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Entretien avec Franz Bartelt (2007)

Jérôme Jukal : Comment aborde-t-on l’écriture ?

Franz Bartelt : Sans doute qu’il faut apprendre à ne pas se presser. Dhôtel disait : « Ecrire, c’est s’approcher lentement. » En lisant, beaucoup. En regardant autour de soi. A un moment donné, on sait un peu mieux ce qui est bien, ce qui nous plaît, ce qui nous convient. Mais aussi, plus objectivement, ce qui nous rapproche de la bonne qualité et ce qui nous en éloigne. Je crois qu’il faut tout faire assez posément. Prendre le temps. Le premier de mes romans publiés, Les fiancés du paradis, était le trente-quatrième ou le trente-cinquième que j’avais écrit. A ce moment-là, devant la pile de manuscrits, j’ai commencé à me dire, qu‘il y avait quelque chose de pas trop mal. J’avais un stock, des réserves. Je suis d’une génération qui a été élevée sur le livret de caisse d’épargne.

 

 

JJ : De toute façon, l’écriture, c’est intéressant, non ?

FB : Je ne sais pas si c’est intéressant. C’est moins fatigant que le travail. Enfin, je veux dire que c’est une fatigue plus amusante que celle du travail d’usine.

JJ : Ce n’est pas un travail ?

FB : C’est une sorte de travail, mais ce n’est pas un métier. La menuiserie, par exemple, est un métier. Il arrive un moment où le menuisier sait faire des tables et des chaises. A partir du moment où il sait faire des tables et des chaises, il saura en faire jusqu’à sa mort. Le type qui écrit un livre ne sait pas s‘il saura en écrire un autre. A chaque nouvelle tentative, il repart à zéro. Je dirai même qu’il repart à zéro à chaque page.

JJ : Combien de fois êtes-vous reparti à zéro ?

FB : Autant de fois qu’il y a de jours dans une vie. Je ne tiens pas une comptabilité précise de ces choses, mais il me semble qu’avec les pièces de théâtre jouées, les feuilletons diffusés par la radio et les romans publiés, j’ai aventuré une centaine de titres dans la nature. Mais cela ne constitue par une garantie pour la suite. Aujourd’hui, quand je me mets au travail, j’ai à peu près autant de difficultés qu‘il y a quarante ans. Sauf que maintenant je suis moins indulgent avec moi-même. Quand une phrase est bancale ou quand elle sonne le creux, je n‘essaie plus de la sauver en m‘inventant des justifications, je la supprime tout de suite, sans états d‘âme. Quand on a vingt ans, on hésite, on n’a pas encore détecté ses faiblesses, on manque probablement d’humilité. Au fond, c’est une chance. Aujourd’hui, quand je tombe sur un de mes vieux manuscrits, je le trouve exécrable et je me dis que, dans vingt ans, il n’est pas impossible que ce que j’écris aujourd’hui, et qui me semble bien, me paraisse alors parfaitement calamiteux.

JJ : Quand vous avez publié, vous écriviez depuis combien de temps ?

FB : Depuis toujours, pour le dire vite. Les premiers textes qui, si on peut dire, ont été publiés, c’était en 67, j’avais 16 ans. Il y a de cela une quarantaine d’années. De se voir imprimé pour la première fois, c‘est une émotion assez disproportionnée quand on mesure le plaisir qu’on éprouve aux quelques lignes qui ont mérité de la typographie. Par la suite, j’ai publié à peu près régulièrement, plutôt de la poésie, dans des revues, dans des feuilles confidentielles. Je triais déjà. Sans fausse modestie, j’avais le choix entre le pas très bon, le quelconque, l‘insignifiant et le maladroit. En gros, ça n’avait pas d’intérêt. C’était gentil, pleine de bonne volonté, un peu laborieux. Il m’a fallu une quinzaine d’années pour vraiment trouver une forme qui corresponde à ce que j’avais envie de faire. J’ai commencé à me sentir plus à l’aise en 84, quand j’ai commencé à écrire pour la radio et pour les journaux.

JJ : Vous raturez beaucoup quand vous écrivez ?

