Murakami Haruki à l’oeuvre (1)

Le premier roman traduit de Murakami, dans l’ordre chronologique des parutions au Japon, est le troisième opus d’une trilogie. La trilogie du Rat. Les épisodes précédents sont toujours attendus de ce côté-ci du monde…

La course au mouton sauvage est arrivée chez nous en 1990, huit ans après sa parution originale. Murakami avait déjà La course au mouton sauvage (1982)une certaine notoriété, ayant obtenu le prix Gunzo pour son premier roman, le premier de la trilogie du Rat, dont le titre pourrait être traduit par Ecoute le chant du vent et qui date de 1979. Ce premier opus est publié alors qu’il n’a que vingt-neuf ans et qu’il vient de passer un certain temps à chercher une manière d’exprimer les sentiments dans la langue japonaise, lui qui se sentait plus proche, plus à même de le faire en anglais… D’entrée, Murakami se situe comme un novateur, c’est ainsi qu’il est perçu dans son pays.

Avec La course…, il achève donc sa trilogie, passe à l’écriture à plein temps et nous offre une histoire déjà très proche de l’univers qu’il développera plus tard, très proche de cette narration qu’il va faire évoluer au fur et à mesure des années. Un homme, ayant fondé sa société, se voit contraint de mener une quête pour permettre à son entreprise de ne pas péricliter. La publication d’une revue dont il a la responsabilité est suspendue à cette quête, la recherche d’un mouton rare, très rare, qui apparaît accidentellement sur une des photos que devait utiliser le magazine. Lorsqu’il part à la recherche du fameux mouton, sa vie est au bord de basculer, en équilibre instable, sa quête va l’amener dans un univers qu’il ne soupçonnait pas, le rapprochant d’un ami qu’il a côtoyé auparavant, le Rat.

La frontière entre le rêve et la réalité est particulièrement fine dans les romans de Murakami, dans celui-ci notamment. Avec un style d’une grande simplicité, il parvient à nous captiver, à nous donner envie de tourner les pages dans une intrigue qui ne multiplie pourtant pas les rebondissements. Des histoires se succèdent à mesure que l’homme avance, des histoires qui font avancer l’histoire, des intrigues imbriquées les unes dans les autres. Comme je l’ai déjà dit ici, Murakami nous offre dès le début (le début de son histoire chez nous en tout cas) un roman inclassable… et il ne s’arrêtera pas en si bon chemin.

Après cette première entrée en matière et une pause consacrée à l’écriture de nouvelles, Murakami va écrire et publier deux de ses romans les plus importants de mon point de vue. A commencer par La fin des temps. Paru en 1985, ce livre est un livre marquant… qui m’a marqué en tout cas.

Deux histoires se font échos, s’entrecroisent sans que l’on soit bien sûr qu’elles aient un rapport entre elles. Une histoire qui s’appelle le pays des merveilles sans merci et une autre la fin du monde (cette partie étant le développement La fin des temps (1985)d’une nouvelle, comme souvent chez Murakami). Dans ces deux histoires, le personnage principal nous parle à la première personne. Dans les deux histoires, il découvre un monde qui ne semble finalement pas si nouveau que cela.

Nous pénétrons, avec ce roman, un peu plus dans l’univers de Murakami. Un univers où les pensées, l’imagination, ont autant d’importance que la réalité. Un univers où les pensées et la réalité s’imbriquent tellement qu’elles s’influencent l’une l’autre.

Le monde imaginaire que nous offre Murakami ne semble jamais bien loin de celui dans lequel nous vivons, le monde réel qu’il décrit peut parfois paraître déjà hors du temps, difficile à appréhender… si proche des difficultés que nous avons parfois à le comprendre.

La fin des temps est un superbe roman mêlant deux univers parallèles, deux univers pas si parallèles au final puisqu’ils se croisent, sans que l’on n’en soit jamais vraiment sûr. Murakami nous entraîne dans ses intrigues en nous prenant par la main et en nous montrant que le rêve peut parfois être effrayant et la réalité rassurante.

Le roman suivant, paru en 1987, s’intitule La ballade de l’impossible. C’est une nouvelle fois le développement d’une nouvelle… nouvelles qui lui servent de champ d’exploration littéraire et de défrichement de ce que la littérature offre comme possibilités, lui offre comme possibilités. Ce roman s’inscrit de manière clair dans la réalité, l’imagination restera dans la tête des personnages, influençant leurs actions mais ne venant jamais polluer, changer, ébranler le monde réel. Même si ce monde réel peut parfois paraître étrange. C’est un retour à ce qui avait fondé ses deux La ballade de l'impossible (1987)premières œuvres, non traduites à ce jour (ai-je l’air de le regretter ?).

