. La ligne de sang connaîtra quelques années plus tard, en 2010, une nouvelle version, revue par l’auteur et éditée dans la collection Folio policier. C’est cette version que j’ai lue.

Après la capitale de la France, nous sommes cette fois dans celle des Gaules. Un retour au présent et un déplacement vers les rives du Rhône. A Lyon, deux flics vont se trouver aux La ligne de sang (Fleuve Noir, 2004)prises avec une étrange affaire. Priscille Mer, de garde à ce moment-là, croise Marc Launay rentrant chez lui. Ils se croisent sur le lieu d’un accident. Un motard roulant vite est venu s’encastrer dans une voiture en se déportant dans un virage. Un banal accident de la circulation a priori. Mais l’accidenté, dans le coma, semble sortir de chez une femme qui a disparu. Marc Launay sent une affaire comme il en voit parfois à la PJ, où il est chef d’équipe.

Le motard est, d’après les témoignages recueillis, le dernier à avoir vu la disparue. Que s’est-il passé alors ? Un blessé dans le coma peut difficilement aider, témoigner. Les flics vont devoir aller chercher les informations où ils peuvent… Et ils vont petit à petit réaliser que leur instinct, celui qui les pousse à approfondir une affaire qui pourrait ne pas en être une, ne les trompe pas. Ils sont devant un cas à part. Une enquête comme on en rencontre rarement. Une enquête qui va se révéler sordide et à la limite d’un monde qu’ils croient connaître.

Après l’anticipation, DOA se confronte au fantastique. Un fantastique ancré dans le réel et se frottant aux plus bas instincts humains. Un fantastique affleurant dans une enquête tellement réelle.

Un homme est de nouveau dans le coma, un homme dont l’histoire va faire l’objet d’une recherche, dont l’histoire va progressivement se révéler. Et au fur et à mesure de la découverte, on s’enfonce un peu plus profondément. La progression est inéluctable et nous la suivons avec résignation et curiosité… Car, une fois de plus, les pages tournent toutes seules. Débarrassé de la nécessité d’expliqué un monde qui n’est pas tout à fait le nôtre, comme dans le roman précédent, DOA nous tient, nous happe. Il suggère et provoque le malaise sans avoir toujours besoin d’expliquer. Le trouble s’insinue comme il s’insinue dans l’esprit des personnages… Puis la réalité rejoint l’imagination. Celle qu’a provoquée l’auteur.

Le nom de la collection est particulièrement adapté, c’est noir. Et les deux flics, tout comme nous, s’enfoncent inéluctablement dans certains méandres de l’âme humaine plutôt nauséabonds.

D.O.A. va poursuivre son œuvre dans une autre maison d’édition et son exigence persistera. Pour notre plaisir.

D.O.A. sous mes yeux

Il y a des auteurs dont on diffère la lecture. Pour diverses raisons.

Des auteurs dont tout le monde parle, que tout à coup, il faut avoir lu. Des auteurs dont ce qu’on en dit colle si bien avec ce que l’on lit habituellement, avec ce que l’on recherche dans les livres, que l’on préfère s’en éloigner pour ne pas être déçu ou pour se dire qu’il nous reste cette valeur sûre pour les envies irrépressibles de découverte. Une assurance pour les jours de curiosité prononcée.

DOA est apparu dans mon univers par l’intermédiaire de témoignages, de chroniques, d’articles, fleurissant un peu partout sur la Toile. A l’occasion de la sortie de Citoyens clandestins. Un nouvel auteur apparaissait. Du moins, c’est ce que je croyais. Il s’agissait en fait d’un nouvel auteur pour la maison d’édition qui l’accueillait. J’ai découvert ensuite qu’il avait déjà sévit ailleurs, commis d’autres romans. Peut-être en commet-il sous un autre nom ?

Il est apparu, chroniqué, lu, débattu, et puis récompensé. Il est apparu d’abord en grand format dans une collection qui existait jusque peu de temps auparavant dans un format de poche et qui proposait, du coup, des romans à des prix abordables. Si j’ai différé ma découverte des romans du monsieur, c’est également pour cette raison, éditoriale, on hésite à investir (car vu les prix, l’achat d’un bouquin peut parfois relever de ce type de démarche), à mettre autant d’argent dans un ouvrage dont on n’est pas certain qu’il nous conviendra…

Ma patience a duré, un autre roman est sorti, puis une réédition revue et corrigée par l’auteur d’un livre précédent. Ça commençait à faire pas mal…

Les romans étaient enfin en poche, j’ai pu acheter d’occasion son dernier commis en duo. Il ne me manquait plus qu’à dégotter son premier roman pour vous en parler et là, il m’a fallu de nouveau m’armer de patience. Plus édité, plus disponible sur les différentes plates-formes de vente, j’ai attendu avant de le trouver enfin. Pour le prix du neuf (je parle sacrément de sous aujourd’hui !), mais cette fois, l’investissement n’était plus hasardeux, je connaissais la qualité du bonhomme et savais que je le lirai et que je l’apprécierai un minimum…

En quatre romans en solo plus un en duo (jusqu’à maintenant), DOA a parcouru un sacré chemin, délimitant du même coup un univers intéressant et ce romancier qui se mue parfois en scénariste, né un 23 septembre 1968 (son anniversaire approche), a su maintenir une exigence au fil de son œuvre qui pousse à le lire encore, à ouvrir ses bouquins avec une certitude certaine, celle d’être bousculé, interrogé, captivé, dans un style travaillé.