FB : Non. J’essaie, autant que possible, d’écrire sans ratures. De peser chaque mot avant de l’écrire. C’est une rêverie, un peu comme de rechercher les paroles d’une chanson qu’on a connue par cœur et qu’on a oubliée, mais qui subsiste quelque part dans la mémoire, et qu’on retrouve par fragments, par bribes qu’il faut ajuster pour reconstituer le couplet.

JJ : Et, il y a des jours où c’est plus dur que d’autres ?

FB : C’est difficile tous les jours, plus ou moins. Mais, il y a des jours où ça fonctionne plus allégrement, on est en forme, les choses sont simples, les mots semblent se mettre à notre disposition. Il n’empêche qu’il faut tout de même y consacrer des heures et des heures. Parfois, c’est plus embarrassant. On a l’impression qu’on n’écrira plus une ligne. Mais, pour bien faire, il faut quand même consacrer autant d’heures à ne pas écrire qu’on en consacre à écrire, quand ça va. Attendre, se morfondre, craindre le pire,  fait aussi partie de l’écriture.

JJ : Est-ce que vous vous êtes déjà demandé pourquoi vous aviez commencé à écrire ?

FB : Je crois que c’est un accident de la nature, une bizarrerie, comme de naître bossu dans une famille de gens bien droits. Et, peut-être, une conséquence de la lecture. Quand j’étais enfant, je lisais beaucoup. Nous habitions à la campagne. A part l’école communale, le catéchisme et le football, il n’y avait rien à faire. C’est ça, à mon avis, quand on n’a rien de mieux à faire, on lit et on écrit. Ce sont des voyages qui sont à la portée de tout le monde. Je ne suis pas d’une famille où on écrivait. Mon père était menuisier, mes grands-parents maternels étaient ouvriers dans les filatures, mes grands-parents du côté de mon père étaient paysans, petits paysans. L’écriture m’a attiré, très jeune, sans raisons. Il n’y a pas d’explication, du moins je n‘en ai jamais trouvé. D’ailleurs, pendant des années, j’ai pensé que c’était une erreur de ma part, une tare, quasiment une maladie honteuse. Je ne me vantais pas d‘écrire. Je pensais que ce n’était pas légitime. Et c’est pour ça peut-être que j’ai autant tardé à publier. Il fallait vraiment que je me prouve à moi-même que ce que je faisais était fondé. D’un autre côté, c’est bien aussi, de ne pas être impatient, parce que, souvent, ce qui peut arriver de pire à un auteur, c’est d’être publié trop tôt. Et d’en être réduit à chercher perpétuellement à reproduire ce premier coup de chance.

JJ : Gallimard édite la plupart de vos romans. Mais vous publiez aussi d’autres ouvrages chez de petits éditeurs…

FB : A vrai dire, je ne fais pas la différence entre les grands éditeurs et les petits. Tous les cas de figures sont possibles. En général, les petits éditeurs permettent à un auteur de se voir ouvrir les portes des grandes maisons d’édition. En ce qui me concerne, ça a été le contraire. La grande maison Gallimard m’a ouvert les portes de petites maisons qui n’auraient pas parié un kopeck sur mes manuscrits.

JJ : J’ai lu quelque part, qu’il y a une partie de ce que vous écrivez dans la journée qui n’est pas destiné à la publication.

FB : C’est vrai. C’est une espèce de gros manuscrit, qui fait maintenant, je ne sais pas, au moins 150 volumes. Ce n’est effectivement pas destiné à la publication, mais de temps en temps, j’en extrais une partie, quand on me le demande. C’est le cas pour Plutôt le dimanche, Nulle part mais en Irlande, Les Biscuits roses et quelques autres.

 

 

JJ : Vous passez beaucoup de temps à écrire, mais cela vous laisse-t-il le temps de lire ?

FB : Je lis tous les jours. Lire, c’est une façon d’écrire.

JJ : Que lisiez-vous quand vous étiez jeune ?