C’est un roman d’apprentissage, un roman du passage à l’âge adulte et l’un de ses plus gros succès au pays du soleil levant. Le titre original fait référence à une chanson des Beatles, qu’il reprend d’ailleurs, Norwegian Wood. Il s’agit là de l’une des facettes de la narration chez Murakami qui n’hésite pas à évoquer, à convoquer son univers personnel fait notamment de chansons des années 50 à 70… Dans ce roman en particulier, la musique revêt une grande importance. Pour son pouvoir d’évocation à n’en pas douter. Et pour ce que cela peut nous rappeler de l’adolescence, où elle définit tellement les personnes ou à travers laquelle les adolescents se définissent tellement. Sans le dire, sans lourdeur, Murakami nous raconte la fragilité de ce moment de la vie. En nous captivant une fois de plus.

Il écrit quasiment instantanément, et presque en réaction au précédent un roman qui renoue avec la trilogie du Rat. Comme un besoin de revenir à ce qui avait fondé son travail, à ce qui avait été son évolution avant La ballade de l’impossible. Danse, danse, danse paraît en 1988. Et connaît également le succès, comme une conséquence de l’énorme vague soulevée par La ballade

Dans ce roman, écho à sa première trilogie puisqu’on y retrouve le même narrateur mais que le Rat n’est plus évoqué, le personnage principal retourne sur ses pas, retourne sur le chemin qu’il avait emprunté lors de sa quête du mouton siDanse, danse, danse (1988) particulier. Le personnage revient sur ses pas et surtout à l’hôtel par lequel il était passé la première fois. Mais cet hôtel a changé, gardant le même nom mais entièrement reconstruit. Un hôtel moderne qui cache pas mal de secrets. Dans lesquels le narrateur pourrait bien se perdre.

Vous l’aurez compris, d’un roman à l’autre, l’œuvre de Murakami change, évolue, prenant toujours une nouvelle forme jamais totalement étrangère aux précédentes.

Murakami recherche un style simple, un style suffisamment évocateur n’étouffant toutefois pas l’intrigue, n’étouffant pas l’univers qu’il développe sous nos yeux, au fil des pages.

Une fois de plus, nous sommes emporté dans un espace à part, un espace où le réel et le fantastique se mêlent, s’entrecroisent…

Après le succès important des deux romans écrits coup sur coup, Murakami va mettre du temps à retrouver le chemin de la fiction, du romanesque… Il va mettre du temps pour aboutir à un des romans importants jalonnant son œuvre plutôt prolifique dont il faudrait également évoquer les nouvelles, nombreuses.

Publicités

Haruki Murakami sur mes étagères

C’est là que je l’ai trouvé. Sur mes étagères.

Il y était déjà quand je me suis penché sur le bonhomme. Pratique, non ? Je n’ai pas eu à me pencher trop bas, à inspecter les avis en ligne. Il était là, pas comme une évidence, pas tout à fait, mais presque.

La couverture d’un de ses romans (à vous de deviner lequel !) m’a fait de l’œil pendant quelques temps, la tête blanche d’un chat en porcelaine derrière des poissons rouges ou jaunes qui nagent… Il m’a fallu un moment pour y arriver. Le titre du livre (non, je ne le vous dirai pas) ne m’attirait pas particulièrement, trop excentrique, trop poétique, ou voulant se donner trop des airs de je ne sais quoi.

Ce roman n’est pas resté seul bien longtemps, un signe. D’autres du même l’ont rejoint, avec des titres toujours aussi particuliers, excentriques, mais qui devenaient moins bizarres. On s’habitue, on se laisse adopter, séduire.

Je parcourais les quatrièmes de couverture en me disant que, finalement, je les lirai bien ces bouquins.

J’ai succombé assez vite, en fait. J’en ai lu un puis deux et j’ai décidé de me mettre à ma vieille marotte, les lire dans l’ordre chronologique de leur parution originale (dans la langue de Mishima, je veux dire). Et j’en suis arrivé maintenant à celui dont la couverture m’avait fait de l’œil au tout début et qui s’avéra être l’un des derniers en date.

Au fur et à mesure de l’exploration de l’œuvre de Murakami, j’ai également eu envie d’explorer d’autres romanciers de son pays, des romanciers qui pourraient lui être proches. J’ai feuilleté Yoko Ogawa, excellente novelliste, Junichiro Tanizaki, un grand ancien, et bien d’autres…

J’avais déjà lu Mishima mais la porte d’entrée vers la littérature du soleil levant aura été Murakami, après, ou en même temps que quelques approches par des romanciers européens, anglais, de ce pays lointain, je pense à David Peace ou Mo Hayder…

L’œuvre de Murakami me touche vraiment, allez savoir pourquoi, un auteur qui se permet beaucoup sans que ça ne soit jamais artificiel, au contraire, tout lui semble si familier, tout semble si évident. Une œuvre d’une grande originalité et si proche de chacun.

Murakami continue à écrire, sa dernière œuvre est en cours de traduction. Parue au Japon l’année dernière, ce roman, en trois tomes, a battu des records de vente, atteignant un tirage assez impressionnant… Et sa carrière n’est pas finie, il est également en cours de traduction en anglais… Et Murakami a quelques accointances avec les pays baragouinant cette langue.

Un grand, je vous dis !

Murakami Haruki en ligne

Murakami est un nom qui se porte beaucoup au niveau artistique. On a entendu parler de Takashi et de son exposition à Versailles. En littérature, Ryu cohabite avec celui que je vais maintenant évoquer, Haruki. Ces différents Murakami n’ont a priori aucun lien familial et Haruki est assez visible sur la toile, plus que les autres en ce qui concerne sa partie francophone… Pas de parasitage donc.

Murakami Haruki est un auteur dont la notoriété est importante, il est régulièrement pressenti pour le Nobel, pour succéder à Oe Kenzaburo en ce qui concerne le Japon… Mais Murakami n’est pas seulement un auteur nobélisable, c’est un auteur d’une grande inventivité, qui sait créer un univers à chaque ouvrage, qui sait nous emporter à la limite du rêve et de la réalité… Nous ne sommes pas dans le roman noir comme les auteurs précédemment évoqués ici, mais nous sommes à coup sûr du côté des grands auteurs. De ceux, qu’à mon avis, il faut avoir lus, ou en tout cas qui méritent de l’être. Je ne suis pas le seul à le penser puisque Murakami est également un auteur qui a ses lecteurs, nombreux, un peu partout dans le monde.

Sur la Toile, donc, il est présent, un peu partout. Il fait l’objet de nombreuses présentations plus ou moins intéressantes ou fouillées. Il a été l’auteur du mois en octobre 2005 sur le site Lecture & Ecriture. L’occasion d’un échange entre lecteurs sur quelques uns de ses romans après une présentation rapide de l’auteur, l’occasion de parcourir son œuvre. Une présentation rapide avec bibliographie nous est également proposée par Wikipédia, sans s’attarder longuement sur l’œuvre et le style du romancier elle nous propose un rapide survol de ce que l’on peu dire sur lui. Sur Un monde à lire, la biographie de Murakami est agrémentée de l’extrait d’une interview parue dans l’Express, malheureusement ni cette interview ni le texte de présentation de l’auteur ne sont datés mais cela paraît récent puisqu’est évoqué le roman Kafka sur le rivage paru en France en 2006…

Deux sites incontournables nous parlent également de Murakami. Shunkin.net, site consacré à la littérature japonaise nous offre, outre une rapide biographie, une bibliographie complète des œuvres traduites en français et une série de sites évoquant l’auteur… Sur Le cafard cosmique, dont j’ai déjà parlé, une présentation par Mr C. toujours aussi intéressante est mise en ligne. Je termine mon tour d’horizon de la toile avec une analyse fouillée de Alain François sur le site Le portillon, à lire.

Pour en finir avec la présence de Murakami Haruki en ligne, je vous citerai un site qui lui est entièrement consacré, en anglais, une interview datant de 1997, accordée à Laura Miller, en anglais, de nouveau, assez longue et intéressante sur le site Salon, et son site officiel, toujours en anglais… eh oui… Murakami a des liens très forts avec cette langue et la culture d’outre-Atlantique.

Très présent, très prisé, reconnu, au point d’avoir un article à son sujet, signé Anne Bayard-Sakai, dans l’Encyclopaedia Universalis, Murakami est avant tout un auteur d’une grande richesse et d’une grande profondeur, à l’univers si particulier…

Après une brève évocation de ma rencontre avec son œuvre, je vous parlerai de celle-ci.