FB : Quand j’étais jeune, je lisais plutôt des romans. Surtout des romans policiers, parce que ma mère en lisait. Je lisais aussi tous les auteurs qu’on lisait à l’époque, comme, entre autres, François Mauriac, Pierre Benoît, Paul Vialar. Et même Guy Des Cars. Je trouvais que c’était vraiment formidable, Guy des Cars. J’avais onze ou douze ans et ça me plaisait. Plus tard, je me suis aperçu que ce n’était formidable que pour moi et à l’âge que j’avais, mais je ne renie aucune des lectures qui, à un moment donné, m’ont apporté du plaisir. Ce plaisir s’est révélé précieux, puisqu’il m‘a conduit à aimer les livres en général. Et puis, il ne faut pas avoir de mépris pour nos erreurs ou pour nos fautes de goût. Elles sont peut-être le meilleur de nous-mêmes.

JJ : Et que lisez- vous maintenant ?

FB : Ce qui me tombe sous la main. Absolument tout. Les modes d’emploi de machines à laver, les catalogues de vente par correspondance, beaucoup d’ouvrages techniques, des revues scientifiques, des grammaires, des choses illisibles ou des livres sans lecteurs, comme ceux des fous littéraires. Tout ce qui concerne la littérature aussi. Un peu moins de romans, maintenant. Ce n’est pas que les romans m’ennuient, mais j’en ai lu jusqu‘à l‘indigestion. C’est comme les films à la télé, on en est saturé. Je n’en regarde plus que rarement.

JJ : Parmi tous les livres que vous avez lus dans votre enfance, y en a-t-il  un qui vous a plus marqué que les autres ?

FB : Le pays où l’on n’arrive jamais de Dhôtel. Le pays où l’on n’arrive jamais a vraiment été la révélation. C’est un roman qui constituait une synthèse de tous les romans que j’avais lus. C’est à la fois un roman d’initiation, un roman policier ou un roman à énigme, un roman d’aventure, un roman de révolte, un roman d’amitié, un roman de l’ambiguïté sexuelle, un roman du sentiment amoureux, un roman poétique, une féerie réaliste. André Dhôtel habitait dans les Ardennes. Ses livres parlaient du seul endroit que je connaissais. Il partageait donc la même réalité que moi. A l’époque je ne savais même pas qu’un écrivain pouvait être aussi vivant que moi. Dans mon esprit, les écrivains étaient des extra-terrestres, j’étais persuadé qu‘ils disposaient de pouvoirs spéciaux. C’est grâce à André Dhôtel que j’ai réalisé que le romanesque est une production de la vie de tous les jours.

JJ : Au niveau des romans, que vous avez pu lire depuis longtemps, quels sont ceux qui sont des références, après celui d’André Dhôtel ?

FB : Plutôt les auteurs que les romans. Quand j’aimais un auteur, je le lisais jusqu’au bout. Il y a eu Marcel Aymé, Antoine Blondin. Il y a eu Raymond Queneau, Boris Vian, Albert Cohen, Paul Léautaud. Tous de A jusqu’à Z. Rémi de Gourmont aussi, beaucoup. Et Simenon, bien sûr. Alexandre Vialatte, dont je pourrais citer de mémoire des pages et des pages. J’aimais aussi les chroniques, les textes courts. Les contes, ceux de Maupassant, de Cami. En général, des écrivains qui ne se prennent pas trop au sérieux. Alphonse Allais, que j’ai lu en long en large et en travers, quand j’étais jeune, que je lis encore de temps en temps. Ces auteurs mettent le style au-dessus de la tragédie existentielle. Ils savent que tout est perdu, qu’on n’en sortira pas vivant et qu‘en attendant, le mieux c’est de s’offrir le luxe d‘être léger, au moins pour sauver les apparences.

Accessoirement, j’ai lu des auteurs avec lesquels je n’ai aucun point commun, mais dont l‘écriture m‘a frappé. Comme Paul Morand. Enfin, plutôt celui de Venises, avec un « s » à Venise. Léon Bloy, lui, m’épate et m‘épouvante. C’est le plus méchant de tous les méchants. Pour savoir jusqu’à quel degré d’intensité la méchanceté peut être poussée, il faut lire Léon Bloy.

JJ : Il y a un vrai plaisir à vous lire, dans, je ne vais peut-être pas employer les bons mots, dans la truculence qu’il peut y avoir dans votre style, on aime bien, on sourit, on prend plaisir à vous lire.

FB : A vrai dire, en écrivant, je n’éprouve pas le sentiment de vouloir amuser à tout prix. Les histoires que je raconte n’ont rien de particulièrement réjouissant. Sauf, peut-être, pour Le jardin du Bossu,  parce que je pensais que ça ne serait jamais publié, je me suis laissé un peu aller. Mais, au fond, en moins de deux centaines de pages, j’ai semé plusieurs dizaines de morts, un carnage, donc pas vraiment de quoi rire. Il m’en coûte un peu de le dire, mais je ne ris jamais à mes propres plaisanteries. C’est un handicap, je le crains. Quand on m’a donné le Prix de l’humour noir, je ne me suis senti qu‘à moitié concerné. « Noir », l’adjectif me disait quelque chose. Mais « humour », franchement, ce mot m’était complètement étranger. Depuis, je m’entraîne. Mais c’est dur.

JJ : En fait, tout est sûrement dans la distance que vous mettez entre les choses.

FB : Oui, et puis la façon de raconter, qui est légèrement décalée.

JJ : En tout cas, il y a de l’humour, c’est comme ça que je l’ai ressenti. Même dans Le Grand Bercail, qui est très sérieux et puis qui peut être très noir …

FB : Le Grand Bercail est noir. Pour peindre les mœurs, c‘est la bonne couleur.

JJ : … Très noir dans l’observation du monde et des gens. Très pessimiste…

FB : Je ne trouve pas. Il suffit d’ouvrir les journaux, on voit qu’il se passe tous les jours des événements monstrueux, pas seulement dans la page des faits divers. Finalement, ce que je raconte, c’est quand même très innocent par rapport à ce qui se passe dans le monde.

Jusqu’à un âge très avancé j’ai cru que le monde était bon. J’ai cru longtemps au père Noël. Je ne pensais jamais à mal. Pourtant, je lisais le journal, j’étais informé comme tout un chacun. Seulement, j’avais du mal à croire à ces horreurs. Pour moi, ça faisait partie de la fiction. Je n’arrivais pas à imaginer comment quelqu’un pouvait en vouloir suffisamment à quelqu’un d’autre pour aller jusqu’à le tuer, par exemple, l’éliminer physiquement. Sans compter que c’est du travail, de tuer quelqu’un. C’est un peu sale, ça éclabousse. Ça complique la vie.

JJ : Surtout quand il veut tuer sans se faire prendre…

FB : Ah oui, le crime parfait ! Calculé au millimètre et à la seconde. Ce sont des criminels dont on ne retrouve jamais la trace. C’est aussi bien, de perdre leur trace, parce que si on les retrouvait, plutôt que de les condamner, on serait tenté de leur remettre la médaille du travail ou le diplôme de meilleur ouvrier de France. Il paraît que dans ce pays, il y a 10000 disparitions chaque année. On en retrouve une partie. Mais les autres, qui dit qu’ils n’ont pas été enlevés à l’affection de leur famille par de madrés assassins ? C’est vrai que certains disparaissent volontairement, ça, on peut les comprendre, quand on a l’expérience de la vie de famille. Il y a un très bon livre de Simenon sur ce thème, La fuite de monsieur Monde.

JJ : Simenon a rarement écrit des mauvais bouquins. Il en a écrit énormément, mais en général, c’est quand même…

FB : Impressionnant, surtout quand on compte le nombre de réimpressions.

JJ : Et puis avec une économie de style. Il ne se posait pas trop de questions.

FB : Il a une écriture un peu neutre, sans recherche d’effets, aussi peu spectaculaire que possible, sans insistance. Dans un de ses romans, je ne me souviens plus lequel, il neige ou il pleut de la première à la dernière page. Simenon n’écrit qu’une fois « il pleut », tout au début du roman. Puis, il ne parle plus jamais de la pluie. Mais il en rappelle la persistance par des notations périphériques, les gens qui enlèvent leur imperméable, les parapluies qui gouttent, la cafetière qui est sur le coin de la cuisinière, là, qui bouillotte, la buée sur les carreaux. C’est très habile. Et on patauge sans arrêt, on est vraiment sans cesse dans la pluie, mais il n‘en est jamais question. Gide disait que c’était le plus grand romancier du 20ème siècle. Des millions de lecteurs pensent exactement comme Gide. Pour des quidams comme nous, c’est gratifiant de penser comme Gide.

JJ : Et dans les romans policiers, dans les romans noirs, les auteurs, plus contemporains ou en dehors de Simenon, il y en a d’autres qui vous ont marqué ?

FB : Harry Crews, par exemple. La malédiction du gitan. Il y a un Canadien, dans la Série Noire, qui a écrit une sorte de polar qui s’intitule L’ennui est une femme à barbe.  François Barcelo.

JJ : Vous lisez compulsivement ?

FB : Non, plutôt avec un semblant de méthode. Mon vrai plaisir, en fait, ce n’est pas le livre, l’histoire, l’intrigue, mais l’écriture.

JJ : Vous avez lu des auteurs comme Robin Cook ou Ted Lewis ?

FB : Ce sont des familiers. Je ne sais pas ce qu’on peut en dire,  ça ne se discute pas. De temps en temps, il est bien d’y revenir, ne serait-ce que pour vérifier qu‘il existe des livres sur lesquels le temps ne semble pas avoir beaucoup de prise. C’est un petit peu comme Flaubert, comme Proust, comme Céline. On n’est pas obligé de les lire, mais si on les a lus, on sait un peu mieux à quoi s’en tenir. Maintenant, je lis moins de polars. Je n’en lis même presque plus. Par manque de temps. Et puis, pour tout dire, on n’en découvre pas tous les jours qui valent d’être lus. On réemploie trop facilement des ficelles qui ont fait leurs preuves il y a cinquante ans et que les téléfilms, par la suite, ont usées jusqu’à la corde. Les recettes sont tombées dans le domaine public. Cependant, comme lecteur ou comme spectateur, on peut encore y trouver de quoi passer un moment agréable. Mais ma préférence va plutôt aux extravagants, aux farfelus, aux provocateurs, à ceux qui osent sortir de l’ornière des conventions. Comme au cinéma, Jean-Pierre Mocky. Il ne s’est jamais trop préoccupé des modes, de plaire ou de déplaire. Il fait des films parce qu’il en a envie, parce que c’est ce qu’il aime faire.  Il y a une espèce de spontanéité, quelque chose qui est un peu bricolé. Il ne se pose pas de questions sur l’esthétique, sur la forme, sur le message, il tourne et voilà, le film constitue les réponses concrètes aux questions qu’il n’a pas perdu de temps à se poser, sur l’esthétique, sur la forme, sur le message.

JJ : C’est vrai qu’il fait un ou deux films par an…

FB : Les grands cinéastes américains font ça. Ils travaillent très vite, paraît-il.

JJ : Avant de conclure, j’ai une dernière question : Le jardin du Bossu est un des plus gros succès de la « série noire » ancienne version, comment le prenez-vous ?

FB : Comment voulez-vous que je le prenne ? Si un boulanger a l’habitude de vendre 300 pains par jour, le jour où il en vend 15 000, il y a quelque chose d‘anormal. Même si les gens ont répété partout que ce boulanger fait le meilleur pain de la terre et que tout le monde y a droit, le pauvre boulanger ne pourra pas suivre très longtemps. Il est dans le pétrin. Je me suis toujours méfié des caprices du hasard. J’ai besoin de stabilité, de régularité. Soit on construit sa petite affaire comme un travailleur, comme un type qui fait son boulot, soit on joue au casino et puis là on peut gagner ou perdre, après c’est fini. Je n’ai même jamais pris un billet de loterie.

JJ : Merci, Franz Bartelt, de m’avoir si bien reçu.

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